Un essai clinique publié fin septembre 2023 dans le JAMA Neurology révèle que l’utilisation d’appareils auditifs n’a pas réduit significativement le taux de conversion de la déficience cognitive légère vers la démence sur une période de 24 mois. Cependant, une analyse secondaire inattendue indique un taux d’amélioration cognitive nettement supérieur chez les patients appareillés.
Les résultats de l’essai clinique CHOICE mené à Shanghai
L’étude ouverte et randomisée, baptisée CHOICE, a suivi plus de 700 adultes âgés présentant à la fois une déficience cognitive légère (MCI) et une perte auditive modérée à sévère. Mené avec un suivi évalué sur 24 mois, l’essai a comparé un groupe de 353 participants bénéficiant d’une adaptation d’appareils auditifs à un groupe témoin de 350 personnes recevant un programme d’éducation à la santé auditive dispensé par des chercheurs formés lors de visites de suivi programmées.
Concernant le critère d’évaluation principal mesurant la transition de la déficience cognitive légère vers la démence — évaluée via un score global CDR de 1 —, les chercheurs n’ont constaté aucune différence statistique significative entre les deux groupes. Le taux de conversion s’est établi à 3,09 % (avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 1,62 à 5,74 %) dans le groupe appareillé, contre 4,74 % (avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 2,60 à 8,29 %) dans le groupe témoin, soit un risque relatif de 0,59 avec une valeur de P égale à 0,23.
Parce que le taux de conversion observé à 24 mois était nettement inférieur à celui que nous avions anticipé, le critère d’évaluation principal manquait de puissance statistique. Par conséquent, le résultat principal nul doit être lu comme non prouvé plutôt que comme absence de bénéfice.

L’étude a examiné des données provenant de patients traités dans trois hôpitaux tertiaires et trois stations de service de santé communautaire situés à Shanghai, en Chine. La taille de l’échantillon reposait sur des données préliminaires issues d’une étude pilote et de recherches publiées sur les taux de conversion de la démence, indiquant qu’un tel niveau d’atteinte se développait chez 10 % des utilisateurs d’appareils auditifs présentant des troubles cognitifs légers et chez 18 % des non-utilisateurs. Les participants de CHOICE présentaient un âge moyen de 74,5 ans, et 64 % d’entre eux étaient des hommes.
Parmi les sources de financement de cette étude figurent le Shanghai Key Laboratory of Translational Medicine on Ear and Nose Diseases, la National Natural Science Foundation of China et le Shanghai Shenkang Hospital Development Center.
Le signal inattendu d’une amélioration cognitive
Les critères secondaires comprenaient le déplacement du score CDR de 0,5 à 0, traduisant une amélioration cognitive, ainsi que des modifications des scores globaux et par domaine de l’échelle Clinical Dementia Rating.
Le taux d’amélioration cognitive a été déterminé à 15,34 % chez les participants équipés d’appareils auditifs, comparativement à 2,36 % pour les participants du groupe témoin, ce qui a nécessité une interprétation prudente et des investigations supplémentaires en raison de la faible conversion globale. Cette différence importante suggère que le traitement de la perte auditive pourrait aider une minorité significative de patients âgés à retrouver leurs capacités cognitives et fonctionnelles quotidiennes, au-delà de la simple décélération du déclin.
Ces résultats suggèrent que le traitement de la perte auditive peut aider une minorité significative de personnes âgées souffrant de déficience cognitive légère à retrouver des capacités cognitives et fonctionnelles quotidiennes, et pas seulement à ralentir le déclin.
Hao Wu, MD, PhD, Shanghai Jiao Tong University School of Medicine
La mise en perspective avec les recherches internationales
La perte auditive est très traitable à un âge avancé, ce qui en fait une cible de santé publique importante pour réduire le risque de déclin cognitif et de démence.
Frank Lin, Johns Hopkins University
Perspectives cliniques et recommandations pratiques
Les cliniciens et les chercheurs rappellent que la perte auditive demeure le principal facteur de risque modifiable de la démence à l’échelle mondiale, un constat partagé par les organismes de santé et la littérature scientifique. Les directives officielles et les analyses d’experts suggèrent qu’un examen auditif réalisé par un audiologiste ou un clinicien de premier recours constitue une première étape judicieuse pour les familles confrontées à ces problématiques.
Avant d’acquérir un dispositif d’amplification ou une aide auditive, divers signes d’alerte médicale nécessitent une évaluation approfondie par un médecin. Il s’agit notamment de modifications soudaines de l’audition, de la perte auditive unilatérale, de douleurs ou d’écoulements au niveau de l’oreille, de sensations de vertige ou de bourdonnements dans une seule oreille.
Sur le plan économique et réglementaire, les programmes d’assurance publique de type Original Medicare ne couvrent pas de manière générale les appareils auditifs ni les examens destinés à leur adaptation, bien que certains régimes de type Medicare Advantage puissent inclure des prestations spécifiques pour l’audition. Par ailleurs, l’utilisation de modèles en vente libre peut réduire les coûts initiaux, mais transfère une part plus importante de la configuration à l’utilisateur, ce qui peut s’avérer plus complexe pour un parent souffrant de troubles de la mémoire.
Les données probantes actuelles indiquent qu’indépendamment des résultats mitigés sur la cognition globale, les soins audiatifs améliorent la communication, le fonctionnement social et réduisent le sentiment de solitude. Pour toute décision médicale ou orientation thérapeutique personnalisée, il est recommandé de consulter des professionnels de la santé qualifiés.