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Critique : Hijra – Cineuropa

by Clara Dubois

Le deuxième long métrage de la réalisatrice saoudienne Shahad Ameen, Hijra, offre un portrait sensible et poignant de trois générations de femmes en quête de liberté et d’autodétermination lors d’un pèlerinage à La Mecque. Récompensé au Festival international du film de la mer Rouge, ce road movie explore les tensions entre tradition et aspirations individuelles au cœur de la société saoudienne.

L’histoire suit Sitti (Khairiya Nazmi), sa petite-fille Janna (Lamar Faden) et son arrière-petite-fille Sarah (je vais) alors qu’elles entreprennent le Hajj, le pèlerinage sacré que tout musulman doit accomplir au moins une fois dans sa vie. Le film débute dans l’intimité d’un bus, où le paysage extérieur est flouté par les fenêtres, symbolisant le monde perçu à travers le voile. Rapidement, l’impatience de Sarah, une adolescente rebelle, la pousse à s’échapper à La Mecque, espérant retrouver son petit ami et échapper aux contraintes de sa vie.

Sitti et Janna se lancent alors à sa recherche, craignant la réaction de son père strict si sa fuite était découverte. Leur voyage à travers les vastes étendues désertiques de l’Arabie saoudite les amène à croiser le chemin d’Ahmed (Nawaf Al-Dhufairy), un homme énigmatique dont les secrets viendront compliquer leur quête. Au fil des rencontres, la vision du monde de Janna s’élargit, confrontée à la liberté et aux responsabilités qu’elle implique. Un acte impulsif, comme la libération d’un chameau attaché, lui fera prendre conscience des conséquences de ses choix.

Hijra, qui signifie « migration » en arabe, est un film lent et contemplatif, imprégné d’un réalisme teinté de surréalisme, une marque de fabrique déjà présente dans le premier long métrage de Shahad Ameen, Balance. La réalisatrice, en collaboration avec la directrice de la photographie chilienne MI Littin Menz, a choisi une esthétique visuelle évolutive, passant de plans rapprochés et de couleurs froides à des perspectives plus larges et des teintes chaudes, reflétant l’ouverture progressive des personnages.

Le film est porté par les performances subtiles et charismatiques de Khairiya Nazmi et Lamar Faden, qui incarnent avec justesse la tension entre conformisme et rébellion. Leur alchimie à l’écran est palpable, illustrant les liens complexes entre les générations de femmes saoudiennes et leurs différentes conceptions de la liberté.

Produit par une collaboration internationale entre l’Arabie saoudite, l’Irak, l’Égypte et le Royaume-Uni (Bite Ameen, l’Iraki Independent Film Center, Ideation Studios, Film Clinic, Film humainNoon Art Media Production, Cine Waive et Three Arts), Hijra représente la candidature de l’Arabie saoudite pour les Oscars. Le film a déjà reçu le Prix du Jury et le Prix du Public au cinquième Festival international du film de la mer Rouge.

Hijra est un voyage émouvant et universel, qui interroge le besoin fondamental d’espace personnel et d’autodétermination, rappelant que même les rêves de liberté peuvent persister, même derrière les contraintes.

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