Publié le 12 novembre 2024 à 21h31. Les dirigeants d’entreprises américaines signalent une divergence croissante dans les dépenses de consommation, les ménages les plus aisés continuant de soutenir la croissance tandis que les foyers à faibles revenus réduisent leurs achats, remettant en question le récit d’une reprise économique uniforme.
- Les PDG de Coca-Cola et McDonald’s confirment une tendance à la baisse des dépenses des consommateurs à faible revenu.
- Les données de richesse et de revenu ne montrent pas une aggravation significative des inégalités ces dernières années, mais les perspectives d’avenir semblent plus sombres pour les ménages les moins fortunés.
- L’évolution du marché du travail, avec une diminution de la capacité des travailleurs à négocier des augmentations de salaire, pourrait expliquer cette situation.
Une tendance à la polarisation de la consommation se dessine aux États-Unis, avec une croissance tirée principalement par les ménages les plus riches, tandis que les classes moyennes et populaires montrent des signes de ralentissement. Cette observation, rapportée par plusieurs dirigeants d’entreprises, alimente le débat sur la véritable nature de la reprise économique américaine.
Henrique Braun, directeur des opérations de Coca-Cola, a récemment souligné cette divergence :
« Du point de vue du consommateur, nous continuons de constater des divergences dans les dépenses entre les groupes de revenus. La pression sur les consommateurs aux revenus moyens et bas de gamme est toujours présente… Nous avons lancé les « mini-canettes » – pour répondre à la pression que les consommateurs exercent sur leur revenu disponible quotidien… cela représente déjà à lui seul 1 milliard de dollars de revenus. »
Henrique Braun, directeur des opérations de Coca-Cola
Chris Kempczinski, PDG de McDonald’s, confirme cette tendance :
« Nous continuons de constater une base de consommateurs divisée, avec… le trafic des consommateurs à faible revenu a diminué de près de deux chiffres au troisième trimestre, une tendance qui persiste depuis près de deux ans. En revanche… la croissance du trafic parmi les consommateurs à revenus élevés est restée forte, augmentant de près de deux chiffres au cours du trimestre. »
Chris Kempczinski, PDG de McDonald’s
Ces témoignages, bien que subjectifs, s’inscrivent dans un contexte de données économiques plus larges. Les chiffres de la Réserve fédérale américaine montrent que la richesse est concentrée entre les 1 % les plus riches, les 90e et 99e percentiles, et le reste de la moitié supérieure de la population, tandis que la moitié inférieure ne détient qu’une part infime de la richesse nationale. La part de richesse détenue par la moitié inférieure de la population a légèrement augmenté entre 2011 et 2022, principalement grâce à l’appréciation des prix de l’immobilier, mais elle s’est stabilisée depuis.
L’évolution des revenus des ménages suit une tendance similaire. Les revenus réels des ménages de la moitié inférieure sont restés stables entre 2019 et 2024, tandis que la moitié supérieure a connu une légère amélioration. Le coefficient de Gini, un indicateur d’inégalité des revenus (0 représentant une égalité parfaite et 1 une concentration totale des revenus), n’a pas connu de hausse significative ces dernières années.
Cependant, la stagnation des salaires moyens par rapport à l’augmentation des prix des biens essentiels pourrait expliquer le changement de comportement des consommateurs. Les revenus des travailleurs n’ont pas progressé de manière significative depuis avant la pandémie. De plus, la dynamique du marché du travail a évolué, les travailleurs ayant moins de pouvoir de négociation qu’auparavant.
Torsten Sløk, d’Apollo Global Management, a souligné ce changement de situation. Il rappelle qu’au sortir de la pandémie, les salaires des travailleurs les moins bien rémunérés augmentaient rapidement, en raison d’une forte demande et d’une pénurie de main-d’œuvre. Cette situation s’est inversée au cours de la dernière année.
Claudia Sahm, de New Century Advisors, souligne que cette situation est cohérente avec une diminution des embauches et une absence de gains salariaux significatifs lors des changements d’emploi.
En conclusion, l’économie américaine ne semble pas être devenue plus inégalitaire au cours des dernières années, mais les perspectives d’avenir semblent plus sombres pour les ménages à faibles revenus et ceux qui ne possèdent pas d’actifs. Cette situation pourrait expliquer la prudence accrue des consommateurs à faible revenu, même si le taux de chômage reste faible et que l’économie continue de croître.
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