Home SantéEXCLUSIF : Les États-Unis associent l’aide sanitaire mondiale au partage de données sur les agents pathogènes – ce qui compromet les négociations avec l’OMS

EXCLUSIF : Les États-Unis associent l’aide sanitaire mondiale au partage de données sur les agents pathogènes – ce qui compromet les négociations avec l’OMS

by Sophie Martin

Publié le 7 novembre 2025 à 06h00. Les États-Unis conditionnent désormais l’aide financière à la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme à un accès total aux données épidémiologiques des pays bénéficiaires, suscitant des inquiétudes quant à la souveraineté sanitaire et aux négociations internationales en cours.

  • Washington exige des pays partenaires qu’ils partagent dans les cinq jours toutes les informations sur les « agents pathogènes à potentiel épidémique ».
  • Cet accord de partage de données, d’une durée de 25 ans, intervient alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tente de finaliser un système équitable d’accès aux pathogènes et de partage des bénéfices.
  • Les financements américains, cruciaux pour de nombreux programmes de santé, ont été temporairement interrompus en janvier, mettant en péril les traitements de milliers de personnes.

Un document officiel du gouvernement américain, le « modèle de mémorandum d’accord (MOU) PEPFAR » (Plan d’urgence du président américain pour la lutte contre le SIDA), révèle cette nouvelle condition. Les pays qui souhaitent continuer à recevoir l’aide américaine devront signer un « accord de partage d’échantillons » les engageant à fournir aux États-Unis, dans un délai de cinq jours, du matériel biologique et des données génétiques concernant les agents pathogènes identifiés. Cette exigence soulève des questions sur la souveraineté des pays partenaires et leur capacité à contrôler leurs propres données de santé publique.

Deux sources haut placées ont confirmé la mise en œuvre de ces protocoles d’accord avec les pays africains. Cette initiative américaine pourrait compromettre les négociations en cours au sein de l’OMS concernant le système d’accès aux agents pathogènes et de partage des avantages (PABS). Les États-Unis, qui se sont retirés de l’OMS en janvier 2020, cherchent à établir un cadre bilatéral qui contourne les efforts multilatéraux visant à garantir un accès équitable aux bénéfices découlant de la recherche sur les pathogènes.

Les pays en développement insistent sur le fait qu’ils doivent bénéficier des vaccins, des traitements et des diagnostics développés à partir des informations qu’ils partagent. Le Groupe de travail intergouvernemental (IGWG) chargé de concevoir un système PABS équilibré a entamé des négociations cette semaine, mais l’approche américaine risque de compliquer ces discussions.

L’IGWG3 démarre

Le protocole d’accord bilatéral américain ne précise pas quels pays bénéficieront du partage de ces informations, bien qu’il prévoie un soutien américain pour le développement de la surveillance des maladies et des laboratoires. Les États-Unis s’engagent à financer une évaluation des systèmes de surveillance épidémiologique de chaque pays, incluant les procédures de collecte et de stockage des échantillons, ainsi que des salaires d’épidémiologistes de terrain – mais uniquement pour 2026. Par la suite, les pays devront assumer une part croissante de ces coûts jusqu’en 2030. Le financement des techniciens de laboratoire et des produits de diagnostic devrait également diminuer progressivement après 2026.

Le guide technique accompagnant le protocole d’accord précise que son objectif est d’« établir un accord entre le Département d’État américain et les pays partenaires qui fera progresser les intérêts américains, sauvera des vies et aidera les pays à construire des systèmes de santé résilients et durables ». La stratégie se concentre sur des résultats précis liés au dépistage du VIH, au traitement antirétroviral, à la réduction de la mortalité infantile due à la tuberculose et au paludisme, ainsi qu’à la vaccination contre la poliomyélite et la rougeole.

En septembre, le Département d’État américain a dévoilé sa stratégie de santé mondiale « America First», s’engageant à maintenir le financement des médicaments contre le VIH, la tuberculose, le paludisme et la polio, ainsi que les salaires des agents de santé, au moins pour l’exercice 2026, via des accords bilatéraux.

Cette nouvelle stratégie, fondée sur trois piliers – la sécurité, la force et la prospérité de l’Amérique – clarifie la manière dont l’administration américaine entend restructurer le PEPFAR et remplacer les fonctions de l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Le secrétaire d’État américain a décrit cette approche comme une « vision positive d’un avenir dans lequel nous stopperons les épidémies avant qu’elles n’atteignent nos côtes, conclurons des accords bilatéraux solides qui promeuvent nos intérêts nationaux tout en sauvant des millions de vies, et contribuerons à promouvoir et à exporter l’innovation américaine en matière de santé dans le monde entier ».

Clinique Luyengo à Eswatini. Le PEPFAR a financé 80 % des coûts de la clinique, mais le traitement du VIH de 3 000 personnes est menacé depuis que les États-Unis ont suspendu leur aide en janvier.

Crédits images : ONUSIDA.

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