Publié le 8 décembre 2025 à 15h26. Un réseau de scientifiques argentins et français s’attaque au cancer du pancréas, l’une des pathologies les plus agressives, en misant sur le dépistage précoce, de nouvelles thérapies et une collaboration internationale pour améliorer le pronostic de cette maladie en constante augmentation.
- Le cancer du pancréas est en augmentation dans le monde et devrait devenir la deuxième cause de décès par cancer d’ici 2030, derrière le cancer du poumon.
- Le Réseau franco-argentin pour l’étude et le traitement du cancer du pancréas vise à améliorer la survie grâce à des stratégies de dépistage, un diagnostic précoce et le renforcement des soins.
- Des avancées prometteuses sont en cours, notamment des traitements ciblés et des thérapies cellulaires, qui pourraient changer la donne dans les années à venir.
Le cancer du pancréas représente un défi majeur pour la médecine actuelle. Sa nature agressive et le fait qu’il soit souvent détecté à un stade avancé, lorsque les options thérapeutiques sont limitées, en font une maladie particulièrement redoutable. En Argentine, environ 5 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, et l’incidence ne cesse de croître, à l’image de la tendance mondiale. Selon les estimations, il deviendra la deuxième cause de décès par cancer d’ici 2030, après le cancer du poumon.
La forme la plus courante de cette maladie est l’adénocarcinome canalaire pancréatique (PDAC). Au moment du diagnostic, dans 80 à 85 % des cas, la maladie est déjà à un stade avancé. Cette situation est due en partie au fait que les symptômes sont souvent non spécifiques et peuvent être confondus avec d’autres pathologies. De plus, contrairement à d’autres cancers comme celui du sein ou du côlon, il n’existe pas de recommandations de dépistage systématique pour la population générale.
Face à ce constat, le Réseau franco-argentin pour l’étude et le traitement du cancer du pancréas s’est donné pour mission de faire progresser la recherche et les traitements. Son objectif est d’améliorer considérablement la survie des patients grâce à des stratégies de dépistage plus efficaces, un diagnostic plus précoce, l’élaboration de protocoles cliniques et le renforcement des soins sur l’ensemble du territoire argentin, comme l’ont souligné Juan Iovanna et Eduardo Chuluyan, représentants du réseau.
Ce programme bénéficie du soutien de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) de Marseille et de l’Institut français d’Argentine, ainsi que de l’Ambassade de France à Buenos Aires.
Juan Iovanna, installé en France depuis des décennies, a consacré l’ensemble de sa carrière scientifique à l’étude de la biologie du cancer du pancréas et au développement de thérapies efficaces. Diplômé de la Faculté de Médecine de l’Université de Buenos Aires (UBA), il est actuellement Directeur de Recherche de Classe Exceptionnelle à l’INSERM et chercheur à l’Institut Paoli Calmettes de Marseille. Il a également été directeur adjoint du Centre de Recherche sur le Cancer de Marseille (CRCM) jusqu’à fin 2023 et dirige aujourd’hui l’équipe Cancer du Pancréas ainsi que le Programme national sur le cancer du pancréas en Argentine.
Eduardo Chuluyan, quant à lui, est médecin et chercheur principal au CONICET. Il dirige le Centre d’études pharmacologiques et botaniques (CEFYBO) de l’UBA et possède une carrière exceptionnelle en immunologie, notamment dans l’étude des mécanismes anti-inflammatoires liés au cancer et à la transplantation d’organes.
Juan Iovanna, Eduardo Chuluyan et Gustavo Kohan (médecin et chirurgien spécialisé dans la chirurgie pancréatique et laparoscopique, chef du secteur de chirurgie hépatobiliopancreatique de l’hôpital Rivadavia) animeront une conférence le 9 décembre à la Faculté de Médecine de l’UBA, dans le cadre de la Chaire Europe, sur le thème « Cancer du pancréas : des défis à l’espoir ». Inscrivez-vous ici.
Actuellement, le traitement du cancer du pancréas repose sur une combinaison de chirurgie et de chimiothérapie. Cependant, la tumeur pancréatique présente une particularité : elle a une capacité d’adaptation importante, ce qui lui permet d’échapper à la détection par le système immunitaire.
« Elle a une réponse variable, car elle s’adapte très bien à l’organisme et empêche le système immunitaire de la détecter facilement. »
Pablo Capitanich, chef du secteur de chirurgie des voies biliaires et du pancréas du service de chirurgie générale de l’hôpital allemand
Cette complexité nécessite donc d’envisager des approches personnalisées, adaptées à chaque patient.
Les spécialistes s’accordent à dire que les efforts de recherche, tant sur les méthodes de détection précoce que sur les traitements, vont changer le pronostic de la maladie dans les années à venir.
« Il convient de noter que, même face à la gravité reconnue de l’adénocarcinome pancréatique, le panorama thérapeutique évolue à une vitesse sans précédent. Ces dernières années, de nouvelles stratégies ont été consolidées, ouvrant une fenêtre d’espoir réel pour les patients. »
Juan Iovanna et Eduardo Chuluyan
Parmi ces nouvelles stratégies, on peut citer les traitements ciblant des mutations spécifiques, notamment les thérapies anti-KRAS, qui, après des décennies d’efforts, commencent à donner des résultats encourageants dans les premières études cliniques. Ces innovations permettent, pour la première fois, d’intervenir directement sur l’une des altérations génétiques les plus fréquentes et déterminantes de cette tumeur.
Parallèlement, les thérapies cellulaires progressent régulièrement. Le développement de lymphocytes CAR-T adaptés aux tumeurs solides, historiquement réfractaires à l’immunothérapie, représente une avancée conceptuelle majeure : il s’agit d’exploiter et de rediriger le système immunitaire pour identifier et attaquer les cellules tumorales hautement résistantes.
Même si les premières tentatives d’immunothérapie n’ont pas donné les résultats escomptés, les connaissances actuelles sur le microenvironnement tumoral, les voies métaboliques et les mécanismes d’évasion immunitaire laissent présager une amélioration significative des résultats dans un avenir proche et l’ouverture de nouvelles perspectives thérapeutiques.
Dans ce contexte, l’articulation entre les initiatives académiques, le système de santé et les organisations internationales, telle que proposée par le Programme franco-argentin, revêt une valeur décisive. Cela permettra non seulement d’améliorer l’accès équitable à ces innovations, mais aussi d’accélérer la recherche collaborative nécessaire pour transformer les avancées scientifiques en bénéfices concrets pour les patients à travers le pays.
La combinaison d’un diagnostic précoce, d’une organisation sanitaire adéquate et de nouvelles thérapies ciblées promet, pour la première fois depuis des décennies, de modifier substantiellement l’histoire naturelle du cancer du pancréas.
La prévention joue un rôle fondamental dans la réduction du risque de développer un cancer du pancréas. Ne pas fumer est essentiel, car le tabagisme augmente considérablement la probabilité de développer cette maladie. Adopter une alimentation saine, riche en fruits et légumes, pratiquer une activité physique régulière, limiter ou éviter la consommation d’alcool et contrôler les facteurs métaboliques tels que le poids et le diabète sont également des mesures importantes pour renforcer la réponse immunitaire et réduire les facteurs de risque associés à ce type de cancer. L’âge avancé et la prédisposition génétique sont des facteurs non modifiables.
Bien que le dépistage du cancer du pancréas dans la population générale ne soit pas recommandé, les lignes directrices cliniques soulignent l’importance d’identifier les personnes présentant une prédisposition héréditaire et/ou des facteurs de risque et de les soumettre à des stratégies de détection précoce.