Le système de santé américain, déjà fragilisé par la pandémie de Covid-19, est confronté à une crise profonde : des coûts exorbitants et une logique de soins qui privilégient le volume au détriment de la qualité. L’administration Biden est appelée à agir pour réformer un modèle qui pèse lourdement sur l’économie nationale et la compétitivité du pays.
Depuis des décennies, l’inflation des dépenses de santé dépasse largement l’inflation générale. En 2020, les États-Unis ont dépensé environ 11 100 $ (environ 9 750 €) par habitant en soins de santé, soit plus du double de la moyenne des autres pays développés. Le Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS) prévoit que ce chiffre atteindra 17 500 $ (environ 15 300 €) par an et par personne d’ici 2027, soit une augmentation de 60 % en sept ans.
Ce problème ne se limite pas à une inefficacité des soins. L’ensemble de l’industrie – de la chaîne d’approvisionnement aux technologies de l’information, en passant par les prestataires et les assureurs – dépend désormais de ces coûts élevés pour maintenir des marges bénéficiaires importantes. Le modèle de paiement à l’acte (fee-for-service ou FFS), qui rémunère les professionnels de santé pour chaque acte réalisé plutôt que pour des résultats globaux, a favorisé cette situation en encourageant la quantité plutôt que la qualité des soins.
Une alternative prometteuse réside dans les accords de paiement basés sur la valeur, qui lient la rémunération des prestataires à leurs résultats cliniques et financiers. Cette approche incite à fournir des soins plus efficaces et à éviter les interventions inutiles. Pour réussir, les organisations de soins de santé doivent innover et optimiser leurs processus cliniques et financiers.
Cependant, l’industrie de la santé reste largement attachée au modèle FFS. Une récente enquête menée par xttelligent Healthcare Media révèle que plus de 75 % du chiffre d’affaires de la moitié des organisations interrogées (dont 70 % des cabinets médicaux) provient encore de ce type de remboursement.
Le principal défi consiste donc à surmonter la résistance de l’industrie et à faire évoluer le système incitatif vers une logique de valeur. Heureusement, de nouvelles entreprises émergent, proposant des solutions innovantes et des résultats mesurables, notamment dans des domaines coûteux comme la gestion des troubles musculo-squelettiques, des maladies chroniques, de la santé des femmes ou de la santé mentale.
La pandémie de Covid-19 a également exacerbé la pression sur les acheteurs de soins de santé, notamment les collectivités publiques et les employeurs, qui peinent à absorber la hausse des coûts. Ces organisations se montrent de plus en plus ouvertes à des contrats directs avec des solutions alternatives, souvent ignorées par leurs assureurs.
L’avenir du système de santé américain est donc incertain. Si les propositions de réforme de l’administration Biden se concentrent sur l’amélioration du système existant, il est essentiel d’adopter des solutions plus ambitieuses pour rétablir un équilibre et garantir l’accès à des soins de qualité pour tous les Américains.
L’administration pourrait soutenir les organisations de soins de santé dans leur transition vers des modèles basés sur la valeur, en encourageant l’innovation, l’adoption de technologies numériques et l’intégration des soins virtuels et de la santé comportementale. L’initiative Direct Contracting du CMS pour les soins primaires offre un exemple de modèle progressif qui intègre ces éléments.
Il est impératif de ne pas chercher à résoudre la crise en injectant davantage de fonds dans un système défaillant. L’objectif doit être de reconstruire un système qui place le patient au centre de ses préoccupations et qui récompense la prestation de soins efficaces et de qualité. Une réforme profonde, fondée sur une structure de paiement axée sur la valeur, est la clé pour sortir de la crise actuelle.
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