Publié le 27 décembre 2025 à 18h25. L’année 2025 se révèle être une période de profondes remises en question pour l’Europe, confrontée à des tensions géopolitiques persistantes, un affaiblissement économique et une relation transatlantique en mutation. L’avenir du continent dépendra de sa capacité à définir une véritable autonomie stratégique.
- Le conflit russo-ukrainien, prolongé et coûteux, pèse lourdement sur les finances européennes et révèle des divisions internes.
- L’économie européenne stagne, fragilisée par la perte de la Russie comme partenaire énergétique et commercial, ainsi que par les barrières douanières américaines.
- L’évolution de la politique américaine, sous l’administration Trump, remet en question l’alliance transatlantique et pousse l’Europe à repenser sa sécurité.
Pour l’Europe, 2025 est une année de frustrations accumulées, de perte d’influence et, dans une large mesure, d’incertitudes. Le conflit en Ukraine, loin de trouver une issue, continue de drainer les ressources et d’exacerber les tensions. Parallèlement, les relations avec les États-Unis connaissent une phase de refroidissement, tandis que l’économie européenne peine à se redresser, accentuant les difficultés internes.
L’aide à l’Ukraine, considérée par de nombreux pays européens comme une question de survie face à la menace russe, devient de plus en plus difficile à maintenir. Malgré un soutien continu, notamment par la création d’une alliance de volontaires pour coordonner l’assistance et l’imposition de sanctions à Moscou, les budgets européens sont mis à rude épreuve. La réduction de l’aide américaine, sous l’administration Trump, accentue ce problème. L’Union européenne tente de pallier ce manque en envisageant l’utilisation des avoirs russes gelés, une mesure controversée sur le plan juridique et de crédibilité.
Les pays européens accusent la Russie de mener une guerre hybride, utilisant des attaques de drones, la destruction d’infrastructures et la désinformation pour influencer l’opinion publique. Moscou, de son côté, reproche à l’Europe d’entraver les négociations de paix et d’attiser les tensions. Cette escalade de l’hostilité se traduit par une lassitude croissante face à l’aide à l’Ukraine, comme l’a démontré la victoire du parti opposé à ce soutien lors des élections législatives tchèques d’octobre 2025.
Sur le plan économique, la situation est préoccupante. Le conflit russo-ukrainien a gravement affecté la croissance de l’UE, qui a perdu un fournisseur d’énergie abordable et un marché important. L’augmentation des barrières commerciales imposées par les États-Unis, avec des droits de douane généraux de 15 % sur les produits européens et des taxes plus élevées sur l’acier et l’aluminium, ne fait qu’aggraver la situation. Les prévisions de croissance sont faibles : 0,4 % en 2023, 1 % en 2024 et seulement 1,4 % en 2025. L’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni sont particulièrement touchés, l’économie allemande ayant même connu une croissance négative en 2023 et 2024.
Ces difficultés économiques mettent une pression énorme sur les finances publiques européennes. En France, la démission du gouvernement Beru en raison de l’incapacité à adopter un budget est un exemple frappant. Au Royaume-Uni et en Allemagne, les projets budgétaires ont été critiqués pour leur difficulté à concilier réduction des dépenses sociales et augmentation des dépenses de défense et d’aide. En Bulgarie, un plan fiscal controversé a provoqué des manifestations et des émeutes, conduisant à la chute du gouvernement. Les tentatives de l’UE pour améliorer sa compétitivité n’ont, jusqu’à présent, pas donné de résultats significatifs.
La relation avec les États-Unis est également source de préoccupation. L’alliance transatlantique, pilier de la diplomatie et de la sécurité européennes depuis plus de 80 ans, est remise en question. L’administration Trump considère l’Europe comme un rival économique et idéologique, et exprime ouvertement son mécontentement. Le dernier rapport sur la stratégie de sécurité nationale américaine, publié le 5 décembre, accorde une importance limitée à l’Europe, la qualifiant de civilisation en déclin. Les États-Unis envisagent même de soutenir les forces de droite en Europe pour favoriser un changement de régime.
Face à cette situation, l’Europe cherche à renforcer son autonomie stratégique. Le président français Macron, le chancelier allemand Mertz et la présidente de la Commission européenne von der Leyen ont tous plaidé pour une plus grande indépendance en matière de sécurité et de défense. En mars, von der Leyen a annoncé un plan de financement de 800 milliards d’euros sur dix ans pour “réarmer l’Europe”, présenté dans le “Livre blanc européen sur la défense – Plan de préparation au combat 2030”. Ce plan vise à améliorer la qualité et la coordination des achats d’armement et à construire une “Europe sûre et résiliente” d’ici 2030.
Cependant, cette ambition se heurte à de nombreux obstacles. L’Europe reste fortement dépendante des États-Unis, tant sur le plan sécuritaire qu’économique. Elle peine à abandonner cette dépendance, par crainte d’être abandonnée par son allié américain. De plus, les ressources financières sont limitées, et les divisions internes rendent difficile la mise en œuvre d’une politique de défense commune. La montée des forces de droite, favorables à la souveraineté nationale et opposées à l’intégration européenne, constitue également un défi majeur.
Pour l’avenir, l’Europe doit rééquilibrer sa stratégie et sa réflexion. Il est essentiel de repositionner les relations avec les États-Unis, de privilégier le développement économique et social, et de faire preuve de pragmatisme dans sa politique étrangère. L’Europe doit cesser de s’enfermer dans une vision idéologique et faire face aux réalités d’un monde en mutation.

Siège de la Bundesbank à Francfort, Allemagne, le 18 février. Agence de presse Xinhua

Sommet de l’Union européenne à Bruxelles, Belgique, le 26 juin, soulignant l’augmentation des dépenses européennes en matière de défense et de sécurité. Agence de presse Xinhua
“Guangming Daily” (Page 08, 28 décembre 2025)
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