Publié le 23 novembre 2025. L’Afrique enregistre des avancées significatives dans la lutte contre les maladies infectieuses, avec l’élimination de la rougeole et de la rubéole dans plusieurs pays, mais doit faire face à de nouvelles épidémies de choléra et de Marburg, ainsi qu’à la nécessité de renforcer sa préparation face aux pandémies.
- Trois pays africains – Cabo Verde, Maurice et les Seychelles – ont été certifiés exempts de rougeole et de rubéole par l’Organisation mondiale de la santé.
- L’Alliance du Vaccin (Gavi) a dépassé son objectif de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH), protégeant plus de 86 millions de filles.
- Le Fonds de lutte contre la pandémie a alloué 234 millions de dollars (sur un total de 500 millions de dollars) à l’Afrique pour renforcer la sécurité sanitaire.
L’Afrique subsaharienne célèbre une victoire majeure en matière de santé publique : Cabo Verde, Maurice et les Seychelles sont désormais officiellement exempts de rougeole et de rubéole. Ces trois nations ont démontré un engagement constant envers la vaccination, maintenant une couverture vaccinale supérieure à 90 % pendant plus de deux décennies. Cabo Verde n’a signalé aucun cas de rougeole depuis 1999 et aucun cas de rubéole depuis 2010. Maurice affiche une couverture de 98 % pour la première dose de vaccin ROR et de 96 % pour la seconde en 2024, tandis que les Seychelles maintiennent un taux de couverture supérieur à 95 % depuis vingt ans. Cette réussite contraste fortement avec la résurgence de la rougeole observée dans d’autres régions du continent, où plus de 140 000 cas suspects ou confirmés et 1 100 décès ont été recensés cette année dans 20 pays.
Parallèlement, l’Alliance du Vaccin (Gavi) a annoncé avoir dépassé son objectif de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH), protégeant plus de 86 millions de filles depuis 2023. Cette initiative devrait permettre d’éviter 1,4 million de décès futurs dus au cancer du col de l’utérus, une maladie qui touche disproportionnellement les femmes africaines. En 2024, la couverture vaccinale contre le VPH en Afrique atteint 44 %, un taux supérieur à celui de l’Europe. Gavi a également réussi à réduire le coût du vaccin, le proposant entre 2,90 et 5,18 dollars par dose pour les pays bénéficiaires, ce qui représente une économie estimée à 2,3 milliards de dollars depuis 2014. L’organisation prévoit de soutenir sept pays supplémentaires d’ici la fin de 2025.
La situation sanitaire en Afrique est toutefois assombrie par de nouvelles menaces. L’Éthiopie a confirmé une épidémie de virus de Marburg, avec trois décès et neuf cas confirmés à Jinka, dont six mortels. Parmi les victimes figure un médecin. Les autorités sanitaires éthiopiennes surveillent 129 contacts et ont déployé des équipes d’intervention rapide, des centres d’urgence et du matériel de prévention, tout en renforçant les contrôles aux frontières. Le Somaliland voisin a activé son plan de préparation sanitaire en raison des échanges transfrontaliers importants avec l’Éthiopie. Le virus de Marburg, dont le taux de mortalité peut atteindre 88 %, ne dispose d’aucun traitement spécifique.
Une autre préoccupation majeure est l’augmentation alarmante des cas de choléra. L’Afrique connaît sa pire épidémie depuis 25 ans, avec un triplement des cas entre 2022 et 2025, atteignant plus de 300 000 infections et 7 000 décès. L’Angola est particulièrement touchée, avec 768 nouveaux cas suspects et neuf décès signalés fin octobre, portant le total national à 34 445 cas et 874 décès. Le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo sont également confrontés à une situation critique. En Angola, 44 % de la population n’a pas accès à l’eau potable, ce qui favorise la propagation de la maladie. Les autorités sanitaires prévoient une nouvelle augmentation des cas avec le début de la saison des pluies.
Face à ces défis, le Fonds de lutte contre la pandémie a approuvé 500 millions de dollars pour renforcer la préparation aux pandémies, dont 234 millions de dollars (soit 47 % du total) seront alloués à l’Afrique. Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) s’est félicité de l’amélioration de la qualité des propositions africaines et de l’augmentation des efforts de financement national. Le Directeur général, Jean Kaseya, a souligné l’importance de la préparation pour éviter que des épidémies localisées ne se transforment en crises à grande échelle, en particulier dans les régions transfrontalières.
L’Afrique du Sud est également à l’avant-garde de l’innovation en matière de surveillance des maladies, en utilisant l’analyse des eaux usées pour détecter les infections sous-déclarées, notamment dans les zones mal desservies. Des études ont montré que les charges virales du SARS-CoV-2 dans les eaux usées étaient bien plus élevées que les cas cliniquement détectés. Ce système a également permis d’identifier la rougeole, les hépatites A et E, le mpox, la grippe et d’autres agents pathogènes avant leur notification clinique. Le CDC Afrique travaille à l’élaboration d’une stratégie continentale de surveillance de l’environnement, malgré les difficultés liées au financement et aux capacités de séquençage.
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