Publié le 13 novembre 2025 à 22h13. Une récente conférence à Dhaka a exploré les complexités de la maternité à l’ère de la procréation médicalement assistée, à travers l’étude du Bangladesh et l’essor de la fécondation in vitro (FIV).
Qu’est-ce que devenir mère signifie réellement ? Au-delà des aspects biologiques, les expériences individuelles et les normes sociales façonnent profondément notre compréhension de la maternité. C’est cette question centrale qui a été au cœur d’une discussion passionnante lors d’une conférence consacrée à l’ouvrage FIV et sans enfant au Bangladesh : constructions de la maternité (Routledge India, 2025) de Mirza Taslima Sultana.
L’événement, organisé le 20 septembre 2025 par Drik, a réuni la journaliste Saydia Gulrukh et l’auteure Mirza Taslima Sultana au sein d’un panel d’experts. Avant d’entamer les échanges, un moment de silence a été observé en hommage aux victimes du conflit à Gaza.
Mirza Taslima Sultana a partagé son expérience de terrain, soulignant la surprise de certains scientifiques face à son approche anthropologique de la FIV. Elle a rappelé que les sciences sociales s’intéressent de longue date aux implications sociales et culturelles des avancées scientifiques et technologiques. Sa recherche se penche sur la manière dont l’introduction de la FIV au Bangladesh a influencé les conceptions locales de la maternité et de l’infertilité.
L’auteure a relaté le témoignage poignant d’une femme désireuse d’avoir un enfant, même consciente que sa vie pourrait être épanouie sans. « Pourtant, je veux porter un enfant, au cas où je le regretterais un jour », lui avait confié cette femme. Ce dilemme intérieur, a expliqué Sultana, a constitué un point de départ essentiel pour son travail. Au Bangladesh, la maternité demeure une identité sociale prépondérante pour les femmes, en particulier celles qui sont mariées.
Son livre analyse les perceptions de la FIV par différents acteurs, en commençant par la manière dont elle est présentée dans les médias. Sultana observe que la presse tend à dépeindre la FIV comme une solution miracle, renforçant l’idée que la maternité est un objectif primordial pour les femmes et que l’absence d’enfant peut entraîner des tensions conjugales ou un rejet social.
L’auteure a également mentionné une limite à son étude : elle s’est principalement appuyée sur les expériences de femmes issues de la classe moyenne, car, au moment de ses recherches en 2010, seules ces femmes avaient accès aux traitements de FIV dans les hôpitaux privés.
L’ouvrage rend compte également de conversations avec des militantes féministes, telles que Ayesha Khanam, Sultana Kamal, Farida Akhter, Shireen Huq et Maleka Begum. La plupart se sont montrées favorables à la FIV, Ayesha Khanam la qualifiant de « khirki » (fenêtre) ouvrant de nouvelles perspectives aux femmes sans enfants. Cependant, elles ont exprimé des réserves quant à la possibilité d’en faire un programme national, craignant une opposition des milieux conservateurs. Ces débats ont naturellement conduit Sultana à interroger des responsables politiques, et elle a constaté qu’à ce jour, 24 ans après l’introduction de la FIV au Bangladesh, aucune politique formelle ne réglemente cette pratique.
Lors de la séance de questions-réponses, le public a soulevé des interrogations sur la participation des hommes à la recherche sur la reproduction et sur le manque d’attention accordé à l’adoption, souvent éclipsée par l’importance accordée à la maternité biologique.
Sadman Ahmed Siam, comme son nom l’indique, est un homme triste. Envoyez-lui des citations joyeuses à :[email protected].