Home MondeDes fichiers divulgués montrent comment un réseau d’espionnage sème la peur en Syrie – The Irish Times

Des fichiers divulgués montrent comment un réseau d’espionnage sème la peur en Syrie – The Irish Times

by Clara Dubois

Publié le 2025-12-05 13:16:00. Des documents de renseignement syriens récemment divulgués révèlent l’ampleur de la surveillance de la population sous le régime de Bachar al-Assad, où des millions de citoyens étaient fichés pour des « raisons politiques ». Ces archives, remontant jusqu’aux années 1990, mettent en lumière le fonctionnement d’un système de contrôle omniprésent et ses conséquences sur la vie quotidienne des Syriens.

  • Plus de huit millions de Syriens étaient recherchés par les services de sécurité pour des motifs politiques.
  • Les « études » ou « avis » sur les citoyens étaient régulièrement demandés aux autorités locales, influençant potentiellement leur liberté et leur sécurité.
  • La fuite de ces documents confirme les témoignages de Syriens ayant fui le pays, craignant pour leurs familles restées sur place.

Un ancien mukhtar (autorité locale) de Damas a témoigné auprès de The Irish Times des méthodes utilisées par les services de renseignement syriens pour obtenir des informations sur la population. Il décrit une routine codifiée pour gérer les visites des agents, basée sur la courtoisie, la nourriture et le thé, afin de les « détendre » et de les amener à révéler le motif de leur venue.

Selon ce témoin, qui a souhaité rester anonyme par crainte de représailles, les agents de renseignement étaient constamment à la recherche d’informations sur les habitants du quartier, leurs antécédents politiques, leurs liens familiaux et leur comportement. Il explique :

« Les agents étaient des gens affamés, ils en veulent toujours plus. L’un d’eux a pris le petit-déjeuner dix fois, il ne dirait pas non si on lui en offrait un autre. Ils veulent tout vous soutirer. »

Le rôle du mukhtar consistait à fournir un « avis » sur les individus, qui pouvait déterminer leur sort. Il pouvait recommander l’arrestation ou, au contraire, aider à éviter la détention. Il affirmait avoir toujours essayé de rester neutre dans ses évaluations, en minimisant les problèmes et en négociant parfois des pots-de-vin pour protéger les personnes menacées. Il se souvient :

« Le rôle du mukhtar est de donner un avis sur cette personne : s’il s’agit d’un type bien, discret, toxicomane, politiquement engagé, criminel, etc. L’avis du maire est très important dans ce processus. Grâce à mon avis, il pourrait être mis en prison ou il pourrait l’éviter. »

La fuite de ces documents, partagée par la chaîne allemande NDR avec le Consortium international des journalistes d’investigation, dont The Irish Times est partenaire, confirme les craintes exprimées depuis des années par les Syriens exilés. Elle révèle l’étendue de la surveillance exercée par les différentes branches du renseignement syrien – le renseignement de l’armée de l’air, la direction générale du renseignement et le département de la sécurité intérieure – et les conséquences pour ceux qui restent dans le pays. Huit millions de personnes (environ un tiers de la population syrienne) étaient recherchées pour des « raisons politiques », selon les nouvelles autorités. Près de cinq millions de personnes ont vu leurs interdictions de voyager levées depuis la chute du régime.

Les documents analysés montrent que les services de renseignement demandaient des informations détaillées sur les civils, y compris leur adresse, leur niveau d’éducation, les noms de leurs proches et leurs opinions politiques. Ils évaluaient également leur « bonne discipline », leur « morale » et leur « attachement aux objectifs du parti Baas ». La simple communication avec des proches à l’étranger pouvait suffire à éveiller les soupçons. Comme l’explique le témoin :

« Le régime pensait que quiconque communiquait avec des personnes à l’étranger était un agent dormant, qui se réveillerait à un moment donné. Les téléphones étaient surveillés, tout comme les réseaux sociaux. »

Le mukhtar a raconté avoir démoli un poste de surveillance des services de renseignement après la chute du régime, regrettant de ne pas avoir pu en détruire un autre, repris depuis par les nouvelles forces de sécurité. Il souligne que la surveillance constante a instauré un climat de peur généralisée, où les gens hésitaient même à parler à leurs proches. Il conclut :

« À cette époque, nous ne nous permettions pas de réfléchir. J’avais peur même de murmurer à ma femme, au cas où cela aurait été découvert. »

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