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Délit d’initié en Suisse: la loi devrait être renforcée

by Amélie Bernard

Publié le 17 décembre 2024 à 21h45. Une perquisition au siège de Software One à Stans, ainsi que des opérations similaires en Allemagne et au Royaume-Uni, ont été menées dans le cadre d’une enquête pour délit d’initié, révélant une augmentation des cas de ce type d’infraction en Suisse.

  • Cinq anciens ou actuels cadres de Software One sont soupçonnés d’avoir vendu des actions avant la publication d’annonces négatives, évitant potentiellement des pertes de 2,5 millions de francs suisses.
  • Le nombre de plaintes pénales pour délit d’initié a considérablement augmenté ces dernières années, notamment depuis la pandémie de Covid-19.
  • Une révision de la loi sur l’infrastructure des marchés financiers (LIMF) est en cours, visant à durcir les sanctions pour les délits d’initié.

Les autorités judiciaires suisses ont perquisitionné les locaux de Software One à Stans, dans le canton de Nidwald, le 2 décembre dernier. Des bureaux et des domiciles privés ont également été fouillés en Allemagne et au Royaume-Uni. L’enquête porte sur des soupçons de délit d’initié, une infraction consistant à utiliser des informations privilégiées et non publiques pour réaliser des profits en bourse.

Selon les premiers éléments de l’enquête, cinq anciens ou actuels cadres supérieurs de Software One auraient vendu une quantité importante d’actions avant la publication de deux communiqués de presse ayant eu un impact négatif sur le cours de l’action de l’entreprise. Ils auraient ainsi pu éviter des pertes estimées à 2,5 millions de francs suisses (environ 2,7 millions d’euros). Le parquet fédéral a ouvert plusieurs procédures pénales à l’encontre de ces personnes, mais pas contre l’entreprise elle-même. Software One a précisé que les employés concernés occupaient des postes situés au moins deux niveaux inférieurs à la direction.

Cette affaire met en lumière une infraction qui, bien que pénalement répréhensible depuis 1988 en vertu de l’article 154 de la loi sur l’infrastructure des marchés financiers (LIMF), était autrefois considérée comme relativement mineure. Le cas le plus médiatisé reste celui de Hans Ziegler, un réorganisateur d’entreprises, condamné il y a quatre ans à une peine de prison avec sursis de 24 mois pour délit d’initié.

Récemment, les autorités ont constaté une augmentation significative du nombre de cas de délits d’initié. En février dernier, le parquet fédéral a déposé une accusation valant plusieurs millions de francs suisses contre un Suisse accusé d’avoir exploité pendant plusieurs années des informations confidentielles sur des rachats d’entreprises, réalisant ainsi un profit illégal d’environ 10,6 millions de francs suisses. Il aurait reçu ces informations d’une source travaillant dans une banque d’investissement.

Selon les données de l’Autorité de surveillance des marchés financiers (Finma), le nombre de plaintes pénales pour délit d’initié a connu une forte hausse depuis la pandémie. En 2024, la Finma a transmis cinq plaintes pénales au parquet fédéral, dont trois concernaient des soupçons d’exploitation d’informations privilégiées. En 2023, quatre des huit plaintes transmises portaient sur des délits d’initié, et en 2022, neuf des neuf plaintes concernaient ce type d’infraction. Les chiffres annuels étaient généralement inférieurs à 100 avant la pandémie.

L’avocat Loris Baumgartner, du cabinet Wenger Vieli à Zurich, explique que cette augmentation est due en partie à une meilleure détection des délits d’initié.

« Nous observons depuis des années une augmentation du nombre de procédures pénales pour délit d’initié. »

Loris Baumgartner, avocat chez Wenger Vieli

Il souligne que l’obligation élargie de déclaration imposée aux banques en 2018 et l’introduction du logiciel Prometheus par l’opérateur boursier SIX ont contribué à améliorer la base de données et à faciliter la détection des manipulations de marché.

Une révision de la LIMF est actuellement en cours et devrait être adoptée au cours du premier semestre de l’année prochaine. Cette révision prévoit notamment de durcir les sanctions pour les délits d’initié, en abaissant le seuil à partir duquel une peine de prison peut être prononcée, de 1 million de francs suisses à 500 000 francs suisses. La Finma souhaiterait également voir le niveau des sanctions augmenter, soulignant que la Suisse se situe actuellement au bas de l’échelle européenne avec une peine maximale de cinq ans de prison.

« En Europe, nous sommes au bas de l’échelle avec une peine maximale de cinq ans. »

Porte-parole de la Finma

Malgré ces efforts, l’avocat Baumgartner estime que la peine actuelle est déjà relativement sévère et plaide plutôt pour une plus grande transparence. Il se félicite de l’augmentation des informations fournies par le parquet fédéral sur les délits d’initié, soulignant que même l’ouverture d’une procédure pénale a un effet dissuasif.

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