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Elaine Mokhtefi décédée à 97 ans

Elaine Mokhtefi, la militante anticolonialiste américaine devenue une figure de la diplomatie tiers-mondiste algérienne et proche de Frantz Fanon, est décédée le 11 septembre à…

Elaine Mokhtefi décédée à 97 ans

Elaine Mokhtefi, la militante anticolonialiste américaine devenue une figure de la diplomatie tiers-mondiste algérienne et proche de Frantz Fanon, est décédée le 11 septembre à New York à l’âge de 97 ans, quelques semaines avant de célébrer en Algérie sa naturalisation officielle.

Un parcours forgé par le rejet de l’injustice aux États-Unis

Née Elaine Klein le 10 décembre 1928 à Hempstead, dans l’État de New York, au sein d’une famille juive modeste, la future militante développe très tôt une conscience aiguë des discriminations. Son enfance, rythmée par les déplacements professionnels de ses parents, est marquée par l’antisémitisme qu’elle subit. À seize ans, elle quitte le foyer familial pour étudier dans un collège en Géorgie, où elle est confrontée à la violence de la ségrégation raciale et aux lois Jim Crow dans le Sud américain, avant d’être renvoyée de l’établissement.

Ce rejet viscéral de l’oppression la pousse, en 1951 à l’âge de 23 ans, à traverser l’Atlantique en bateau pour s’installer à Paris. C’est dans la capitale française, lors d’un défilé du 1er mai, qu’elle croise pour la première fois la route de militants syndicats ouvriers algériens et africains. Ce contact direct avec les réalités du colonialisme français oriente durablement son destin, l’amenant à travailler comme traductrice pour des mouvements antiracistes avant de s’engager pleinement pour l’indépendance de l’Algérie.

La diplomatie militante à New York et le soutien à Frantz Fanon

En 1958, son militantisme la conduit en Afrique lors de la Conférence panafricaine des peuples à Accra, au Ghana. Elle y fait des rencontres déterminantes, notamment celles de Frantz Fanon et de Mohamed Sahnoun. De retour aux États-Unis, elle rejoint ce dernier à New York et intègre, dès 1960, le bureau new-yorkais du Gouvernement provisoire de la République algérienne et du Front de libération nationale, collaborant étroitement avec Abdelkader Chanderli et M’hamed Yazid.

La jeune Américaine devient rapidement une pièce maîtresse de la diplomatie révolutionnaire aux États-Unis, s’employant à bâtir des réseaux de soutien et à sensibiliser l’opinion publique américaine. Lorsque le psychiatre et essayiste martiniquais Frantz Fanon est hospitalisé aux États-Unis en 1961, Abdelkader Chanderli confie à Elaine Mokhtefi la mission délicate de veiller sur lui. Elle l’entoure de soins attentifs et prend en charge son fils Olivier, alors âgé de six ans, devenant ainsi l’un des rares témoins des derniers mois de la vie de Fanon, décédé en décembre de la même année.

Douze années au cœur de l’Alger révolutionnaire

À l’indépendance de l’Algérie en 1962, Elaine Mokhtefi choisit de s’établir à Alger, qu’elle habite pendant douze ans. Elle y exerce diverses fonctions, notamment comme journaliste à l’Agence Presse Service, couvrant l’actualité du mouvement tiers-mondiste. Elle épouse par la suite l’écrivain Mokhtar Mokhtefi, un ancien combattant de l’Armée de libération nationale, ancrant définitivement son parcours dans sa patrie d’adoption.

Elaine Mokhtefi décédée à 97 ans
Photo: elwatan.dz

Durant cette décennie flamboyante, Alger s’impose comme un carrefour mondial des luttes anticoloniales, accueillant des révolutionnaires du monde entier ainsi que des membres des Black Panthers américains. Contrainte de quitter le pays en 1974, elle rassemble plus tard ses souvenirs dans des mémoires parues en 2018 chez Verso Books et l’année suivante en français sous le titre «Alger, capitale de la révolution. De Fanon aux Black Panthers», constituant un témoignage capital sur cette époque.

L’ultime reconnaissance de la nationalité algérienne

Ses liens indéfectibles avec l’Algérie ont connu une consécration officielle en juillet dernier, lorsque le président Abdelmadjid Tebboune a signé un décret présidentiel daté du 23 juillet 2026 octroyant à Elaine Mokhtefi la nationalité algérienne, en application des dispositions de l’ordonnance de décembre 1970.

Remembering Anticolonial Algiers: Panthers and Pan-African Revolutionaries w/Elaine Mokhtefi

Ses proches et l’Association des Amis de la Révolution s’apprêtaient à l’accueillir à Alger pour célébrer officiellement cette naturalisation tant désirée. Son décès soudain, survenu dans un hôpital new-yorkais, interrompt ce retour tant attendu par celle qui considérait l’Algérie comme sa patrie de cœur.

Elaine Mokhtefi: The American activist for Algeria dies at 98

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.