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De plus en plus de jeunes sont atteints d’un cancer – 9 facteurs possibles

by Nicolas Lefèvre

Publié le 30 novembre 2025 à 05h53. L’incidence du cancer chez les jeunes adultes en Suisse est en hausse constante depuis les années 1990, une tendance qui interroge les chercheurs et soulève des questions sur l’impact des modes de vie modernes.

  • Le taux de cancer chez les millennials (25 à 39 ans) a augmenté de 14 % depuis le milieu des années 1990.
  • Certains types de cancer, comme celui du sein (+60 %), du côlon (+137 %) et de la thyroïde (+94 %), connaissent une augmentation particulièrement marquée dans cette tranche d’âge.
  • Plusieurs facteurs liés à l’évolution des modes de vie – alimentation, manque d’exercice, exposition aux pesticides, perturbateurs hormonaux, utilisation d’antibiotiques et stress psychologique – pourraient expliquer cette tendance.

C’est un mystère médical qui se confirme à l’échelle mondiale : de plus en plus de jeunes adultes sont touchés par le cancer. Une tendance initialement observée aux États-Unis dans les années 1980 se manifeste désormais clairement en Suisse, comme le révèlent les nouvelles statistiques nationales sur le cancer publiées par l’Office fédéral de la statistique. Le nombre de diagnostics de cancer chez les jeunes adultes est en augmentation constante depuis les années 1990.

Les millennials, âgés de 25 à 39 ans, sont particulièrement concernés. Leur taux de cancer a progressé de 14 % depuis le milieu des années 1990. L’augmentation est particulièrement notable pour certains types de cancer : le cancer du sein, le plus fréquent chez les femmes, a augmenté d’environ 60 % dans cette tranche d’âge. Le cancer du côlon (+137 %) et celui de la thyroïde (+94 %) affichent également des hausses significatives.

« Il y a dix à vingt ans, les jeunes adultes atteints de cancer étaient considérés comme des cas isolés. Malheureusement, nous en voyons de plus en plus aujourd’hui », explique Sacha Rothschild, chef du service d’oncologie à l’hôpital cantonal de Baden et vice-président de l’Institut suisse du cancer.

Il nuance toutefois cette augmentation en soulignant l’amélioration des diagnostics : « Aujourd’hui, des découvertes fortuites sont souvent faites grâce à des examens d’imagerie comme les tomodensitométries. La plupart du temps, ces anomalies sont bénignes et ne se transformeraient jamais en tumeur maligne, mais lorsqu’on observe quelque chose, on agit. Et c’est une bonne chose. »

Malgré l’augmentation du nombre de diagnostics, la mortalité due au cancer chez les jeunes adultes a diminué. Grâce à la détection précoce et aux progrès thérapeutiques, notamment grâce à de nouveaux médicaments et à des thérapies optimisées par la recherche clinique, moins de jeunes succombent à la maladie. En Suisse, on dénombre actuellement environ 7,5 décès pour 100 000 personnes âgées de 25 à 39 ans, soit environ 136 décès par an. Ce chiffre était de 13,2 pour 100 000 (environ 227 décès) au milieu des années 1990.

Cette baisse de la mortalité, bien que significative, serait probablement encore plus importante si le nombre de nouveaux cas ne continuait pas d’augmenter. Cette augmentation ne peut pas être entièrement expliquée par des diagnostics plus précoces et témoigne d’une réelle évolution de la situation.

Un réseau de causes

Une équipe de recherche dirigée par le généticien Alberto Bardelli de l’Université de Turin s’est lancée à la recherche d’explications. Leurs conclusions, publiées dans la revue « Cell Reports Medicine », mettent en lumière les changements survenus au cours des dernières décennies et les facteurs qui pourraient être à l’origine de cette vague de cancers précoces.

« Occidentalisation » de la nutrition

La restauration rapide, les plats préparés et les produits ultra-transformés contiennent de nombreuses substances potentiellement cancérigènes, telles que les nitrosamines, les hydrocarbures aromatiques polycycliques ou le PhIP, un produit chimique formé lors de la cuisson de la viande à haute température. Parallèlement, l’alimentation occidentale est souvent pauvre en vitamines protectrices et en micronutriments essentiels, comme les antioxydants, qui aident à réparer l’ADN. Les boissons gazeuses sucrées favorisent l’inflammation, un facteur favorisant le développement des tumeurs. Les colorants, conservateurs et autres additifs sont également suspectés de causer des dommages génétiques.

Manque d’exercice

Les jeunes générations sont de plus en plus sédentaires – au bureau, devant les écrans, pendant leurs loisirs. Ce manque d’activité physique favorise l’obésité, la résistance à l’insuline et l’inflammation chronique, des facteurs de risque bien connus du cancer. Une méta-analyse portant sur quatre millions de participants a révélé que deux heures supplémentaires de position assise par jour augmentent le risque de cancer du côlon de 8 % et celui de l’utérus de 10 %.

Pesticides

De nombreux ingrédients actifs utilisés dans les pesticides n’ont pas été suffisamment testés pour leurs effets à long terme. Les résidus présents dans les fruits, les légumes ou les céréales pourraient provoquer un stress oxydatif et des dommages à l’ADN. Les enfants et les femmes enceintes, ou leurs enfants à naître, sont considérés comme particulièrement vulnérables, car leur système immunitaire et leurs mécanismes de détoxification sont encore en développement.

Hormones

Des substances de type hormonal pénètrent dans l’organisme par la viande, les produits laitiers ou certains médicaments. Elles peuvent perturber le système endocrinien et stimuler la croissance tumorale. Les œstrogènes et les substances chimiques comme le bisphénol A, présent dans les plastiques, sont particulièrement suspectés.

Antibiotiques

Leur utilisation fréquente modifie le microbiome – la communauté bactérienne de l’intestin qui joue un rôle clé dans la défense immunitaire. Un microbiome perturbé peut favoriser l’inflammation et affaiblir les défenses contre le cancer. Leur utilisation chez les enfants est particulièrement problématique, notamment en cas d’infections non justifiées.

Colibactine

La colibactine, une molécule toxique produite par certaines bactéries Escherichia coli dans l’intestin, est de plus en plus suspectée de contribuer au développement précoce du cancer du côlon. Environ un cinquième à un tiers de la population serait porteur de ces souches bactériennes, généralement sans tomber malade. Les chercheurs pensent que l’alimentation, les médicaments ou d’autres facteurs environnementaux pourraient stimuler la production de toxines et favoriser ainsi les mutations de l’ADN. Il est frappant de constater que les schémas de mutation typiques de la colibactine sont beaucoup plus fréquents dans les pays industrialisés que dans les régions rurales d’Afrique ou d’Asie.

Micro et nanoplastiques

De minuscules particules de plastique pénètrent dans l’organisme par l’eau, la nourriture et l’air. Elles se déposent dans les tissus, peuvent déclencher une inflammation et véhiculer d’autres substances nocives. De nombreux plastiques contiennent des additifs hormonaux qui pourraient influencer les processus cancéreux, mais leurs conséquences biologiques sont encore mal connues.

Influence de la petite enfance

Les conditions de la petite enfance pourraient également jouer un rôle. Dans les années 1990, le nombre de césariennes, d’appendicectomies et d’amygdalectomies a augmenté. Ces interventions modifient le microbiome et pourraient influencer le développement du système immunitaire, avec des conséquences potentielles à long terme.

Stress psychologique

La santé mentale est de plus en plus au centre de la recherche sur le cancer. Des études montrent que la dépression, le stress chronique, l’épuisement professionnel et les troubles du sommeil ont considérablement augmenté au sein des générations Millennials et Gen Z, et que ces facteurs pourraient affaiblir la défense du système immunitaire contre les cellules cancéreuses. Un stress constant modifie également l’équilibre hormonal et les processus inflammatoires, ce qui peut augmenter le risque de cancer.

Les chercheurs dirigés par le généticien Bardelli soulignent que tous ces facteurs n’agissent pas isolément, mais font partie d’un réseau complexe d’interactions. Alimentation, environnement, médicaments, interventions précoces : tout est lié, et de nombreux éléments se renforcent mutuellement. Il est difficile d’identifier un seul « coupable principal ».

L’oncologue Sacha Rothschild appelle également à la prudence :

« Beaucoup des causes suspectées n’ont pas encore été suffisamment prouvées scientifiquement. Nous ne savons souvent pas s’il existe une véritable causalité ou simplement une corrélation. »

Sacha Rothschild, chef du service d’oncologie à l’hôpital cantonal de Baden et vice-président de l’Institut suisse du cancer

Afin d’y voir plus clair, des études de population à grande échelle et à long terme sont nécessaires.

« Mais une chose est claire : nous pouvons influencer les habitudes de vie telles que l’alimentation, l’exercice physique, le comportement des consommateurs et les précautions. Il est socialement logique et durable de maintenir des normes élevées, en particulier dans ces domaines. »

Sacha Rothschild, chef du service d’oncologie à l’hôpital cantonal de Baden et vice-président de l’Institut suisse du cancer

Il s’inquiète également du regain du tabagisme : « Le nombre de fumeurs diminue depuis longtemps, mais chez les plus jeunes, il augmente légèrement à cause du vapotage – nous devons de toute urgence prendre des contre-mesures. » (aargauerzeitung.ch)

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