Publié le 8 novembre 2025 à 07h27. L’ancien ambassadeur américain en Russie, Michael McFaul, analyse les dynamiques entre les régimes autocratiques et les démocraties, et met en garde contre un nouveau désordre mondial. Il expose ses réflexions et propose des pistes de réflexion dans son nouvel ouvrage, « Autocrates contre Démocrates ».
- Selon Michael McFaul, la compétition entre les États-Unis et la Chine présente des similitudes avec la Guerre froide, mais aussi des différences cruciales, notamment en termes d’interdépendance économique.
- L’auteur souligne l’importance de maintenir des alliances solides pour contrer l’influence de la Chine et de la Russie.
- Il exprime son inquiétude quant à la polarisation politique aux États-Unis et à son impact sur la capacité du pays à défendre ses valeurs démocratiques.
Dans un entretien récent, Michael McFaul a été interrogé sur la nature des relations entre les États-Unis et la Chine. Il a nuancé l’idée d’une nouvelle Guerre froide, estimant que si une compétition idéologique existe, elle diffère fondamentalement de celle qui opposait autrefois les États-Unis et l’Union soviétique.
« Oui et non », a-t-il répondu, avant de développer son argumentation. « Prenons la Chine pendant une minute. Deux puissances mondiales, des superpuissances, oui. Ils sont en avance sur tout le monde. Conflit idéologique, oui. Ont-ils des aspirations mondiales ? Les deux pays le font, tout comme les Soviétiques et les Américains l’ont fait pendant la guerre froide. C’est donc du côté de la similitude. »
Cependant, M. McFaul insiste sur des différences majeures. « Les différences, je pense, sont probablement encore plus importantes. Premièrement, nos économies sont liées entre la Chine et les États-Unis d’une manière que les économies soviétique et américaine ne l’ont jamais été. C’est différent, et cela nécessite une stratégie différente pour traiter avec la Chine. » Il ajoute que la Chine est beaucoup plus intégrée à l’économie mondiale que ne l’était l’Union soviétique, ce qui rend les stratégies de la Guerre froide inadaptées au contexte actuel.
L’ancien ambassadeur a également souligné l’évolution de la société américaine. « Nous sommes aujourd’hui plus isolationnistes dans les deux partis, et pas seulement au sein du Parti républicain, qu’à aucun autre moment de la guerre froide. Et nous sommes aujourd’hui plus polarisés en tant que société qu’à aucun autre moment de la guerre froide. Ce sont de grandes différences. »
Concernant les relations entre les États-Unis et la Russie, M. McFaul a estimé que la volonté affichée par le président américain actuel de dialoguer avec Vladimir Poutine est à la fois positive et source de préoccupations. Il a rappelé l’importance de la coopération sur des sujets d’intérêt commun, comme le contrôle des armements. « Une autre leçon importante de la guerre froide, souvent oubliée aujourd’hui, est que même lorsque nous avions beaucoup de concurrence et que nous étions en guerre, des guerres par procuration au Vietnam, avec les Soviétiques, nous avons appris à coopérer sur des intérêts qui profitaient aux États-Unis et à l’Union soviétique. Le contrôle des armements, c’est ce que nous avons fait pendant la guerre froide. C’est ce que nous devrions faire avec la Russie aujourd’hui. »
Toutefois, il a mis en garde contre une naïveté excessive envers les intentions de M. Poutine. « Je ne pense pas que Poutine souhaite entretenir des relations étroites avec les États-Unis. Il veut en réalité affaiblir les États-Unis et plus largement le monde démocratique. Il veut faire exploser l’OTAN et conquérir l’Ukraine. Et aucune bavardage ne l’empêchera de poursuivre ces activités idéologiques. »
Interrogé sur l’efficacité de la politique commerciale de l’administration américaine à l’égard de la Chine, M. McFaul a adopté une approche nuancée. « Oui et non. Le monde est compliqué. » Il a souligné l’importance de ne pas simplifier à l’extrême les enjeux et de prendre en compte la complexité des relations internationales. « Si nous simplifions les choses à l’extrême, nous commettrons des erreurs en tant qu’Américains dans le monde. » Il a également critiqué la tendance du président Trump à exercer une pression coercitive sur les alliés des États-Unis, estimant que cela affaiblit le monde démocratique et nuit à la capacité des États-Unis à faire face à la concurrence chinoise.
Enfin, M. McFaul a exprimé son inquiétude quant aux risques de conflits militaires, notamment en Ukraine et à Taïwan. Il a souligné l’importance de la dissuasion et de l’engagement diplomatique pour éviter une escalade. « Ce sont les deux choses qui m’inquiètent le plus. » Il a également insisté sur la nécessité de renforcer les institutions démocratiques aux États-Unis pour faire face aux défis actuels. « Il s’agit du combat le plus important et le plus dur pour consolider et préserver les institutions démocratiques aux États-Unis d’Amérique. »
« Si Poutine l’emporte en Ukraine, nous serons alors plus susceptibles d’être entraînés dans une guerre avec l’un de nos alliés de l’OTAN en Europe, et je pense que cela rendra plus probable que Xi Jinping agisse contre Taiwan. »
Michael McFaul, ancien ambassadeur américain en Russie
« Nous ne pouvons pas nous permettre de le faire seuls. Le président Trump a une affinité pour le pouvoir coercitif. Il aime contraindre les gens et leur dire quoi faire. »
Michael McFaul, ancien ambassadeur américain en Russie
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