Dresde – La perte d’un simple jouet peut ouvrir les portes d’un monde de désespoir et de questionnements existentiels. C’est le point de départ de « À la recherche de l’excavatrice perdue », la nouvelle pièce de l’auteur Leo Meier, présentée en première au Théâtre national de Dresde.
L’histoire débute avec Alfi, un garçon de cinq ans dont la pelle jaune, usée et rafistolée, ne suscite plus l’enthousiasme. Déterminé à obtenir un nouveau jouet, il élabore un plan : déclarer la pelle disparue à la police, espérant ainsi convaincre sa mère de lui en acheter une nouvelle. Mais cette simple démarche le confronte à des réalités bien plus douloureuses.
« La perte du jouet n’est donc qu’un faux », explique la critique, car Alfi se retrouve rapidement face à des histoires de pertes réelles et profondément bouleversantes. Une policière particulièrement enthousiaste, convaincue du potentiel du jeune garçon, lui fait rencontrer des personnes endeuillées par des pertes irréparables. Au bureau des objets trouvés, un homme pleure la disparition de son grand-père, tandis qu’une veste jaune abandonnée renferme une lettre d’amour tragique.
Leo Meier entremêle habilement rêve et réalité, plongeant Alfi dans des situations surréalistes. Le garçon imagine sa mère quittant la famille, rencontre une grand-mère inquiétante, et se retrouve même manipulé par un politicien en campagne et une émission de téléréalité sensationnaliste. L’auteur, déjà salué pour son précédent succès, « deux hommes du real madrid », explore avec une énergie troublante des thèmes apocalyptiques à travers une intrigue en apparence simple.
La mise en scène de Matthias Reichwald, enrichie par la scénographie de Jelena Nagorni, les costumes d’Ira Storch-Hausmann et la musique de Jens Karsten Stoll, est particulièrement remarquable. Un véritable bac à sable constitue le décor central, symbolisant à la fois l’innocence de l’enfance et la fragilité de l’existence. Un moment fort de la pièce survient lorsque, dans un rêve, Alfi voit les machines de chantier évoluer dans une sorte de ballet techno.
Les acteurs, menés par Hans-Werner Leupelt dans le rôle d’Alfi, Karina Plachetkadont en policière énergique, Anna-Katharina Muck et Sven Hönig dans des rôles multiples, offrent des performances convaincantes. Ahmad Mesgarha, quant à lui, livre une interprétation magistrale d’un homme dévasté par la perte, exprimant son chagrin dans un silence poignant.
La pièce résonne avec l’œuvre de Dieter Suverkrüp, l’auteur-compositeur de « Opérateur d’excavatrice Willibald », qui dénonçait en 1970 l’injustice du système capitaliste. Alfi, l’héritier de Willibald, découvre à ses dépens que même les plans les plus ingénieux ne peuvent changer le cours de la vie face à la perte.
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