Publié le 2025-12-02 05:21:00. Le Brésil vient d’approuver un vaccin inédit contre la dengue, développé par l’Institut Butantan, qui offre une protection contre les quatre sérotypes de la maladie avec une seule dose. Cette avancée majeure pourrait transformer la lutte contre la dengue, en particulier dans les régions isolées du pays.
- Le vaccin Butantan-DV a été approuvé pour les personnes âgées de 12 à 59 ans par l’Agence nationale de surveillance de la santé (Anvisa).
- L’Institut Butantan dispose déjà de 1,2 million de doses et prévoit une production de 60 millions de doses supplémentaires au cours des deux prochaines années.
- Le Brésil ambitionne de devenir un acteur clé dans la production et la distribution de vaccins contre la dengue en Amérique latine.
L’approbation du vaccin Butantan-DV marque une étape importante dans la prévention de la dengue, une maladie virale transmise par les moustiques Aedes aegypti. Ce vaccin se distingue par son schéma vaccinal simplifié – une seule dose suffit pour une protection contre les quatre sérotypes de la dengue – ce qui facilite grandement sa mise en œuvre, notamment dans les zones reculées où l’accès aux soins est limité.
Selon l’épidémiologiste Jesem Orellana, de la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz) à Manaus, qui n’a pas participé au développement du vaccin, cette caractéristique est particulièrement avantageuse pour les populations indigènes et les riverains, qui n’auront plus à se déplacer à plusieurs reprises vers les centres de santé. Ils pourront bénéficier d’une vaccination unique lors de visites à domicile par des agents de santé communautaires.
L’Institut Butantan a déjà produit plus d’un million de doses et a conclu un partenariat avec l’entreprise China WuXi Vaccines pour fabriquer 60 millions de doses supplémentaires au cours des deux prochaines années. Environ la moitié de ce volume devrait être livrée avant la fin de 2026. Le vaccin sera officiellement intégré au Programme National de Vaccination (PNI) du pays début 2026.
Les résultats des essais cliniques, publiés dans The New England Journal of Medicine et The Lancet Infectious Diseases, indiquent une efficacité globale de 74,7 % et de 91,6 % contre les formes sévères de la dengue, avec une protection à 100 % contre les hospitalisations. Ces données, qui seront bientôt publiées dans la revue Nature Medicine, confirment le potentiel du vaccin pour réduire significativement la morbidité et la mortalité liées à la dengue.
Le vaccin Butantan-DV est un vaccin à virus atténué, capable de se répliquer sans provoquer la maladie. Il a été évalué pendant près de dix ans auprès de 10 259 volontaires brésiliens, comparés à un groupe de 5 976 personnes ayant reçu un placebo.
Ce nouveau vaccin présente des avantages significatifs par rapport aux vaccins déjà approuvés par Anvisa, le Dengvaxia de Sanofi Pasteur et le Qdenga de Takeda. Selon le médecin et virologue Maurício Lacerda Nogueira, de la Faculté de médecine de São José do Rio Preto, le Dengvaxia ne pouvait être administré qu’aux personnes ayant déjà été infectées par la dengue, ce qui limitait son utilisation dans le système de santé publique. Quant au Qdenga, il n’a pas démontré d’efficacité prouvée contre le sérotype responsable des formes sévères de la dengue.
« Le Brésil devient ainsi un acteur stratégique dans la production internationale de vaccins et pourra bientôt approvisionner d’autres pays d’Amérique latine également touchés par la maladie, comme l’Argentine, le Pérou et la Colombie. »
Renato Kfouri, vice-président de la Société brésilienne de vaccination
L’Institut Butantan a confirmé qu’il pourrait proposer son vaccin à d’autres pays de la région, bien que les modalités et le calendrier de cette distribution restent à définir. La priorité actuelle est de répondre aux besoins du système de santé brésilien.
« Notre priorité en ce moment est de fournir le système public, par l’intermédiaire du ministère de la Santé, notre principal client », a déclaré la neurologue Fernanda Boulos, directrice médicale de Butantan.
En 2024, le Brésil a enregistré un nombre record de cas de dengue, avec 6,4 millions d’infections et 5 972 décès, selon le ministère de la Santé. En Amérique latine et dans les Caraïbes, plus de 12,6 millions de cas et près de 8 000 décès ont été recensés, l’Argentine, le Brésil, la Colombie et le Mexique représentant 90 % des cas et 88 % des décès, selon les données de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS).
Bien que le vaccin Butantan-DV représente une avancée majeure, les spécialistes soulignent qu’il ne permettra pas d’éradiquer la dengue, en particulier dans un contexte de changement climatique et de prolifération des moustiques Aedes aegypti. La lutte contre les moustiques et la surveillance épidémiologique restent donc essentielles pour contrôler la propagation de la maladie.
« Le vaccin est important, mais cela ne signifie pas abandonner la lutte contre les moustiques, qui continuent de transmettre d’autres maladies, comme le chikungunya et la fièvre jaune. Le contrôle du vecteur reste essentiel, la surveillance est cruciale et il est nécessaire d’investir dans des mesures qui réduisent sa capacité de reproduction », conclut Jesem Orellana.