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Fadhli: PAS decision to end cooperation with Bersatu based on unity and political stability considerations

by Nicolas Lefèvre
L'acte de rupture d'Abdul Hadi Awang et le rôle du Conseil Syura

Le parti islamiste PAS a officiellement rompu sa coopération politique avec Bersatu le 8 juin 2026 à Kuala Lumpur. Cette décision, annoncée par le président Abdul Hadi Awang, vise à prioriser l’unité musulmane et la stabilité politique en vue des prochaines élections d’État et des 16es élections générales (GE16).

L’acte de rupture d’Abdul Hadi Awang et le rôle du Conseil Syura

L'acte de rupture d'Abdul Hadi Awang et le rôle du Conseil Syura
Photo: South China Morning Post
L’annonce est tombée tard le lundi soir, à l’issue d’une réunion spéciale du comité de travail central du PAS. Abdul Hadi Awang a confirmé que son parti mettait fin à toute coopération politique avec Bersatu, marquant la fin d’un partenariat qui constituait jusqu’alors l’épine dorsale malaiso-musulmane de l’opposition. Cette rupture n’est pas un coup de tête, mais l’aboutissement d’un processus institutionnel. Elle entérine une décision prise le 2 juin par le Conseil Syura, l’organe décisionnel religieux suprême du PAS, qui a évalué la situation sous les angles politique, juridique (Charia) et de l’intérêt public (maslahah). “Nous explorerons une forme d’entente politique et de coopération électorale (pacte électoral) dans l’intérêt de l’unité musulmane, en préparation des élections d’État et des 16es élections générales, et pour accueillir l’intention d’universitaires, de professionnels, de dirigeants politiques et d’activistes communautaires de rejoindre le PAS.” Abdul Hadi Awang, Président du PAS L’ironie du calendrier est frappante. Moins de 24 heures avant cette annonce, Muhyiddin Yassin, président de Bersatu, tentait encore de projeter une image de sérénité. Le 7 juin, il affirmait être déterminé à maintenir de bonnes relations avec le PAS, après avoir reçu une lettre du secrétaire général du PAS, Takiyuddin Hassan, datée du 6 juin 2026, proposant des pistes pour renforcer la coalition Perikatan Nasional (PN).

L’unité de l’Ummah contre les blocages de Bersatu

L'unité de l'Ummah contre les blocages de Bersatu
Photo: The Straits Times
Pour le PAS, la rupture est justifiée par une divergence fondamentale sur la stratégie d’ouverture de l’opposition. Ahmad Fadhli Shaari, chef de l’information du PAS, a été explicite : la décision ne repose pas sur des sentiments, mais sur la capacité du partenariat à atteindre l’objectif d’unité de l’Ummah. Le point de friction majeur réside dans le refus de Bersatu d’élargir la coalition. Lors d’une réunion du Conseil suprême de Perikatan Nasional, Bersatu s’est opposée à l’inclusion de partis tels que Berjasa, Pejuang, IMAN et PUTRA, malgré des propositions formelles. Pour le PAS, ce blocage a activement sapé l’agenda d’unité musulmane. Le PAS ne se retire pas formellement de Perikatan Nasional pour l’instant, mais il refuse désormais de partager la même plateforme que Bersatu. La gestion de leurs relations au sein de la coalition se fera désormais via les canaux constitutionnels et les voies officielles, une formulation diplomatique pour dire que le divorce est consommé, même si le toit commun subsiste.

Le déclencheur : la crise de Perlis et le sentiment de trahison

PAS, Bersatu tak boleh terus bawah payung sama, kata Fadhli
Si les raisons idéologiques sont mises en avant, les griefs sont profondément ancrés dans des luttes de pouvoir locales. Les tensions ont explosé le 22 décembre 2025 dans l’État de Perlis, gouverné par le PN. Cinq législateurs de Bersatu et trois du PAS ont déclaré avoir perdu confiance dans le leadership du Menteri Besar. Cette manœuvre a conduit à l’éviction du Menteri Besar du PAS, Mohd Shukri Ramli, remplacé par Abu Bakar Hamzah de Bersatu. Cet événement a été perçu par les dirigeants du PAS comme une trahison pure et simple. Le coût politique de ce conflit a été immédiat : Muhyiddin Yassin a dû démissionner de son poste de président de la coalition PN, remplacé par Ahmad Samsuri Mokhtar, vice-président du PAS et Menteri Besar de Terengganu. À cela se sont ajoutées des allégations d’ingérences de Bersatu dans des nominations à Kedah et Kelantan, renforçant l’idée que Bersatu ne respectait plus ses promesses.

Analyse : vers un modèle « PAS-plus » et un Bersatu asphyxié

Analyse : vers un modèle « PAS-plus » et un Bersatu asphyxié
Cette fracture redessine totalement la carte de l’opposition malaisienne. Afifi Abdul Razak, analyste à l’Universiti Utara Malaysia, estime que ce divorce ternit le récit d’unité malaiso-musulmane, principal argument de vente du PN auprès des électeurs. “Les plus grands perdants ne sont ni le PAS, ni le PN dans son ensemble, mais les électeurs malais qui aspirent à une opposition forte et stable, car le PN ne peut plus se présenter comme un bloc cohérent et convaincant avant les GE16.” Afifi Abdul Razak, analyste à l’Universiti Utara Malaysia L’analyse suggère deux trajectoires opposées pour les deux alliés d’hier :
  • Le PAS : En se libérant du « fardeau » de Bersatu, le PAS pourrait émerger plus discipliné et focalisé. Le parti pourrait transformer la coalition PN en une alliance « PAS-plus », où il serait la pierre angulaire incontestée.
  • Bersatu : Le parti se retrouve dans une position critique. Sans le soutien et la machinerie électorale du PAS, Bersatu perd son influence, particulièrement dans les États mixtes comme Selangor et Johor.
Ahmad Zaharuddin Sani Ahmad Sabri, de Global Asia Consulting, souligne que Bersatu n’a plus « l’oxygène politique » nécessaire pour survivre seul. Cette fragilité pourrait offrir une opportunité inattendue à l’Umno de regagner les faveurs des électeurs malais déçus par Bersatu et sceptiques vis-à-vis du PAS.

L’incertitude plane sur le bloc d’opposition

L’impact immédiat de cette rupture se fera sentir lors des élections d’État anticipées à Johor et Negeri Sembilan, ainsi que lors des GE16 qui doivent avoir lieu d’ici début 2028. Le bloc d’opposition se retrouve plongé dans une incertitude profonde. Alors que le PAS cherche activement à former un nouveau pacte électoral pour « unir l’Ummah », Bersatu tente de justifier ses actions passées. Mais dans le jeu politique malaisien, la perception de la trahison pèse souvent plus lourd que les justifications administratives. “Un Bersatu affaibli créera des divisions, particulièrement dans les États mixtes comme Selangor et Johor. Sans le PAS, il n’a plus l’oxygène politique nécessaire pour survivre.” Ahmad Zaharuddin Sani Ahmad Sabri, Global Asia Consulting Le scénario pour les 30 prochains jours est clair : le PAS va tenter d’absorber les petits partis malaiso-musulmans rejetés par Bersatu pour prouver qu’il est le seul véritable leader de l’opposition. Pour Bersatu, la survie dépendra de sa capacité à redéfinir son identité sans l’ombre protectrice du géant islamiste.

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