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De nombreux citoyens de l’UE partent rapidement

by Clara Dubois

Publié le 10 janvier 2026 à 22h29. Loin de l’eldorado imaginé, la Suisse voit un nombre croissant de citoyens européens quitter le pays après une courte période, souvent déçus par les réalités du marché du travail et le coût de la vie élevé.

  • Environ 30 000 citoyens de l’UE quittent la Suisse l’année même de leur immigration.
  • Près de 40 % des immigrés européens ne restent pas deux ans sur place.
  • Le degré de flexibilité de l’immigration liée à l’emploi est élevé, mais le manque d’adéquation entre les attentes des employés et les offres d’emploi est un facteur clé de départ.

Plus de 1,6 million de citoyens européens vivent actuellement en Suisse, constituant le plus important groupe de résidents étrangers. Originaires principalement d’Allemagne, de France, d’Italie, du Portugal et d’Espagne, ils sont de plus en plus nombreux à ne pas s’installer durablement, selon des données récentes de l’Office fédéral de la statistique.

Environ 30 000 personnes issues de l’Union européenne quittent la Suisse dès la première année suivant leur arrivée, et ce chiffre grimpe à 70 000 après deux ans. Une analyse des 173 000 personnes ayant immigré depuis l’UE et l’AELE en 2015 révèle que près de 19 % avaient déjà quitté le pays au bout d’un an, 38 % après deux ans, et plus de la moitié après cinq ans. Après dix ans, 60 % avaient pris le chemin du retour, soit plus de 100 000 personnes.

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Quiconque ne parvient pas à s’intégrer sur le marché du travail repart rapidement

La question de l’immigration est au cœur des débats politiques suisses. L’Union démocratique du centre (UDC) défend une limitation de la libre circulation des personnes, tandis que l’économie suisse souffre d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, comblée en partie par les travailleurs européens.

L’immigration en provenance de l’UE est principalement motivée par des considérations professionnelles. Selon le Secrétariat d’État à l’Économie, 71 % des personnes issues de l’UE et de l’AELE immigrées en 2024 sont venues dans le but d’occuper un emploi.

L’économie suisse souligne la flexibilité offerte par la libre circulation des personnes, qui s’adapte aux besoins du marché du travail. Selon Patrick Chuard-Keller, économiste en chef de l’association patronale, « Si les employés et les employeurs ne correspondent pas, les immigrants quittent la Suisse assez rapidement. » Seuls ceux qui trouvent un emploi stable et s’intègrent durablement sur le marché du travail local restent.

Les Pays-Bas : un départ encore plus rapide

Le phénomène des départs rapides est également observé aux Pays-Bas. Selon l’Office néerlandais des statistiques, plus de 40 % des citoyens de l’UE et de l’AELE ayant immigré aux Pays-Bas repartent au bout de deux ans, et 60 % après cinq ans. Cela suggère que les immigrés ont tendance à rester plus longtemps en Suisse qu’aux Pays-Bas.

Ces chiffres alimentent les controverses politiques. « Peu importe le nombre de citoyens de l’UE qui quittent la Suisse après quelques années, ils ont tous besoin d’un logement, de places dans les transports publics », déclare le conseiller national UDC Pascal Schmid. « Le nombre d’immigrés en provenance de l’UE est bien trop élevé. »

Schmid craint que les nouveaux traités européens n’entraînent une augmentation du nombre de résidents permanents, bénéficiant d’un droit de séjour acquis après cinq ans, même en cas de dépendance à l’aide sociale ou de comportement délictueux. Il estime que cela pèserait lourdement sur les institutions sociales suisses.

Chuard-Keller rétorque que le nombre de départs après une courte période contredit les arguments des opposants à Bilatéral III, qui prédisent un droit de séjour automatique pour tous après cinq ans.

« Mal à l’aise dans un paradis bondé »

« Comme toujours, l’UDC instrumentalise la question de l’immigration », estime Céline Widmer, conseillère nationale PS. Elle s’inquiète du départ rapide de nombreux citoyens de l’UE, qui aggrave la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Le conseiller national du Centre, Nicolò Paganini, estime que « si les citoyens de l’UE étaient mieux intégrés sur le marché du travail, 60 % d’entre eux pourraient encore être présents après dix ans. »

Cependant, l’émigration n’est pas uniquement liée à la situation professionnelle. « La Suisse n’est pas un eldorado qui distribue la richesse sur un plateau d’argent », écrit l’économiste d’entreprise et conférencier Rödiger Voss dans un article sur Linkedin. Il a immigré d’Allemagne en Suisse il y a près de vingt ans et possède désormais la nationalité suisse.

Voss met en avant le coût de la vie élevé, notamment les loyers, les prix des denrées alimentaires, des assurances et des places en crèche, qui dépassent ceux de l’Allemagne. Même avec des salaires plus élevés, il reste souvent moins d’argent à la fin du mois. De plus, le caractère réservé des Suisses rend l’intégration difficile. Et même les Allemands « se sentent mal à l’aise dans un paradis surpeuplé » en raison des embouteillages, du manque de logements et des changements culturels.

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