Publié le 2024-02-29 14:35:00. L’état de notre peau est le reflet de notre hygiène de vie, mais les pathologies dermatologiques évoluent. Une dermatologue tire l’alarme sur l’augmentation de certains cancers de la peau et le retour de maladies sexuellement transmissibles, tout en soulignant l’importance d’une prévention adaptée à chaque âge.
- Les affections cutanées varient considérablement selon l’âge, l’état de santé et le mode de vie.
- L’exposition au soleil sans protection reste un facteur majeur dans l’augmentation des cancers de la peau, notamment le mélanome.
- On observe une recrudescence inquiétante des maladies sexuellement transmissibles, en particulier chez les jeunes adultes.
La peau, en tant qu’organe vivant, est un indicateur précieux de notre bien-être général. L’alimentation, le sommeil, le stress, l’hygiène, la consommation de tabac ou d’alcool, et bien sûr l’exposition au soleil, sont autant de facteurs qui influencent directement son état. Au cours des vingt dernières années, les pathologies dermatologiques ont connu des évolutions notables, avec des maladies devenues plus fréquentes, d’autres en déclin, et certaines se manifestant de manière atypique ou à des âges inhabituels, explique le Dr Codruţa Chelmuş, dermatovénérologue à l’hyperclinique MedLife Timisoara.
Chez l’enfant, la dermatite atopique est l’une des affections les plus courantes. Cette maladie inflammatoire chronique, qui peut persister à l’âge adulte, semble être exacerbée par la pollution atmosphérique, une hygiène trop rigoureuse et un manque d’exposition aux microbes durant les premières années de la vie. D’autres pathologies fréquentes à cet âge incluent les infections bactériennes (comme l’impétigo), la gale, la pédiculose (poux) et certaines infections virales comme le molluscum contagiosum.
La dermatite atopique se caractérise par une peau sèche, rouge, squameuse et intensément prurigineuse. La peau perd sa capacité à retenir l’eau et devient plus vulnérable aux allergènes et aux irritants. Le traitement repose sur une hydratation quotidienne rigoureuse, l’évitement des facteurs irritants, l’utilisation de crèmes anti-inflammatoires et, dans les cas sévères, la photothérapie ou des traitements systémiques modernes, comme les anticorps monoclonaux.
À l’âge adulte, l’acné, la dermatite séborrhéique, le psoriasis, l’eczéma de contact, la rosacée et les infections fongiques (comme les mycoses des ongles ou de la peau) sont les affections les plus fréquemment rencontrées. Leur prévention passe par une alimentation anti-inflammatoire (de type méditerranéen), une routine de sommeil régulière, le contrôle du poids, une hygiène douce et un équilibre psycho-émotionnel.
Le Dr Chelmuş souligne que le psoriasis, une maladie auto-immune chronique, a connu une recrudescence pendant la pandémie. De nombreux patients en rémission ont vu leur maladie réapparaître ou s’aggraver, probablement en raison du stress, de l’infection par le SARS-CoV-2 et de l’interruption des traitements biologiques. Le stress, l’obésité, le tabagisme et la consommation d’alcool sont des facteurs aggravants connus.
Les maladies sexuellement transmissibles (MST) se manifestent souvent par des lésions cutanées spécifiques. L’herpès génital, les verrues génitales causées par le virus du papillome humain (VPH), la syphilis (avec des ulcérations et des éruptions cutanées caractéristiques), la gonorrhée, la chlamydia et l’infection par le VIH sont parmi les plus courantes. Ces infections peuvent se manifester non seulement au niveau génital, mais également sur d’autres parties du corps ou sur les muqueuses. Une détection précoce est essentielle pour éviter les complications et la transmission.
« Nous assistons à un retour alarmant de la syphilis et d’autres MST, en particulier chez les jeunes adultes ayant de multiples partenaires sexuels. »
Dr Codruţa Chelmuş, dermatovénérologue
Chez les personnes âgées, la peau devient plus sèche, plus fine et plus sensible, ce qui peut entraîner une xérose (sécheresse extrême) et des démangeaisons. Les dermatites de stase (liées à une mauvaise circulation sanguine), les ulcères de jambe, les kératoses actiniques (lésions précancéreuses) et diverses formes de cancer de la peau sont également fréquentes.
Les cancers de la peau, carcinomes et mélanome, sont en augmentation, en particulier en raison d’une exposition excessive au soleil sans protection solaire adéquate.
« La peau a une mémoire : chaque coup de soleil, surtout pendant l’enfance ou l’adolescence, augmente le risque de cancer de la peau à l’âge adulte. L’accumulation de rayons UV provoque des mutations dans l’ADN des mélanocytes. »
Dr Codruţa Chelmuş, dermatovénérologue
L’auto-examen régulier des grains de beauté est crucial. Tout grain de beauté qui change de forme, de couleur, de taille ou qui commence à saigner doit être examiné par un dermatologue sans délai. La règle ABCDE permet d’identifier les lésions suspectes :
- A – Asymétrie : une moitié du grain de beauté ne ressemble pas à l’autre.
- B – Bordures : contours irréguliers, flous ou mal définis.
- C – Couleur : présence de plusieurs nuances (marron, noir, rouge, blanc, bleu) dans une même lésion.
- D – Diamètre : supérieur à 6 mm ou en augmentation (surtout si la croissance est rapide).
- E – Évolution : modifications récentes de la taille, de la couleur, de la forme ou de l’apparition de symptômes (saignement, démangeaisons, inflammation).
Le Dr Chelmuş souligne que plus de 70 % des mélanomes ne se développent pas à partir de grains de beauté préexistants, mais apparaissent comme de nouvelles lésions. Il est donc important de surveiller l’apparition de nouveaux grains de beauté sur une peau auparavant saine.
Enfin, la composante génétique joue un rôle important dans de nombreuses affections dermatologiques, mais elle n’agit que rarement seule. Des prédispositions génétiques nécessitent des déclencheurs environnementaux pour se manifester. Des tests génétiques existent pour le mélanome, notamment en cas d’antécédents familiaux. Si une mutation est confirmée, un suivi dermatologique plus rapproché est recommandé.
La santé de la peau est donc étroitement liée à notre patrimoine génétique, à notre mode de vie et à la prévention. Des visites régulières chez le dermatologue, une routine adaptée et une bonne information sont essentielles pour distinguer une lésion bénigne d’un diagnostic grave découvert trop tard.
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