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Enfance jetable

Publié le 29 septembre 2025 20h28. Au Pakistan, l'enfance est souvent synonyme de vulnérabilité extrême, marquée par l'abandon, la maltraitance et l'exploitation, tandis que les institutions censées protéger les plus jeunes semblent impuissantes ou indifférentes. Des nouveau-nés sont…

Enfance jetable

Publié le 29 septembre 2025 20h28. Au Pakistan, l’enfance est souvent synonyme de vulnérabilité extrême, marquée par l’abandon, la maltraitance et l’exploitation, tandis que les institutions censées protéger les plus jeunes semblent impuissantes ou indifférentes.

  • Des nouveau-nés sont enlevés dans les hôpitaux, révélant de graves failles de sécurité.
  • Le système de santé, notamment à Karachi, manque cruellement de ressources, mettant en péril la vie des nourrissons.
  • Plus de 1,6 million d’enfants sont impliqués dans le travail, souvent dans des conditions dangereuses et illégales.

L’impunité règne, et les enfants pakistanais sont confrontés à une réalité brutale dès leur naissance. Récemment, un fait divers glaçant a mis en lumière l’étendue du problème : un nouveau-né a été enlevé à l’hôpital général de Lahore, non pas par des criminels sophistiqués, mais par deux femmes exploitant les lacunes du système et, potentiellement, la corruption du personnel. Cet incident pose une question lancinante : l’enlèvement d’un bébé est-il devenu plus facile que la naissance elle-même dans cet établissement ?

La situation est particulièrement alarmante dans les grandes villes comme Karachi, qui compte plus de 20 millions d’habitants et est censée être le moteur économique du pays. Pourtant, la ville est incapable de fournir suffisamment de lits en unités de soins intensifs néonatals (USIN). Des parents désespérés suppriment les sanglots en berçant leurs bébés, implorant une place, tandis que les responsables se contentent d’évoquer des budgets augmentés qui ne se traduisent jamais en améliorations concrètes sur le terrain. Où va cet argent ? Dans les méandres de la corruption, dans les poches d’intermédiaires véreux, dans les coffres-forts de bureaucrates indifférents, partout sauf au chevet des enfants qui meurent faute d’oxygène.

Même si un enfant échappe à l’enlèvement et aux carences hospitalières, il risque de se retrouver confronté à la violence dans les écoles et les madrassas (écoles coraniques). Ces institutions, censées être des lieux d’apprentissage, sont trop souvent des espaces de peur où l’on cherche à « briser leur esprit ». Les témoignages d’enfants battus, humiliés et maltraités par des enseignants se multiplient, loin d’être des incidents isolés, mais plutôt des rituels quotidiens. Un habitant témoigne : il a envoyé ses deux fils dans une madrassa non seulement pour qu’ils apprennent le Coran, mais aussi parce qu’il était incapable de les nourrir. Il les a confiés à des hommes qui confondent discipline et sévérité excessive. On ne peut qu’espérer que ses garçons n’hériteront pas de ce fardeau déguisé en éducation.

Et si, malgré tout, ils survivent, ces enfants finissent souvent par être exploités comme travailleurs. Plus de 1,6 million d’enfants âgés de 10 à 17 ans dans la province du Sindh sont impliqués dans le travail, la moitié d’entre eux dans des conditions extrêmement précaires : longues heures, machines dangereuses, environnements toxiques, charges trop lourdes, salaires dérisoires, voire inexistants. Bienvenue dans l’enfance pakistanaise ! Ces millions d’enfants sont une main-d’œuvre bon marché, au service de notre confort. Pourrions-nous accepter de telles conditions pour nos propres enfants ?

Les autorités, quant à elles, se contentent de rédiger des politiques creuses ou de participer à des conférences financées par des donateurs, sans prendre de mesures concrètes. Elles agissent comme des aveugles dans une maison en flammes, se heurtant aux murs, feignant de ne rien sentir, ignorant les flammes qui leur lèchent les pieds. Le système judiciaire est en proie à la corruption, tandis que les enfants s’étouffent, saignent et disparaissent sous nos yeux. Ils ne comptent tout simplement pas dans une culture politique et judiciaire qui ne s’agenouille qu’au pouvoir et au profit.

Chaque enlèvement, chaque pénurie, chaque cicatrice laissée par un bâton, chaque enfant enterré après avoir travaillé avec des outils dangereux, est la responsabilité du gouvernement, du système judiciaire et de la société qui continue de normaliser cette situation.

Continuez, autorités et société. Continuez sur cette voie ! Votre bilan est irréprochable : impeccable dans la cruauté, impeccable dans l’apathie, impeccable dans l’échec.

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.