Home MondeEntrevue avec Yves-François Blanchet | Le Québec devrait craindre le Canada plutôt que les États-Unis

Entrevue avec Yves-François Blanchet | Le Québec devrait craindre le Canada plutôt que les États-Unis

by Clara Dubois

Publié le 24 décembre 2025 à 05h00. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, estime que les politiques fédérales représentent une menace plus immédiate pour l’avenir du Québec que les ambitions du président américain Donald Trump, notamment en matière d’immigration.

  • Yves-François Blanchet juge que la gestion de l’immigration par Ottawa nuit à l’intégration des nouveaux arrivants et à la préservation de l’identité québécoise.
  • Il minimise la menace d’une éventuelle expansion américaine au Canada, tout en soulignant le protectionnisme croissant des États-Unis.
  • M. Blanchet constate des « fissures » au sein du Parti libéral canadien, notamment en ce qui concerne les politiques climatiques et énergétiques.

Dans une entrevue approfondie accordée à La Presse, Yves-François Blanchet a exprimé son inquiétude face à la direction prise par le gouvernement fédéral, qu’il accuse de contrecarrer les objectifs du Québec en matière d’immigration. Selon lui, Ottawa ne parvient pas à assurer l’intégration réussie des nouveaux arrivants, ce qui compromet l’avenir d’une société québécoise francophone, laïque et égalitaire.

« Est-ce que le Québec peut continuer en étant ce qu’il est à accueillir et à échouer l’accueil d’immigrants qui n’apprendront pas le français, qui vont ghettoïser Montréal, qui vont séparer Montréal des régions du Québec, qui vont faire en sorte qu’on accueille les gens dans quelque chose qui n’est plus nous-mêmes ? », s’est interrogé le chef bloquiste.

« Si on ne réussit pas à intégrer les gens en français avec nos valeurs fondamentales, évidemment on nuit à notre propre avenir. »

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

M. Blanchet a relativisé la menace posée par Donald Trump, estimant que le président américain, bien que problématique, sera encore en fonction pendant trois ans et que les États-Unis resteront protectionnistes. Il a rappelé que les droits de douane imposés par l’administration Trump sur l’aluminium, l’acier, l’automobile et le bois d’œuvre ont entraîné des pertes d’emplois au Québec et au Canada et ont détérioré les relations bilatérales.

Le chef du Bloc québécois a affirmé qu’il n’a « jamais cru, mais pas une seconde, à l’histoire du 51e État » évoquée par Donald Trump. Cependant, il a souligné que la nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine prévoit d’étendre la domination américaine dans l’hémisphère ouest et de contrôler les « actifs stratégiquement vitaux ».

Cette stratégie est perçue comme une menace pour la souveraineté canadienne, selon le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson. Dans une entrevue à La Presse, M. Hodgson a qualifié ce document de « signal d’alarme », compte tenu de l’intégration économique étroite entre le Canada et les États-Unis. Lisez notre entrevue avec Tim Hodgson.

M. Blanchet a critiqué les commentaires de M. Hodgson, estimant qu’ils manquent de crédibilité, étant donné que le premier ministre Mark Carney a remporté les élections en jouant sur la peur d’une éventuelle annexion du Canada par les États-Unis.

« On recommence à miser sur la peur pour essayer de préserver un mandat affaibli par les échecs répétés. Ça ne marchera pas au Québec. »

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

« Donald Trump est un problème pour le monde entier, mais pour quelques années encore [il est le] président de notre principal partenaire commercial, et de loin ! », a-t-il déclaré, appelant Ottawa à ne pas provoquer le président Trump.

M. Blanchet a également évoqué les « fissures » au sein du Parti libéral, notamment en ce qui concerne l’abandon de certains engagements en matière de politique climatique, comme l’ouverture à la construction d’un oléoduc reliant l’Alberta à la côte ouest de la Colombie-Britannique. Il a souligné que M. Carney devrait se concentrer sur le développement des énergies propres.

Selon M. Blanchet, le marché québécois pour l’exportation de l’hydroélectricité se trouve dans le nord-est des États-Unis, une région à majorité démocrate, ce qui ne devrait pas poser de problèmes de conscience.

Enfin, le chef bloquiste a dressé un portrait peu flatteur des fédéralistes, les qualifiant de « Canadiens » et non de « Québécois » et leur reprochant de ne pas avoir réussi à élaborer un argumentaire convaincant en faveur du fédéralisme.

« Ils sont canadiens, ils ne sont pas québécois. J’ai l’impression qu’ils ont négligé d’essayer d’inventer un argumentaire fédéraliste. Puis sans être méchant, je ne sais pas c’est quoi, un argumentaire fédéraliste. »

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Avec la collaboration de Joël-Denis Bellavance, La Presse

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