Publié le 24 octobre 2024 14h30. Des organisations d’extrême droite internationales s’inspirent de la montée des violences envers les migrants en Irlande, selon une nouvelle étude qui met en lumière l’influence croissante de l’extrême droite sur l’île.
- Un rapport du Projet mondial contre la haine et l’extrémisme (Gpahe) révèle que l’Irlande est devenue un point d’intérêt pour l’extrême droite internationale, qui voit dans les troubles et les manifestations une source d’inspiration.
- L’étude souligne l’influence des théories du complot américaines, notamment le « Grand Remplacement », sur les groupes d’extrême droite irlandais.
- Malgré l’absence de succès électoral significatif, ces groupes tentent d’attiser la haine et la peur au sein des communautés, en particulier autour de la question de l’immigration.
L’Irlande, longtemps considérée comme un pays résistant aux idées extrémistes, voit l’extrême droite gagner du terrain, notamment en exploitant les crises du logement et les tensions liées à l’immigration. Le rapport du Gpahe, consulté par BreakingNews.ie, met en évidence une tendance inquiétante : la violence à l’encontre des migrants est perçue par les mouvements d’extrême droite à l’étranger comme un modèle à suivre.
Les auteurs du rapport expliquent que les troubles et les manifestations en Irlande sont considérés comme une preuve de la « rage blanche » qui couve sous la surface, alimentée par le sentiment que les migrants sont une menace pour l’identité nationale. Cette dynamique est relayée sur des chaînes Telegram aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Australie et dans toute l’Europe.
Bien que l’extrême droite irlandaise soit relativement petite en termes de taille et d’influence par rapport à ses homologues européens, elle occupe une position stratégique en tant que source de motivation et d’inspiration. Le rapport retrace l’émergence de l’extrême droite en Irlande à la légalisation du mariage homosexuel et à l’adoption du référendum sur l’avortement, des moments perçus comme des concessions aux valeurs progressistes.
La pandémie de Covid-19 et les restrictions associées ont également exacerbé la situation, en favorisant la diffusion de théories du complot anti-confinement. Ces théories ont ensuite été supplantées par un sentiment anti-immigration virulent, qui s’est manifesté par des manifestations devant les centres d’accueil des demandeurs d’asile, parfois marquées par des actes de violence à Ringsend, Ballymun, Finglas et Mullingar.
Le Gpahe note que de nombreux groupes d’extrême droite irlandais sont influencés par les extrémistes américains, notamment en adoptant des théories du complot telles que le « marxisme culturel » et la théorie du « Grand Remplacement », rebaptisée en Irlande « Grande Plantation ». Parmi les groupes identifiés figurent Anti-Corruption Ireland, Brotherhood of the Gaels, Ireland First, Irish Freedom Party, We the People et Seed of Ireland.
En 2024, plusieurs petits partis d’extrême droite ont tenté de s’unir au sein d’une « Alliance nationale », regroupant des formations xénophobes et discriminatoires comme le Parti national, Ireland First et le People’s Irish. Cependant, cette coalition n’a pas réussi à obtenir de résultats significatifs aux élections et s’est rapidement désintégrée.
La cofondatrice et présidente du Gpahe, Wendy Via, met en garde contre une complaisance excessive, soulignant que le rejet massif des partis d’extrême droite lors des élections ne signifie pas une immunité.
« L’Irlande a longtemps résisté aux activités politiques extrémistes, mais cette résilience ne doit pas être confondue avec l’immunité. Ce à quoi nous assistons actuellement est un mouvement qui exploite l’anxiété du public et les moments de crise pour normaliser la xénophobie et, dans certains cas, inciter à la violence contre les communautés vulnérables. »
Wendy Via, cofondatrice et présidente du Gpahe
Le rapport souligne que l’extrême droite irlandaise utilise souvent l’histoire et la culture irlandaises, ainsi que des références à l’Église catholique, pour justifier son hostilité envers les communautés d’immigrés. Certains groupes n’hésitent même pas à invoquer le spectre du national-socialisme hitlérien pour légitimer leur haine.
