Home NouvellesEchica : Des pirates et des commandants

Echica : Des pirates et des commandants

by Nicolas Lefèvre

Publié le 18 octobre 2025 09:56:00. Le scandale entourant des projets de lutte contre les inondations fictifs aux Philippines résonne avec une réflexion philosophique antique sur la nature du pouvoir et de la corruption, soulevant des questions sur la responsabilité individuelle et collective face à l’impunité.

  • La corruption systémique, impliquant des sénateurs, des entrepreneurs et des fonctionnaires du ministère des Travaux publics et de la Voirie (DPWH), est dénoncée.
  • Une analogie est établie entre les réseaux de corruption et les bandes de brigands, soulignant l’absence de justice et l’organisation du crime.
  • L’auteur plaide pour une distinction entre la corruption et l’extorsion, et affirme que l’honnêteté demeure une qualité prédominante chez le Philippin moyen.

La révélation de projets de lutte contre les inondations inexistants a ravivé les souvenirs d’une citation tirée de l’œuvre de Saint Augustin, La Cité de Dieu. L’auteur estime que les réflexions du philosophe sont particulièrement pertinentes pour comprendre la situation actuelle aux Philippines.

« En l’absence de justice, qu’est-ce que la souveraineté, sinon le brigandage organisé ? Car, que sont les bandes de brigands, sinon les petits royaumes ? Ce sont des groupes d’hommes, sous la direction d’un chef, liés entre eux par un commun accord, partageant leur butin selon un principe établi. Si cette bande de criminels, recrutant davantage de criminels, acquiert assez de pouvoir pour occuper des régions, s’emparer de villes et soumettre des populations entières, alors il peut de plein droit assumer le titre de royaume, qui, aux yeux du public, lui est conféré, non par le renoncement à l’avidité, mais par l’augmentation de l’impunité. »

Saint Augustin

L’auteur souligne que la corruption observée n’est pas l’œuvre d’individus isolés, mais plutôt le résultat d’une organisation complexe. Une équipe, comprenant des sénateurs, des représentants, des entrepreneurs et des ingénieurs du DPWH, s’enrichit au détriment de l’intérêt général. D’autres, bien que recevant des parts moindres, sont conscients de leur rôle dans un système plus vaste, et même des trolls rémunérés participent à la bataille de l’opinion publique sur les réseaux sociaux.

L’analogie avec les “bandes de brigands” s’étend également aux liens familiaux, où des sénateurs favorisent les entreprises de leurs beaux-frères ou de leurs pères. L’auteur ironise sur les déclarations de certains législateurs qui se disent impuissants à choisir les membres de leur famille, tout en bénéficiant des retombées de leurs activités.

La situation actuelle est également marquée par des accusations mutuelles entre les camps politiques de Marcos et de Duterte, chacun dénonçant la corruption de l’autre. L’auteur observe que ces accusations ressemblent souvent à des tentatives de se dédouaner plutôt qu’à une véritable défense de l’innocence.

« La réponse qu’un pirate capturé a donnée au célèbre Alexandre le Grand était parfaitement précise et correcte. Lorsque le roi a demandé à l’homme ce qu’il entendait par infester la mer, il a répondu hardiment : ‘Qu’entendez-vous par faire la guerre au monde entier ? Je fais mes combats sur un petit navire, et ils m’appellent pirate, vous faites le vôtre avec une grande flotte, et ils vous appellent Commandant.’ »

Saint Augustin, rapporté par Saint Augustin

L’auteur reprend l’exemple du pirate et du commandant pour illustrer que la corruption existe à tous les niveaux, mais que les petits coupables sont punis tandis que les grands sont souvent considérés comme honorables. Il s’interroge sur la perception de cette injustice par les Philippins ordinaires.

L’article se termine par une introspection sur la responsabilité individuelle. L’auteur se demande si les citoyens ne sont pas également complices du système, par leurs pots-de-vin ou leurs dons à des sources douteuses. Cependant, il refuse de généraliser et affirme que la majorité des Philippins sont fondamentalement honnêtes, citant des exemples de taxis restituant des objets de valeur et de blanchisseuses rendant de l’argent oublié.

Enfin, l’auteur souligne l’importance de distinguer la corruption de l’extorsion, soulignant que les pauvres sont souvent victimes de la première. Il conclut en appelant à l’arrestation des corrompus, affirmant que sans justice, la nation est gouvernée par une bande de voleurs.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.