Procureur de la CPI Karim Khan blanchi des allégations de harcèlement sexuel
Les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont blanchi le procureur Karim Khan de toute faute suite à une enquête sur des allégations de conduite sexuelle inappropriée. Le rapport confidentiel, soumis le 9 mars 2026, conclut que…
Les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont blanchi le procureur Karim Khan de toute faute suite à une enquête sur des allégations de conduite sexuelle inappropriée. Le rapport confidentiel, soumis le 9 mars 2026, conclut que les conclusions de l’OIOS n’établissent pas de manquement au devoir ou de faute professionnelle.
Les conclusions du panel de juges sur le comportement de Karim Khan
Un panel de trois juges a remis un rapport confidentiel au Bureau de l’Assemblée des États Parties (ASP) pour clore l’investigation qui visait le chef du parquet de la CPI. Selon un rapport d’Al Jazeera, les enquêteurs ont conclu à l’absence de preuves de faute de la part de Karim Khan.
« Le Panel est unanime dans l’opinion que les conclusions factuelles de [le Bureau des services de contrôle interne des Nations Unies] OIOS n’établissent pas de faute ou de manquement au devoir dans le cadre pertinent », a déclaré le rapport.
Photo: jfjustice.net
Le Panel, via le rapport soumis à l’ASP
L’enquête, menée par le Bureau des services de contrôle interne des Nations Unies (OIOS), avait été lancée en novembre 2024. Cette décision de l’ASP faisait suite à une accusation de conduite sexuelle formulée par un membre du cabinet du procureur. Bien que le rapport de trois juges soit désormais entre les mains de l’ASP, le processus administratif suit un calendrier strict : le Bureau dispose de 30 jours pour une évaluation préliminaire, suivi de 30 jours pour la réponse de Khan, avant qu’une décision finale ne soit prise.
Un processus marqué par des suspensions et des dénis
Le Procureur de la CPI, Karim A.A. Khan QC – Journée de la justice pénale internationale
La crise a profondément perturbé le fonctionnement de la Cour. Pour permettre l’enquête, Karim Khan avait accepté de prendre un congé volontaire en mai 2025. Comme l’a souligné Journalists For Justice, cette mise à l’écart temporaire a nécessité une réorganisation de la direction du bureau du procureur.
Les deux procureurs adjoints, Mame Mandiaye Niang et Nazhat Shameem Khan, ont dû assumer la gestion et l’administration du bureau pour garantir la continuité des mandats de la Cour.
Mai 2024 : Karim Khan qualifie les accusations de « catégoriquement faux ».
Août 2024 : Une seconde femme dénonce un abus de pouvoir.
Novembre 2024 : L’OIOS est mandaté pour enquêter.
16 mai 2025 : Début du congé volontaire du procureur.
9 mars 2026 : Soumission du rapport des juges.
Les allégations n’ont pas été portées en une seule fois. En août 2024, une seconde collaboratrice avait décrit le comportement de Khan à un quotidien britannique, évoquant ce qu’elle considérait comme un assaut constant de avances.
La coïncidence politique avec les dossiers de Gaza et de l’Ukraine
Photo: 4genderjustice.org
Au-delà de la dimension disciplinaire, l’affaire soulève des questions sur la possible instrumentalisation de ces accusations. Le timing des allégations coïncide avec les efforts de Karim Khan pour poursuivre des responsables de haut niveau pour crimes de guerre.
Le bureau du procureur menait des enquêtes sensibles, notamment la demande de mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour leur responsabilité criminelle concernant les événements à Gaza. Parallèlement, Khan poursuivait l’investigation sur l’enlèvement illégal d’enfants ukrainiens par les autorités russes, visant le président Vladimir Putin.
Certains rapports ont fait état de pressions exercées sur le personnel de la CPI. Des membres du personnel auraient signalé un harcèlement accru et des tentatives d’ingérence de la part d’agents israéliens. Pour de nombreux observateurs, ces accusations de conduite sexuelle pourraient s’inscrire dans une campagne plus large visant à discréditer l’institution au moment où elle s’attaque à des acteurs géopolitiques majeurs.
Les critiques sur la gestion de genre au sein de la Cour
Si le procureur est blanchi, la méthode employée par la Cour pour gérer la crise est lourdement critiquée. Des organisations féministes et des défenseurs des droits de l’homme dénoncent un processus qui aurait manqué de rigueur et de sensibilité.
Selon 4genderjustice.org, la gestion de cette affaire a ressemblé à un spectacle politisé, marqué par des fuites stratégiques et des narratifs visant à discréditer les plaignantes. Les experts craignent que les schémas de misogynie — tels que la remise en question de la crédibilité des victimes ou l’utilisation de termes comme « piège » — ne persistent même au sein d’une institution chargée de lutter contre l’impunité.
L’International Federation for Human Rights (FIDH) et le Global Justice Center ont appelé l’Assemblée des États Parties à adopter des normes de travail tenant compte des traumatismes des survivantes. L’enjeu est de taille : la manière dont la CPI traite les allégations de harcèlement en son sein influence directement la confiance que les victimes de violences sexuelles à travers le monde accordent à la justice internationale.
Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.