Le Bruckner Orchestra de Linz a offert une soirée musicale captivante le 3 décembre 2025 au Brucknerhaus Linz, explorant des œuvres de Strauss, Larcher et Bruckner, avec la violoniste Caroline Widmann comme soliste invitée.
La soirée a débuté avec l’Ouverture en sol mineur WAB 98 d’Anton Bruckner, une pièce relativement méconnue mais pleine de promesses, selon la cheffe d’orchestre Eva Ollikainen. Elle a décrit l’œuvre comme révélant un « futur professeur d’harmonie » dans le jeune Bruckner, capable de marier les couleurs orchestrales avec une maîtrise surprenante pour son âge. L’interprétation de l’orchestre a mis en valeur les contrastes et la vivacité de la composition.
Le concerto pour violon en ré mineur op. 8 de Richard Strauss a ensuite pris le devant de la scène, avec Caroline Widmann au violon. Cette œuvre, écrite alors que Strauss n’avait que 16 ans, témoigne d’une audace technique et d’une ambition musicale impressionnantes. Widmann a brillamment relevé les défis techniques de la partition, faisant oublier, selon les critiques, pourquoi elle reste si rarement jouée. Après un allegro émouvant, elle a offert un lento lyrique et éthéré, mettant en valeur un duo alto-violoncelle, avant de conclure avec un rondo virtuose. En bis, elle a interprété la Sarabande de la Partita solo en ré mineur BWV 1004 de Bach, démontrant une fois de plus sa maîtrise instrumentale.
La seconde partie du concert a été consacrée à la Symphonie n° 2 « Kénotaphe » de Thomas Larcher, dédiée aux réfugiés noyés en Méditerranée. Cette œuvre, créée en 2016 avec la collaboration de Semjon Bytschkow, est considérée comme l’une des symphonies les plus marquantes du XXIe siècle. Larcher explore une grande diversité rythmique et des agogiques extrêmes, exigeant une précision et une maîtrise absolues de l’orchestre. Eva Ollikainen a dirigé l’ensemble avec brio, mettant en valeur les contrastes dynamiques et les textures sonores complexes de la partition, notamment l’utilisation d’un accordéon et d’un piano préparé.
Avant le concert, un débat d’une quarantaine de minutes, intitulé « sur le canapé rouge », a réuni le compositeur Thomas Larcher, la cheffe d’orchestre Eva Ollikainen et le chef d’orchestre Daniel Hochreiter. Ils ont échangé sur les particularités des œuvres au programme, révélant par exemple que Richard Strauss, contrairement à Anton Bruckner, manquait de confiance en lui et remaniait constamment ses compositions. Ils ont également évoqué les défis posés par la symphonie de Larcher, considérée comme plus complexe rythmiquement que le « Sacre du printemps » de Stravinsky.
À ne pas manquer
