Home MondeFeux d’artifice dorés, réalités grises : la marche inégale du Moyen-Orient vers 2026

Feux d’artifice dorés, réalités grises : la marche inégale du Moyen-Orient vers 2026

by Clara Dubois

Publié le 3 janvier 2026 16h04. Entre feux d’artifice grandioses et réalités déchirantes, le Moyen-Orient a basculé en 2026, tiraillé entre espoir fragile et persistance des conflits, de Gaza aux rues de Damas.

  • Des célébrations contrastées ont marqué le passage à la nouvelle année, allant de la splendeur des feux d’artifice dans les capitales du Golfe à la précarité des camps de déplacés à Gaza.
  • La situation humanitaire à Gaza continue de se détériorer, suscitant l’inquiétude de la communauté internationale.
  • Malgré les tensions persistantes, des initiatives locales tentent de raviver la vie communautaire, comme le festival sportif à Khartoum au Soudan.

Le Moyen-Orient a accueilli 2026 dans un climat paradoxal, où l’effervescence des festivités côtoie la gravité des crises en cours. Des feux d’artifice ont illuminé le ciel de plusieurs pays, symbolisant un désir d’optimisme, mais les célébrations se sont déroulées sur un arrière-plan de guerre, de déplacements de population et d’instabilité politique.

En Égypte, le passage à la nouvelle année a été marqué par une démonstration de puissance et de modernité. Des milliers de personnes se sont rassemblées dans la nouvelle capitale administrative, à l’est du Caire, pour assister à un spectacle pyrotechnique spectaculaire autour de la tour emblématique, désormais le plus haut bâtiment d’Afrique. Ce quartier des affaires, construit par une entreprise chinoise dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route », a accueilli sa première grande célébration publique, avec des concerts de stars arabes, des spectacles de drones et des animations familiales.

Dans le Golfe, l’ambiance était à la confiance et à l’opulence. À Dubaï, le Burj Khalifa, le plus haut gratte-ciel du monde, a été le théâtre d’un spectacle de lumière et de lasers impressionnant, suivi par des millions de spectateurs. Riyad et d’autres villes de la région ont également organisé des festivités grandioses, diffusant des images de prospérité et de stabilité sur les réseaux sociaux.

Cependant, ailleurs, le passage à la nouvelle année s’est fait dans la sobriété et l’incertitude. Au Soudan, où la guerre civile fait rage depuis 2023, la capitale Khartoum a été le théâtre d’un rare rassemblement public à l’occasion du Festival des sports de la jeunesse, coïncidant avec le 70e anniversaire de l’indépendance du pays. Le ministre soudanais de la Jeunesse et des Sports, Ahmed Adam Ahmed, a souligné que cet événement était

« un signe que le pays commençait – même lentement – à sortir de l’ombre de la guerre. »

Ahmed Adam Ahmed, ministre soudanais de la Jeunesse et des Sports

En Syrie, les célébrations et l’anxiété se sont mêlées dans les rues de Damas. Dans le quartier historique de Bab Tuma, des fêtards ont déambulé sous des guirlandes lumineuses, tandis que des feux d’artifice illuminaient le ciel. Pourtant, l’inquiétude était palpable, notamment en raison de la hausse des prix et de l’instabilité économique. Jumana Issa, une employée du secteur touristique, a exprimé ses espoirs pour la nouvelle année :

« J’espère que la sécurité et la paix reviendront parmi nous après nous avoir abandonnés pendant si longtemps. »

Jumana Issa, employée du secteur touristique

Elle a cependant ajouté, avec amertume :

« Parfois, on a l’impression que nous allons de l’avant, parfois, c’est comme si nous reculions. »

Jumana Issa, employée du secteur touristique

Les craintes de Jumana Issa ont été rapidement confirmées par des attentats. La veille du Nouvel An, un kamikaze a visé une église à Alep, tuant un agent de sécurité. Quelques jours auparavant, un attentat à la bombe contre une mosquée à Homs avait fait au moins huit morts, ravivant les tensions confessionnelles et provoquant des manifestations et des couvre-feux dans les villes côtières.

La situation la plus désespérée reste celle de Gaza, où des centaines de milliers de Palestiniens ont célébré le Nouvel An dans des camps de déplacés et des quartiers détruits, souvent dans des tentes ou des bâtiments endommagés. Les pluies hivernales ont aggravé les conditions de vie, transformant les chemins en bourbiers. L’accès à l’électricité, à l’eau potable et aux soins médicaux reste extrêmement limité. Les espoirs des habitants reposent sur la pérennité du cessez-le-feu négocié entre Israël et le Hamas et sur la possibilité d’une reprise des négociations de paix.

Ali Abu Harbid, un volontaire de la Société palestinienne du Croissant-Rouge, a déclaré à Xinhua :

« J’espère la paix et la stabilité, mais l’espoir n’apporte pas la certitude. Sur le terrain, rien ne laisse penser que le processus de paix parrainé par les États-Unis réussira. »

Ali Abu Harbid, volontaire de la Société palestinienne du Croissant-Rouge

Huit ministres des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques ont mis en garde contre la détérioration rapide de la situation humanitaire à Gaza, appelant Israël à garantir un accès continu aux agences des Nations Unies et aux organisations humanitaires. Ils ont souligné que les camps inondés, les bâtiments en ruine et la malnutrition menacent la survie des civils, en particulier des enfants et des personnes âgées.

Même dans le Golfe, des tensions sous-jacentes persistent. Au Yémen, les affrontements entre le Conseil de transition du Sud, qui prône la sécession, et le gouvernement internationalement reconnu se sont intensifiés, entraînant des frappes aériennes saoudiennes et révélant des divergences entre Riyad et les Émirats arabes unis.

Ainsi, le Moyen-Orient a entamé l’année 2026 avec des réalités contrastées : des feux d’artifice illuminant les nouvelles capitales et des prières murmurées parmi les ruines, des festivals redynamisant certaines villes et des attentats semant la terreur dans d’autres. Pour des millions de personnes dans la région, cette nouvelle année ne marque pas une rupture avec le passé, mais un nouveau chapitre dans une lutte continue pour un avenir plus sûr.

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