Publié le 26 décembre 2025 02:47:00. Des chercheurs de l’Université d’Innsbruck ont réalisé une avancée significative dans la compréhension de la cécité nocturne stationnaire congénitale (CSNB), une maladie génétique rare de la rétine, ouvrant la voie à des traitements personnalisés.
- Une étude approfondie du protéome a révélé des changements moléculaires distincts en fonction des mutations génétiques spécifiques responsables de la CSNB.
- Cette recherche permet pour la première fois d’identifier des biomarqueurs moléculaires qui pourraient aider à diagnostiquer et à orienter les thérapies.
- Les résultats suggèrent que différentes approches thérapeutiques pourraient être nécessaires en fonction du profil moléculaire de chaque patient.
La cécité nocturne stationnaire congénitale (CSNB), une affection héréditaire affectant la vision dans des conditions de faible luminosité, est causée par des mutations du canal calcique Cav1.4. Jusqu’à présent, il n’existait aucun traitement curatif pour cette maladie, qui impacte significativement la qualité de vie des personnes atteintes.
Une équipe de recherche dirigée par Matthias Ganglberger et Alexandra Koschak du Département de Pharmacologie et Toxicologie de l’Université d’Innsbruck, en collaboration avec l’ Institut de Biochimie, a mené une étude protéomique approfondie sur trois souches de souris. Cette analyse a permis de cartographier en détail les changements moléculaires déclenchés par différentes mutations du canal Cav1.4, ouvrant de nouvelles perspectives pour le développement de traitements ciblés.
Les canaux Cav1.4 jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des synapses à ruban, des structures spécialisées qui transmettent les signaux lumineux des photorécepteurs (bâtonnets et cônes) aux cellules bipolaires. Un dysfonctionnement de ces canaux, comme observé dans la CSNB, perturbe la transmission de l’information visuelle et entraîne des déficiences spécifiques.
« Il est intéressant de noter que les deux variantes [RX et IT] présentent des propriétés biophysiques partiellement opposées. »
Alexandra Koschak, chercheuse à l’Université d’Innsbruck
L’étude a révélé que les mutations RX et IT, toutes deux associées à la CSNB2, induisent des effets moléculaires distincts. La variante RX entraîne une dérégulation significative des protéines impliquées dans les processus synaptiques, notamment celles liées au transport vésiculaire et à la signalisation calcique. La variante IT, quant à elle, affecte principalement les voies métaboliques. Ces différences soulignent l’importance d’une approche thérapeutique personnalisée.
L’analyse a également mis en évidence des signes de processus dégénératifs, tels que l’apoptose (mort cellulaire programmée) et le stress rétinien, bien que leur intensité varie selon les mutations. Des modifications morphologiques des cellules microgliales, les cellules immunitaires de la rétine, ont également été observées, suggérant une réponse inflammatoire.
Actuellement, le diagnostic de la CSNB2 repose sur des tests génétiques et électrophysiologiques. Cependant, ces méthodes ont des limites. L’analyse génétique identifie la mutation du gène CACNA1F, mais ne permet pas de prédire les changements protéiques spécifiques qui en résultent. L’électrorétinogramme (ERG) ne révèle qu’un motif caractéristique, mais ne fournit pas d’informations détaillées sur les mécanismes moléculaires en jeu. Les signatures moléculaires obtenues grâce à l’étude protéomique offrent une approche plus précise et informative.
« Le travail fournit pour la première fois une carte moléculaire complète des changements physiopathologiques dans la CSNB2 – une étape cruciale pour le développement de thérapies ciblées. Ce qui est particulièrement important est que différentes mutations conduisent à différents profils moléculaires. Cela signifie que des approches thérapeutiques personnalisées pourraient être développées à l’avenir, adaptées à la mutation spécifique du patient », expliquent les chercheurs.
L’équipe de recherche prévoit désormais de valider ces résultats par des études fonctionnelles et d’étudier si ces modifications protéiques peuvent être détectées dans des échantillons de patients humains.
Publication: Ganglberger M, Zanetti L, Egger AS, Günter A, Wagner B, Belhadj S, Mühlfriedel R, Knoflach D, Casanova E, Rülicke T, Seeliger MW, Kwiatkowski M, Seitter H, Koschak A. La protéomique quantitative identifie les adaptations moléculaires potentielles dans les modèles murins de cécité nocturne congénitale stationnaire de type 2. Mol Cell Proteomics. 10 novembre 2025;24(12):101462. DOI: 10.1016/j.mcpro.2025.101462.
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