Publié le 18 décembre 2025 à 20h22. Des chercheurs de l’Université de Tübingen ont révélé comment une bactérie pathogène détourne le processus naturel de maturation des agrumes pour se nourrir, fragilisant ainsi les cultures et menaçant les rendements.
- La bactérie Xanthomonas citri, responsable du chancre des agrumes, active des mécanismes de maturation des feuilles pour accéder aux sucres essentiels à sa prolifération.
- Cette stratégie permet à la bactérie de croître jusqu’à cent fois plus rapidement, au détriment de la plante hôte.
- Les découvertes ouvrent de nouvelles perspectives pour développer des agrumes plus résistants et optimiser la qualité des fruits.
Une équipe de recherche internationale, dirigée par le professeur Thomas Lahaye du Centre de biologie moléculaire végétale de l’Université de Tübingen, a mis en lumière un mécanisme surprenant utilisé par la bactérie Xanthomonas citri pour infecter les agrumes. L’étude, publiée dans la revue Science, révèle comment ce pathogène détourne les processus de développement de la plante pour accéder à des nutriments essentiels.
Le chancre des agrumes constitue l’une des maladies les plus préjudiciables pour les cultures d’agrumes (citrons, oranges, mandarines) à l’échelle mondiale. L’infection provoque la chute prématurée des feuilles et des fruits, entraînant des pertes de rendement considérables. « Nous savions déjà que de nombreux agents pathogènes ciblent les sucres présents dans les parois cellulaires végétales », explique le Dr Trang Phan, premier auteur de l’étude, du Centre de biologie moléculaire végétale de l’Université de Tübingen. « Notre recherche s’est concentrée sur les stratégies employées par ces bactéries pour libérer ces nutriments, car les parois cellulaires constituent une barrière protectrice très résistante. »
L’étude révèle que Xanthomonas citri utilise un complexe protéique, agissant comme une seringue, pour injecter des protéines effectrices dans les cellules végétales. Ces protéines manipulent les processus cellulaires de la plante pour favoriser l’infection. « Nous avons examiné une protéine effectrice particulière qui pénètre dans le noyau cellulaire, le centre de contrôle de la cellule hôte, afin de comprendre comment elle contribue à l’infection », précise Thomas Lahaye. Dans le noyau, cette protéine active la production d’un régulateur végétal qui déclenche un programme de maturation normalement réservé aux fruits. « En activant ce programme de maturation dans les feuilles, la bactérie libère des sucres stockés dans les parois cellulaires, ce qui lui procure un avantage nutritionnel significatif et accélère sa croissance », résume le professeur Lahaye.
Trang Phan et le Dr Jan Grau, de l’Institut d’informatique de l’Université Martin Luther de Halle-Wittenberg, ont collaboré sur l’analyse bioinformatique. La comparaison des gènes activés dans les feuilles infectées et les fruits en maturation a révélé des similitudes frappantes. L’équipe a également démontré que la protéine effectrice identifiée dans les agrumes et son homologue dans les tomates activent des programmes de maturation comparables dans les fruits. « En reprogrammant les processus de développement de l’hôte en leur faveur, les bactéries parviennent à exploiter de grandes quantités de sucres contenus dans les parois cellulaires avec un minimum d’effort », souligne Trang Phan.
Ces découvertes offrent de nouvelles pistes pour le développement de plantes résistantes aux maladies. « Les résultats permettent d’envisager des modifications génétiques, grâce à des techniques désormais bien établies, pour influencer le processus de maturation. Il serait ainsi possible de moduler la fermeté et la douceur des tomates et des agrumes », explique Thomas Lahaye.
« La recherche fondamentale continue de fournir des preuves concrètes qui peuvent être appliquées pour relever les défis mondiaux. Nos chercheurs y contribuent de manière significative », a déclaré le professeur Dr. hc (Dōshisha) Karla Pollmann, rectrice de l’Université de Tübingen.
Contact scientifique :
Prof. Dr Thomas Lahaye
Université de Tübingen
Centre de Biologie Moléculaire Végétale (ZMBP) – Génétique Générale
Téléphone +49 7071 29-78745
[email protected]
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