Home AffairesDroit à l’éducation d’une jeunesse exilée. Toute une société pour lui construire un avenir

Droit à l’éducation d’une jeunesse exilée. Toute une société pour lui construire un avenir

by Amélie Bernard

Publié le 2025-11-06 21:37:00. Une journée d’étude et de réflexion, organisée à Nice, a rassemblé plus de 140 personnes autour des enjeux liés à l’accueil des personnes exilées, de la reconnaissance de leur statut aux traumatismes psychologiques liés à leur parcours.

  • Plus de 3 200 jeunes migrants sont en attente de reconnaissance de leur minorité dans les Alpes-Maritimes, une situation qui entrave leur scolarisation et les expose à des risques accrus.
  • Des difficultés croissantes sont signalées concernant le renouvellement des titres de séjour, entraînant des conséquences graves sur l’emploi et le logement des personnes concernées.
  • L’importance de l’accompagnement psychologique des personnes exilées a été soulignée, en particulier pour surmonter les traumatismes et favoriser leur intégration.

La journée, qui s’est tenue à Nice, a été marquée par la présence de Marilyne Desbiolles, invitée d’honneur, qui a partagé son parcours et son engagement en faveur des personnes exilées. L’événement a permis d’aborder de multiples facettes de l’accueil et de l’intégration, des aspects juridiques aux réalités vécues par les personnes concernées.

Plusieurs témoignages poignants ont ouvert la journée. Celui d’un jeune Ivoirien, arrivé en France en 2020, a particulièrement marqué les participants. Après avoir vu sa minorité reconnue grâce au soutien d’une famille d’accueil du Réseau Education Sans Frontières (RESF), il a pu obtenir un CAP, un emploi en CDI et une carte de séjour après trois ans. Passionné d’art, il a également contribué à l’événement en réalisant une œuvre picturale tout au long de la journée.

Deux vidéos ont été projetées, illustrant les difficultés rencontrées par les migrants. La première témoignait du parcours d’un migrant dans les montagnes de la Roya, à la frontière franco-italienne (Menton-Vintimille). La seconde présentait une intervention du sociologue Eric Fassin, qui a souligné l’importance de la mémoire collective :

« aujourd’hui, mémoire de demain »

Eric Fassin, sociologue

Un professeur d’université a ensuite exposé les subtilités juridiques liées à la citoyenneté et à la nationalité, en rappelant les principes du droit du sol et du droit du sang, ainsi que les évolutions de la loi sur la naturalisation. Il a également mis en lumière le pouvoir discrétionnaire dont dispose l’État dans ce domaine, et a évoqué la loi dite Darmanin.

L’association Habitat et Citoyenneté a présenté un bilan de ses actions de suivi des familles et des mineurs isolés, notamment en matière de scolarisation et d’accès à la cantine scolaire. L’association Tous citoyens 06, qui défend les mineurs non accompagnés (MNA), a dressé un état des lieux alarmant : environ 3 200 jeunes sont en attente de reconnaissance de leur minorité dans les Alpes-Maritimes, dont 79 dans le département. Selon les estimations, 60 % d’entre eux obtiendront cette reconnaissance, mais un tiers se retrouve à la rue, et le nombre de jeunes filles dans cette situation a doublé.

L’association a également souligné les difficultés rencontrées par le rectorat pour scolariser ces jeunes, tant dans le secteur public que privé. Le Conseil Départemental est également pointé du doigt pour son manque de prise en charge des mineurs laissés à la rue, les exposant à des risques accrus, notamment celui de se retrouver impliqués dans le trafic de stupéfiants.

Le COVIAM (Comité de Vigilance des Alpes Maritimes) a alerté sur les retards croissants dans le renouvellement des titres de séjour, qui entraînent des pertes d’emploi et de logement. L’association a annoncé qu’une action juridique inter-associative était en cours pour contraindre la préfecture des Alpes-Maritimes à respecter la loi.

Un psychiatre, qui suit un groupe de personnes exilées dans le cadre du RESF depuis trois ans, a partagé ses réflexions sur les traumatismes liés à l’exil. Il a souligné que l’exil représente souvent l’espoir d’un retour possible, mais qu’il peut aussi se transformer en une déchéance de nationalité ou en une expulsion. Il a insisté sur le fait qu’il n’existe pas de personnes exilées volontaires, et a analysé les conséquences psychologiques de ces traumatismes, ainsi que le rôle du psychiatre dans l’accompagnement de ces personnes.

La journée a également été ponctuée de prestations artistiques, notamment des performances musicales et théâtrales proposées par des artistes engagés. Les participants ont pu consulter un document de synthèse sur la fabrication de l’opinion publique et un sketch théâtral. Une lettre d’une adolescente a également été partagée.

L’après-midi a été consacré à des ateliers thématiques. Les participants ont pu choisir entre des ateliers axés sur l’éducation à la fraternité, la construction de l’avenir, la défense des droits des familles exilées, ou encore la réparation des traumatismes du non-accueil. Un atelier philosophique a également été proposé, portant sur le thème de l’hospitalité, à partir de la question : “Il est 22 heures et quelqu’un sonne à votre porte, que faites-vous ?”.

Les organisateurs ont exprimé leur gratitude envers Marilyne Desbiolles, les artistes, les intervenants et tous les participants à cette journée.

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