Les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) sont bien plus que de simples tremplins vers l’emploi. Une étude menée en Isère révèle que l’évaluation de leur impact doit dépasser le seul taux de sorties dynamiques, en intégrant une analyse plus qualitative et multidimensionnelle de leur action.
Longtemps réduites à un indicateur unique – le taux de sorties dynamiques – les SIAE, dont la mission est d’accompagner les personnes en difficulté d’insertion professionnelle, voient une part essentielle de leur travail occultée. Une recherche menée par un collectif associatif isérois, TI38, met en lumière la nécessité d’une évaluation plus complète, privilégiant la profondeur à la simple quantification.
« La réflexion est née d’un constat partagé : ce qui fait le cœur du travail réalisé jour après jour par l’insertion par l’activité économique est peu visible et les indicateurs existants n’en rendent pas suffisamment compte », explique le collectif porteur de la démarche. Les structures d’insertion se trouvent régulièrement confrontées à des tensions liées au financement.
« Les subventions accordées ne compensent que très partiellement les surcoûts engendrés par leur mission sociale et ne paraissent pas constituer un avantage économique », soulignent les acteurs du secteur.
L’étude iséroise a identifié cinq dimensions clés pour évaluer l’utilité sociale des SIAE : l’insertion et l’accompagnement professionnels, l’accompagnement social et la lutte contre la pauvreté, le lien social et le bien-être, le développement économique et territorial, et enfin, l’impact environnemental.
La collecte de données, à travers des questionnaires et des entretiens avec les partenaires impliqués (SIAE, État, Département et Métropole), a permis de donner corps à ces dimensions. L’analyse a révélé que les SIAE accueillent des publics confrontés à des difficultés cumulées – problèmes de langue, de transport, de santé – rendant l’accompagnement de plus en plus complexe.
Les conseillères en insertion sociale et professionnelle (CISP) jouent un rôle crucial dans cette prise en charge globale, intervenant sur des problématiques variées telles que le logement, le numérique, le handicap ou encore les addictions. Ce volet social, bien que difficile à mesurer, est en constante expansion.
Au-delà de l’accompagnement vers l’emploi durable, les SIAE contribuent à la reconstruction de la confiance et de la motivation des personnes accompagnées, avec des effets positifs sur leur santé et leur vie sociale. « Les salariés interviewés ont l’impression de « retrouver une place » dans la société dès le début du parcours, ce que le taux de sortie dynamique ne révèle pas », témoignent les chercheurs.
Les SIAE sont également des acteurs économiques de proximité essentiels au tissu territorial isérois, générant un chiffre d’affaires de plus de 40 millions d’euros en 2024 (8 millions d’euros d’achats et 10 000 clients). Leur contribution au développement local mérite d’être valorisée.
Cette évaluation invite à repenser l’approche des SIAE, en allant au-delà des chiffres et en considérant leurs effets sur d’autres politiques publiques, comme le logement, la santé ou l’éducation. Il s’agit de dépasser un pilotage court-termiste basé sur un indicateur unique, qui pourrait entrer en contradiction avec les besoins des personnes accompagnées et la raison d’être même de ces structures.
Comme le souligne le sociologue Olivier Martin, dans la continuité des travaux d’Alain Desrosière, le problème ne réside pas dans la mesure elle-même, mais dans son utilisation qui tend à la confondre avec l’évaluation.
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