Home Affaires« Donner en héritage à une ONG, c’est repartir avec des principes »

« Donner en héritage à une ONG, c’est repartir avec des principes »

by Amélie Bernard

Publié le 10 octobre 2025 à 04h09. De plus en plus de Français choisissent de léguer leurs biens à des associations caritatives, un geste de solidarité qui connaît une forte croissance, notamment en Catalogne et en Espagne.

  • Les dons par testament aux ONG ont atteint 13 millions d’euros en Catalogne en 2024 (48 millions d’euros dans toute l’Espagne).
  • Les demandes d’informations sur les testaments solidaires ont augmenté de 41 % en Catalogne (48 % en Espagne) l’année dernière.
  • La décision de faire un testament solidaire a progressé de 54 % dans tout le pays au cours de la même période.

Mercè Alavedra, une infirmière retraitée, et Jan Willem de Haan, un avocat en exercice, illustrent cette tendance croissante. Tous deux ont rédigé un testament commun, une pratique de plus en plus populaire, pour léguer leurs actifs à des organisations à but non lucratif. Leur démarche témoigne d’une volonté de donner un sens à leur héritage au-delà de leur propre vie.

En Catalogne, les organisations non gouvernementales ont bénéficié l’année dernière d’un afflux de plus de 13 millions d’euros (soit 48 millions d’euros à l’échelle nationale) grâce à ces testaments solidaires. La plateforme “Fais un Testament Solidaire” constate une augmentation significative de l’intérêt pour cette forme de donation : les demandes d’informations ont bondi de 41 % en Catalogne et de 48 % dans l’ensemble de l’Espagne au cours de l’année écoulée. La décision ferme de rédiger un testament solidaire a quant à elle augmenté de 54 % à l’échelle nationale.

Le profil type de ces donateurs est celui de femmes (54 %) âgées de 50 à 70 ans, résidant principalement à Barcelone, Madrid, Valence, Alicante, Séville, Bilbao ou dans les îles Baléares, selon Leyre Ayastuy, coordinatrice de la plateforme “Make Testament Solidario”.

« Quand j’ai découvert cette possibilité, étant célibataire et sans enfant, un grand poids s’est enlevé de mes épaules. »

Mercè Alavedra, testatrice solidaire

Qu’est-ce qui a motivé Mercè et Jan à franchir le pas ? Mercè, 68 ans, retraitée et habitante de Vacarisses, explique avoir ressenti un soulagement immense en découvrant qu’elle pouvait rédiger un testament commun. Célibataire, sans frère ni sœur, et ayant perdu ses parents, elle n’a pas d’enfants. Elle ne souhaite pas inclure ses proches dans son testament – « ils ne sont pas dans le besoin pour le moment », précise-t-elle – et a choisi de répartir son héritage entre le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et le Fonds mondial pour la nature (WWF/Adena).

« Il est très logique de laisser votre marque, lorsque vous quittez ce monde, dans cette cause à laquelle vous avez participé dans la vie. »

Jan Willem de Haan, testateur solidaire

L’histoire de Jan Willen est différente. Cet avocat d’origine néerlandaise, installé à Barcelone, est marié et père d’une fille. Sa famille est bien sûr incluse dans son testament, mais il a également décidé de léguer une partie de son héritage au WWF, une organisation dont il est membre et qu’il soutient financièrement depuis son enfance. Il souhaite ainsi que son engagement envers la protection de la nature perdure après son décès.

Au fond, les motivations de Mercè et Jan, bien que spécifiques à chacun, convergent vers un même objectif : laisser une empreinte positive dans le monde. Jan considère qu’il est tout à fait naturel de soutenir une cause qui lui tient à cœur tout au long de sa vie. « Faire un don à la cause pour laquelle on s’est battu après sa mort, c’est quitter ce monde en accord avec ses principes », souligne l’avocat.

Mercè partage ce sentiment, souhaitant continuer à aider les personnes vulnérables (à travers le HCR) et à protéger les animaux (avec Adena), comme elle le fait depuis des années grâce à ses dons réguliers.

Le don moyen s’élève à 20 000 euros, mais peut tripler certaines années, comme en 2024 : il a atteint 64 000 euros.

Dans le cas où des biens immobiliers (maisons, appartements) sont inclus dans le testament, les ONG les vendront. Mercè y voit une solution positive. « Je dormirai plus sereinement en sachant que cet argent sera alloué à des causes justes, plutôt que de m’inquiéter de la manière dont il sera réparti ou utilisé après ma mort. »

Le testament solidaire offre également une solution pour les personnes sans héritiers directs ou qui ne souhaitent pas partager leurs biens avec leur famille. Il arrive cependant que certains testateurs choisissent de diviser leur héritage entre leurs proches et des organisations caritatives.

Mercè et Jan ont partagé leur expérience lors d’un événement organisé au CaixaForum de Barcelone, animé par la journaliste Elisabeth López, afin de répondre aux questions et de dissiper les idées reçues sur le testament solidaire.

Ces personnes altruistes ont généralement une idée claire de leurs intentions, mais il est conseillé de contacter l’ONG avant de signer.

Leyre Ayastuy précise que les personnes qui optent pour cette formule sont généralement « très conscientes de leur décision et savent ce qu’elles veulent ». Elle recommande toutefois de « prendre contact avec les ONG concernées avant de signer le testament », afin de clarifier les modalités du don.

Cette étape permet de s’assurer que les fonds seront utilisés conformément aux souhaits du donateur. « Il n’est pas possible de spécifier une affectation particulière des fonds – ajoute Leyre – mais les donateurs savent que leurs biens ou leur argent seront intégrés au fonds commun de l’organisation. »

Un avantage supplémentaire

Ce don est exonéré de droits de succession

La plateforme “Fais un Testament Solidaire” regroupe plus de 25 organisations à but non lucratif, parmi lesquelles Action contre la Faim, SOS Villages d’Enfants, Amnesty International, la Fondation Pasqual Maragall, Save the Children, la Fondation Josep Carreras et Ayuda en Acción. Un avantage majeur est que les dons sont exonérés de droits de succession, ce qui signifie que « 100 % du legs est entièrement affecté à la cause sociale choisie », souligne Leyre Ayastuy. Le don moyen est d’environ 20 000 euros, mais ce chiffre peut varier considérablement en fonction des fortunes léguées. En 2024, par exemple, le montant moyen donné par testament s’élevait à près de 64 000 euros.

Le testament solidaire peut être révoqué à tout moment, comme tout autre testament. Pour Mercè, la tranquillité d’esprit qu’elle a trouvée en signant ce document s’ajoute à la certitude qu’elle ne se privera de rien de son vivant, et que les ONG bénéficieront de ce qu’il lui restera.

Elle a déjà commencé à faire des dons de son vivant et a prévu que son piano soit légué à son ancien professeur de musique.

Jan, en tant qu’avocat, défend l’idée que « un héritage est un don, pas un droit ou une obligation », et que personne ne devrait s’offusquer si un testament ne prévoit pas de léguer tous les biens à la famille.

Il souhaite simplement que son engagement envers cette cause altruiste, qui lui tient à cœur depuis son enfance, perdure après sa mort. Il conseille toutefois de « bien ficeler les choses » pour éviter tout litige.

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