La consommation excessive d’aliments ultra-transformés (AUP), omniprésents dans l’alimentation moderne, est de plus en plus pointée du doigt pour ses effets néfastes sur la santé cardiovasculaire et métabolique. Une nouvelle analyse scientifique met en lumière les risques liés à ces produits, tout en soulignant la complexité de la question et la nécessité de poursuivre les recherches.
Selon une étude publiée le 8 août dans la revue Circulation, les AUP, caractérisés par une forte teneur en graisses saturées, en sucres ajoutés et en sel (souvent regroupés sous l’acronyme HFSS), contribuent à un apport calorique excessif et augmentent le risque de maladies cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux, d’obésité, de diabète de type 2 et d’autres complications de santé. Une méta-analyse d’études prospectives révèle une relation directe entre la quantité d’AUP consommée et la probabilité de développer ces pathologies, avec un risque accru de 25 à 58 % pour les problèmes cardiovasculaires et de 21 à 66 % pour la mortalité toutes causes confondues.
Les AUP comprennent une large gamme de produits, des boissons sucrées aux viandes transformées, en passant par les céréales raffinées et les produits de boulangerie industriels. Si certains aliments ultra-transformés peuvent avoir un profil nutritionnel plus favorable, comme certains céréales complètes ou produits laitiers allégés, la majorité des AUP consommés, notamment aux États-Unis, présentent une qualité nutritionnelle médiocre.
« La relation entre les AUP et la santé est complexe et multiforme », explique Maya K. Vadiveloo, présidente du groupe de rédaction de l’avis scientifique. « Nous savons que manger trop de graisses saturées, de sucres ajoutés et de sel est mauvais pour la santé. Ce que nous ignorons, c’est si certains ingrédients ou procédés de transformation rendent un aliment nocif au-delà de sa composition nutritionnelle. Et si certains additifs ou étapes de transformation utilisés pour fabriquer des aliments plus sains, comme les pains complets industriels, ont un impact sur la santé. »
L’augmentation de la consommation d’AUP depuis les années 1990 a profondément modifié les habitudes alimentaires, avec des conséquences potentiellement graves pour la santé publique. Les données du Centre national des statistiques de la santé américain révèlent que les AUP représentent désormais plus de 55 % des calories consommées par les personnes de plus d’un an, et près de 62 % chez les jeunes de 1 à 18 ans. Les familles à faibles revenus sont particulièrement touchées, avec une proportion d’AUP atteignant 54,7 % de leur apport calorique quotidien, contre 50,4 % pour les familles les plus aisées.
Ces produits sont souvent peu coûteux, pratiques et fortement commercialisés, en particulier auprès des jeunes et des populations défavorisées, au détriment d’alternatives plus saines. Face à cette situation, l’American Heart Association recommande de réduire la consommation de la plupart des AUP, en particulier ceux riches en HFSS, et de privilégier une alimentation équilibrée à base de légumes, de fruits, de céréales complètes, de légumineuses, de noix, de graines et de protéines maigres.
Les AUP se définissent comme des aliments multi-ingrédients contenant des additifs largement utilisés dans l’industrie agroalimentaire, mais rarement employés dans la cuisine domestique. L’avis scientifique se base sur le système Nova de classification des aliments, qui prend en compte la nature, l’étendue et la finalité de la transformation industrielle. Cependant, il souligne que ce système ne tient pas compte de la qualité nutritionnelle des aliments et que certaines transformations industrielles peuvent être bénéfiques pour la conservation et la sécurité alimentaire.
Pour mieux comprendre les effets des AUP sur la santé, les chercheurs appellent à davantage de recherches sur l’impact spécifique des additifs alimentaires et des procédés de transformation, ainsi qu’à une évaluation et une réglementation plus rigoureuses de ces substances. Ils insistent également sur la nécessité d’adopter des politiques publiques visant à réduire la consommation d’AUP et à promouvoir une alimentation plus saine.