Publié le 18 octobre 2025 à 11h03. Des chercheurs allemands développent un test de détection de la grippe révolutionnaire, basé sur le goût, qui pourrait permettre un diagnostic rapide et accessible, même dans les régions les plus défavorisées.
- Un nouveau test de grippe basé sur la perception gustative est en cours de développement.
- Le test prendrait la forme d’un chewing-gum qui révélerait la présence du virus par un changement de saveur.
- Les chercheurs espèrent que ce test pourrait aider à mieux anticiper et gérer les épidémies de grippe à l’avenir.
La grippe, maladie saisonnière courante, reste une menace sérieuse pour la santé publique, causant jusqu’à un demi-million de décès chaque année dans le monde. Si les tests de dépistage existent, ils sont souvent complexes, coûteux ou peu pratiques. Une équipe de recherche de l’Université Julius Maximilian de Würzburg, dirigée par le pharmacien et pharmacologue Lorenz Meinel, a donc imaginé une approche radicalement différente : un test de grippe basé sur le goût.
L’idée est née d’une réflexion sur les limites des méthodes de diagnostic actuelles. Les tests PCR, bien que précis, nécessitent un équipement de laboratoire sophistiqué et sont donc coûteux. Les tests antigéniques rapides, plus accessibles, sont moins fiables et impliquent un prélèvement nasal souvent désagréable. « Nous tâtonnons avec un coton-tige dans le nez », explique le professeur Meinel. L’équipe a alors eu l’intuition que la langue, avec ses récepteurs gustatifs, pourrait servir de détecteur naturel.
Le principe repose sur la décomposition du virus par une enzyme appelée neuraminidase. Les chercheurs ont développé une molécule composée d’un sucre auquel est attaché du thymol, une substance présente dans le thym. Cette molécule, intégrée dans un chewing-gum, est insipide en l’absence de virus. En présence de la grippe, la neuraminidase décompose la molécule, libérant un composé au goût distinctif – amer, banane, framboise, les possibilités sont nombreuses. « Nous avons appris que nous, les humains, ne pouvons généralement pas bien goûter les grosses molécules, mais que nous pouvons goûter les petites molécules », précise le professeur Meinel.
Les premiers résultats sont encourageants. L’équipe estime que le test pourrait fonctionner même aux premiers stades de l’infection, lorsque la charge virale est encore faible. Les données recueillies suggèrent que le test pourrait être efficace à de très faibles concentrations de neuraminidase. Cependant, des études cliniques sur des humains seront nécessaires pour confirmer ces résultats et valider l’efficacité du test.
Au-delà des bénéfices individuels, les chercheurs envisagent une application plus large de leur invention. Ils souhaitent développer une application mobile permettant aux personnes infectées de s’enregistrer, afin de collecter des données en temps réel sur la propagation de la grippe. Ces informations pourraient être utilisées par les autorités sanitaires pour anticiper les épidémies et prendre des mesures préventives plus efficaces. Prédire l’évolution des épidémies et des pandémies est un objectif clé.
Le test du chewing-gum pourrait également avoir un impact significatif dans les pays en développement, où l’accès aux diagnostics médicaux est souvent limité. Sa simplicité et son faible coût en feraient un outil précieux pour lutter contre la grippe, en particulier sur le continent africain. Le brevet pour cette technologie innovante a déjà été déposé avec le soutien de l’Université de Würzburg. Les chercheurs espèrent que le test pourrait être disponible dans quatre ans.
Photo : Fabian Strauch/dpa (image d’archive)
Outre les bénéfices individuels qu’apporte la connaissance d’une infection, même asymptomatique, le professeur Meinel voit également un potentiel sociétal. L’équipe souhaite créer une application permettant aux personnes infectées de s’enregistrer, alimentant ainsi des algorithmes d’intelligence artificielle capables de prédire l’évolution des épidémies et des pandémies. L’objectif est de permettre aux autorités sanitaires de réagir plus efficacement en cas de crise, grâce à une meilleure connaissance de la situation épidémiologique.
Ce test sous forme de chewing-gum pourrait également être déployé facilement à l’échelle mondiale, y compris dans les régions souvent négligées lors de la pandémie de coronavirus, comme le continent africain. Sa simplicité et son faible coût en feraient un outil accessible aux populations vivant dans des zones défavorisées.