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Faut-il offrir de l’alcool à son adolescent à Noël ?

by Sophie Martin

Publié le 23 décembre 2024 à 14h30. À l’approche des fêtes, la question de savoir s’il est approprié de proposer un premier verre d’alcool à un adolescent de 15 ou 16 ans lors du repas de Noël divise. Si cette pratique est courante pour certains parents, des experts irlandais et français mettent en garde contre les risques pour le développement cérébral.

  • Près d’un tiers des adolescents irlandais interrogés déclarent avoir été en état d’ébriété au cours du mois précédent.
  • 25 % des lycéens irlandais affirment recevoir régulièrement de l’alcool de leurs parents.
  • Des neuroscientifiques soulignent que la consommation d’alcool avant l’âge de 15 ans augmente considérablement le risque de dépendance et de problèmes de santé mentale.

En Irlande, une enquête récente menée par le Planet Youth Project auprès de 5 000 jeunes de 15 à 16 ans dans les comtés de Galway, Mayo et Roscommon a révélé des chiffres préoccupants. 31 % des participants ont admis avoir été ivres au cours des 30 derniers jours. L’étude a également mis en évidence que 25 % des adolescents reçoivent de l’alcool de leurs parents, et 27 % en consomment régulièrement chez des amis.

Emmet Major, coordinateur du Planet Youth Project (planetyouth.ie), explique que de nombreux parents justifient cette pratique par la volonté d’initier leurs enfants à une consommation responsable.

« Ils pensent que c’est l’occasion de parler des risques et des dangers de l’alcool, c’est la raison. Et que si vous leur offrez un verre de bière à Noël, quand ils ont 15 ou 17 ans, ce n’est qu’une seule fois. »

Emmet Major, coordinateur du Planet Youth Project

Certains parents se réfèrent même à l’exemple français, estimant que cette approche pourrait prévenir les dérives. Cependant, Paula Leonard, PDG d’Alcohol Forum Ireland, dément cette idée reçue.

« Il s’agit d’un mythe persistant. La France connaît en réalité un taux très élevé de maladies hépatiques liées à l’alcool, et le gouvernement s’efforce activement de réduire la consommation et ses conséquences. »

Paula Leonard, PDG d’Alcohol Forum Ireland

En effet, la France affiche une consommation totale d’alcool par habitant et par an supérieure à celle de l’Irlande. L’alcool est responsable de 134 décès par jour en France, et un décès sur quatre chez les jeunes hommes âgés de 15 à 34 ans y est lié à la consommation d’alcool.

La psychologue, neuroscientifique et auteure Dr Sabina Brennan souligne que l’offre d’un verre de Noël à la maison peut être motivée par le désir d’éviter que l’alcool ne devienne un objet de convoitise ou de ne pas exclure l’adolescent des célébrations familiales. Néanmoins, elle met en garde contre l’efficacité de cette approche.

« Donner de l’alcool à la maison n’enseigne pas la modération, mais la familiarité. »

Dr Sabina Brennan, psychologue, neuroscientifique et auteure

Les données de l’enquête Planet Youth confirment cette observation : les adolescents qui reçoivent de l’alcool de leurs parents s’enivrent deux fois et demie plus rapidement que ceux dont les parents ne leur en proposent pas.

Paula Leonard insiste sur le fait que l’idée selon laquelle il est préférable pour les adolescents de boire sous la surveillance de leurs parents est fallacieuse. La recherche montre que les adolescents qui ont accès à l’alcool à la maison ont tendance à en consommer davantage en dehors du foyer.

Selon Sabina Brennan, plus la consommation d’alcool commence tôt, plus le risque de développer des problèmes ultérieurs est élevé. Des études ont démontré que les personnes qui commencent à boire avant l’âge de 15 ans sont quatre à cinq fois plus susceptibles de devenir dépendantes ou d’abuser de l’alcool que celles qui attendent l’âge de 20 ans. De plus, une consommation précoce est associée à des comportements à risque et à des habitudes de consommation dangereuses à l’adolescence et à l’âge adulte.

« Pourquoi la société irlandaise tolère-t-elle de donner à nos adolescents une substance psychoactive addictive – neurotoxique pour le cerveau en développement de l’adolescent ? », s’interroge Paula Leonard. Elle plaide pour un débat national éclairé sur l’impact de l’alcool sur le développement cérébral des adolescents.

Sabina Brennan explique que le cerveau adolescent est encore en construction jusqu’au milieu de la vingtaine, et que l’alcool perturbe les systèmes essentiels au jugement, à l’apprentissage et à la maîtrise de soi. L’alcool stimule directement le circuit de récompense du cerveau, tout en entravant la maturation du cortex préfrontal, responsable du jugement et de la maîtrise de soi. Des études d’imagerie cérébrale montrent que la consommation d’alcool à l’adolescence est associée à une perte de matière grise dans les lobes frontaux, ainsi qu’à des modifications de l’hippocampe et des connexions de la matière blanche.

En outre, la consommation d’alcool chez les adolescents est associée à une augmentation de l’anxiété, de la dépression, des comportements sexuels à risque, des accidents et des blessures. L’alcool réduit les inhibitions et perturbe le sommeil, ce qui affecte l’humeur, les résultats scolaires et la régulation émotionnelle.

Sabina Brennan souligne également que les adolescents ne perçoivent pas toujours les signes avant-coureurs de l’ivresse comme les adultes. Ils peuvent continuer à boire sans réaliser qu’ils ont atteint leur limite, et sont souvent enclins à se surpasser les uns les autres.

Malgré le désir de ne pas repousser leurs enfants, les parents ont une influence positive significative, même à l’adolescence. Offrir un premier verre d’alcool à table envoie un message d’approbation et de permission. Sabina Brennan résume les trois messages puissants que cette pratique véhicule : l’alcool fait partie des célébrations adultes, il est un symbole de passage à l’âge adulte, et sa consommation est implicitement attendue.

Alors, comment réagir face à un adolescent qui souhaite boire un verre de vin avec le dîner de Noël ? Sabina Brennan conseille de rester clair et calme sur sa règle, d’offrir une alternative festive sans alcool, de reconnaître la pression des pairs et de donner l’exemple en modérant sa propre consommation d’alcool.

Elle rappelle que chaque année de report de la consommation d’alcool augmente les chances d’une meilleure santé cérébrale, mentale et d’un risque réduit de dépendance. Dire non à l’alcool à Noël, ce n’est pas être strict, mais protéger un cerveau vulnérable en développement.

Pour en savoir plus sur l’impact de l’alcool sur le développement cérébral des adolescents.

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