Publié le 9 octobre 2025. Une étude américaine d’envergure apporte des estimations plus précises du risque de cancer du sein en fonction des prédispositions génétiques, des antécédents familiaux et du mode de vie, permettant ainsi une meilleure évaluation personnalisée du risque pour les femmes.
- Les femmes porteuses de variants génétiques liés au cancer du sein et ayant des antécédents familiaux présentent un risque significativement plus élevé de développer la maladie, notamment avant l’âge de 50 ans.
- L’étude confirme l’importance des facteurs liés au mode de vie, tels que la consommation d’alcool et l’utilisation de l’hormonothérapie ménopausique, dans l’augmentation du risque chez certaines femmes porteuses de variants génétiques spécifiques.
- Les résultats de cette recherche offrent aux cliniciens des outils plus précis pour conseiller les patientes à risque et adapter les stratégies de dépistage et de prévention.
Une nouvelle étude menée par des chercheurs du National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS) aux États-Unis a permis d’établir les estimations les plus détaillées à ce jour du risque de cancer du sein, en tenant compte de l’interaction complexe entre les gènes hérités et les antécédents familiaux. Les résultats, publiés dans la revue JAMA Oncology, pourraient révolutionner la manière dont le risque de cancer du sein est évalué et géré.
L’étude, réalisée dans le cadre du consortium CARRIERS (Cancer Risk Estimates Related to Susceptibility), a analysé les données de près de 68 000 femmes issues de 13 études différentes. En combinant les résultats des tests génétiques, les informations sur les antécédents familiaux, les données relatives au mode de vie et les statistiques nationales sur le cancer, les chercheurs ont pu calculer le risque absolu de cancer du sein pour les femmes porteuses de variants dans des gènes connus pour augmenter la susceptibilité à la maladie, tels que BRCA1, BRCA2, PALB2, CHEK2 et ATM.
« Notre objectif était de fournir des estimations du risque cumulatif de cancer du sein, basées sur la population, pour les femmes porteuses de ces variants pathogènes », explique Katie O’Brien, Ph.D., auteure principale de l’étude et scientifique à la branche épidémiologie du NIEHS. « Nous voulions tenir compte de la manière dont ces risques varient non seulement en fonction des antécédents familiaux, mais aussi en fonction du mode de vie et d’autres facteurs, afin que les femmes puissent prendre des décisions plus éclairées en consultation avec leur médecin. »
Katie O’Brien, Ph.D., scientifique au NIEHS
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes américaines après le cancer de la peau. Chaque année, environ 240 000 nouveaux cas sont détectés, et plus de 40 000 femmes décèdent de la maladie. Statistiquement, une femme sur huit (13 %) sera diagnostiquée au cours de sa vie.
Les chercheurs soulignent que le risque de cancer du sein est influencé par une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux. Certaines femmes sont porteuses de variants génétiques qui augmentent considérablement leur risque, tandis que d’autres peuvent être plus vulnérables en raison de leurs antécédents familiaux. Jusqu’à présent, la plupart des données disponibles étaient présentées sous forme de risques relatifs ou de rapports de risque, des statistiques souvent difficiles à interpréter pour les patientes.
« Les femmes porteuses de ces variants veulent souvent savoir : qu’est-ce que cela signifie pour moi, concrètement ? », explique Katie O’Brien. « Nous avons cherché à présenter les chiffres de manière rigoureuse, mais aussi suffisamment simple pour guider les décisions prises dans la vie réelle. »
Katie O’Brien, Ph.D., scientifique au NIEHS
L’étude a combiné trois sources de données principales : les informations génétiques et sanitaires de près de 68 000 femmes participant au consortium CARRIERS (dont la moitié avaient déjà reçu un diagnostic de cancer du sein), les données nationales sur l’incidence et la mortalité du cancer, et les données sur les facteurs liés au mode de vie (consommation d’alcool, indice de masse corporelle, antécédents reproductifs, utilisation de l’hormonothérapie) issues d’un échantillon représentatif de la population américaine.
En intégrant ces différentes sources d’informations, les chercheurs ont pu calculer la probabilité cumulée de développer un cancer du sein, à la fois à un stade précoce (avant 50 ans) et à un stade plus avancé (entre 50 et 80 ans). Cette approche permet de générer des estimations de risque absolu directement applicables à la pratique clinique.
Les principales conclusions de l’étude révèlent que les antécédents familiaux amplifient le risque de cancer du sein chez les femmes porteuses de variants pathogènes. Les femmes porteuses d’un variant et ayant des antécédents familiaux de cancer du sein au premier degré ont 22,5 % de chances d’être diagnostiquées avant l’âge de 50 ans et 51,2 % entre 50 et 80 ans. En l’absence d’antécédents familiaux, le risque est significativement plus faible (9,4 % à 50 ans et 29,7 % entre 50 et 80 ans).
L’étude souligne également que l’importance des antécédents familiaux varie en fonction du gène concerné. Les porteuses du variant PALB2 ayant des antécédents familiaux présentent l’un des risques les plus élevés, atteignant 81 % à l’âge de 80 ans, un chiffre comparable à celui des porteuses du variant BRCA2 ayant également des antécédents familiaux. En revanche, le risque à vie pour les porteuses du variant BRCA1 est d’environ 60 % à l’âge de 80 ans, qu’elles aient ou non des antécédents familiaux.
Enfin, les chercheurs ont constaté que les facteurs liés au mode de vie, tels que la consommation d’alcool et l’utilisation de l’hormonothérapie ménopausique, sont associés à un risque accru, en particulier chez les femmes porteuses du variant PALB2. Une forte consommation d’alcool est associée à un risque 27 % plus élevé de cancer du sein à l’âge de 50 ans chez les femmes ayant des antécédents familiaux au premier degré et une variante pathogène dans le gène PALB2.
Bien que moins d’une femme sur 50 participant à l’étude soit porteuse d’un variant pathogène, les résultats peuvent éclairer la prise de décision clinique pour les femmes présentant un risque élevé, notamment en matière de choix de dépistage (dépistage plus précoce ou plus fréquent, avec la possibilité d’une IRM), de mesures préventives (modifications du mode de vie ou chirurgie prophylactique) et de conseils personnalisés intégrant les résultats génétiques, les antécédents familiaux, le mode de vie et les facteurs reproductifs.
Les auteurs insistent sur le fait que le risque de cancer du sein n’est jamais déterminé uniquement par les gènes. La plupart des maladies chroniques sont le résultat d’une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux. Dale Sandler, Ph.D., chef du service d’épidémiologie du NIEHS, a souligné l’importance de cette recherche : « En traduisant des découvertes génétiques rares en estimations basées sur la population, nous fournissons aux cliniciens et aux femmes des outils qu’ils peuvent réellement utiliser. Ce travail nous rapproche d’une prévention personnalisée et fondée sur des données probantes. »
Les efforts futurs pourraient inclure l’ajout d’autres prédicteurs, tels que les scores de risque polygénique ou la densité mammaire, afin d’affiner davantage les estimations. Pour l’instant, les auteurs estiment que les résultats représentent une étape importante vers la rendre l’information génétique plus accessible et utile dans les soins médicaux quotidiens.
Citation: O’Brien KM, keil AP, Taylor JA, Weinberg CR, Polley EC, Salt S, Boddicker NJ et al. 2025. Pathogenic variants, family history, and cumulative breast cancer risk in US women. JAMA Oncol; deux : 10.1001/jamaoncol.2025.3875. [Online ahead of print 9 Oct. 2025].
(Marla Broadfoot, Ph.D., est rédactrice sous contrat pour le Bureau des communications et de la liaison publique du NIEHS.)
