Home SantéDes virus de l’herpès vieux de 2 000 ans dans le génome humain

Des virus de l’herpès vieux de 2 000 ans dans le génome humain

by Sophie Martin

Mis à jour le 3 janvier 2026 à 10h38. Des scientifiques ont reconstitué des génomes anciens de virus de l’herpès humain, vieux de plus de deux millénaires, révélant une coévolution de ces virus avec l’homme depuis l’âge du fer et offrant de nouvelles perspectives sur l’histoire des maladies infectieuses.

  • Pour la première fois, des génomes de virus HHV-6A et HHV-6B ont été extraits de restes humains archéologiques.
  • L’étude confirme que ces virus ont évolué aux côtés de l’homme pendant au moins 2 500 ans.
  • Les chercheurs ont identifié des porteurs héréditaires de HHV-6B en Angleterre, les plus anciens connus à ce jour.

Une équipe internationale de chercheurs a réussi à reconstituer l’ADN de virus de l’herpès humain (HHV-6A et HHV-6B) à partir de vestiges humains datant de l’âge du fer et de périodes plus récentes. Cette avancée, publiée dans la revue Science Advances, offre un aperçu inédit de l’histoire évolutive de ces virus, qui infectent la majorité de la population humaine.

Le HHV-6B est particulièrement connu pour être la cause de la roséole infantile, ou « sixième maladie », et constitue la cause la plus fréquente de convulsions fébriles chez les jeunes enfants. Avec son proche parent, le HHV-6A, il appartient à une famille de virus de l’herpès humain qui provoquent généralement des infections latentes à vie après une maladie initiale bénigne dans l’enfance. Leur particularité réside dans leur capacité à s’intégrer aux chromosomes humains, ce qui leur permet de rester inactifs et, dans de rares cas, d’être transmis aux générations futures. Environ 1 % de la population mondiale est porteuse de ces copies virales héritées.

L’étude a analysé près de 4 000 échantillons de squelettes humains provenant de sites archéologiques à travers l’Europe. Onze génomes viraux anciens ont été identifiés et reconstitués, le plus ancien provenant d’une jeune fille de l’âge du fer en Italie (1 100-600 avant notre ère). D’autres échantillons provenaient d’Angleterre médiévale, de Belgique, d’Estonie, d’Italie et de Russie. Plusieurs individus anglais étaient porteurs de formes héréditaires de HHV-6B, ce qui en fait les premiers porteurs connus d’herpèsvirus humains intégrés dans leurs chromosomes.

« Alors que le HHV-6 infecte près de 90 % de la population humaine à un moment donné de sa vie, seulement environ 1 % sont porteurs du virus hérité de leurs parents dans toutes les cellules de leur corps. Ces 1 % des cas sont ceux que nous sommes les plus susceptibles de pouvoir identifier à l’aide de l’ADN ancien, ce qui rend la recherche de séquences virales assez difficile »,

Meriam Guellil, chercheuse principale de l’étude, Département d’anthropologie évolutive de l’Université de Vienne

Les chercheurs ont également découvert que le HHV-6A semble avoir perdu sa capacité à s’intégrer dans l’ADN humain au fil du temps, ce qui suggère une évolution divergente des deux types de virus au cours de leur coexistence avec l’homme.

L’intégration du HHV-6B dans le génome humain pourrait être liée à des problèmes cardiaques, tels que l’angine de poitrine, selon Charlotte Houldcroft de l’Université de Cambridge. L’Université de Cambridge a souligné que ces formes héréditaires de HHV-6A et B sont plus fréquentes au Royaume-Uni que dans le reste de l’Europe, et que cette étude fournit la première preuve de leur présence chez d’anciens porteurs britanniques.

Cette découverte marque un nouveau chapitre dans l’étude de la coévolution des virus et de leurs hôtes. Elle démontre également le potentiel de l’ADN ancien pour révéler l’évolution à long terme des maladies infectieuses, des infections infantiles passagères aux séquences virales qui font désormais partie intégrante du génome humain. Les chercheurs estiment que le HHV-6 pourrait avoir co-évolué avec l’homme depuis sa migration d’Afrique, et les génomes anciens constituent désormais une preuve concrète de cette présence lointaine.

Publication originale :

Mériam Guellil et al. (2025). Retrace 2500 years of human betaherpesvirus 6A and 6B diversity through ancient DNA. In Science Advances (2025).
DOI : xxx

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