Publié le 9 janvier 2024 à 23h18. Une bataille juridique éclate autour de la défense de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro, accusé de trafic de drogue aux États-Unis, alors que son avocat conteste l’intervention non autorisée d’un autre juriste.
- L’avocat Barry Pollack a demandé au juge fédéral Alvin K. Hellerstein de révoquer l’autorisation accordée à Bruce Fein de participer à la défense de Maduro.
- Fein affirme avoir été sollicité par l’entourage de Maduro dans un contexte “extraordinaire” et “venimeux”.
- Maduro lui-même a nié avoir engagé ou même communiqué avec Fein, selon les déclarations de son avocat.
Un différend s’est ouvert au sein de l’équipe de défense de Nicolás Maduro, quelques jours après sa mise en accusation aux États-Unis pour des accusations liées au trafic de drogue. L’avocat Barry Pollack, présent aux côtés de Maduro lors de l’audience, a accusé Bruce Fein, un ancien procureur adjoint sous l’administration Ronald Reagan, de vouloir s’impliquer dans l’affaire sans l’autorisation nécessaire.
Selon Pollack, Fein n’avait pas reçu l’approbation de Maduro ni de son équipe pour agir en tant qu’avocat dans ce dossier. Le conflit est devenu public jeudi, lorsque Pollack a demandé au juge fédéral Alvin K. Hellerstein de retirer l’autorisation judiciaire accordée à Fein. Ce dernier a quant à lui déclaré devant le tribunal que des personnes “crédibles” proches de Maduro l’avaient contacté pour l’aider dans des “circonstances extraordinaires, surprenantes et venimeuses” liées à son arrestation et aux poursuites pénales engagées contre lui aux États-Unis.
Fein a reconnu dans une requête procédurale qu’il n’avait pas eu de contact direct – ni téléphonique, ni par visioconférence – avec Maduro, qui est actuellement détenu dans une prison fédérale de Brooklyn. Il a cependant précisé que l’ancien président avait exprimé son souhait de bénéficier de sa collaboration. Pollack a souligné qu’il avait eu une conversation téléphonique jeudi avec Maduro, qui a affirmé ne pas connaître Fein et n’avoir ni engagé ni autorisé celui-ci à intervenir dans sa défense, selon les documents judiciaires cités par l’agence EFE.
Pollack a tenté de contacter Fein par téléphone et par courriel pour clarifier les raisons de son intervention, mais n’a reçu aucune réponse. Maduro l’a autorisé à demander formellement l’exclusion de Fein de l’équipe de défense, une requête que le juge Hellerstein a acceptée après avoir initialement admis Fein sous la figure juridique de « pro hac vice », qui permet à un avocat d’exercer temporairement dans une autre juridiction.
Dans une réponse transmise vendredi, Fein n’a pas contesté la véracité des affirmations de Pollack, mais a suggéré que le juge interroge Maduro en privé afin de clarifier définitivement ses préférences en matière de représentation légale et de déterminer s’il souhaite être représenté par un avocat, par Fein, ou par les deux.
Parallèlement, l’avocat David Wickstrom a demandé au juge de le reconnaître comme défenseur d’office afin d’être rémunéré pour les heures de travail effectuées lors de l’audience initiale de Maduro, à laquelle il a assisté après avoir rencontré toutes les parties impliquées, selon une lettre adressée au tribunal. Wickstrom a expliqué qu’il avait agi à titre “pro bono” et que sa participation avait été supplantée par celle d’un avocat privé, limitant ainsi sa demande à la simple reconnaissance de sa présence dans le dossier judiciaire.
Le procès contre Maduro et son épouse, Cilia Flores, se poursuit devant la justice américaine, où ils ont tous deux plaidé non coupables des accusations de collaboration avec des cartels de drogue pour faciliter l’expédition de milliers de tonnes de cocaïne vers les États-Unis. Ils ont été appréhendés quelques jours auparavant par les forces spéciales américaines dans leur résidence de Caracas.
(Avec les informations de l’EFE et de l’AP)
