Publié le 31 décembre 2025 à 19h00. La Chine va restreindre ses exportations d’argent, une décision qui pourrait provoquer une flambée des prix sur un marché déjà tendu et rappeler les déséquilibres commerciaux du XIXe siècle qui ont conduit à l’époque à l’humiliation de l’Empire du Milieu.
- La Chine, deuxième producteur mondial d’argent, va limiter ses exportations à partir du 1er janvier 2026.
- La demande industrielle d’argent, notamment pour les panneaux solaires et les véhicules électriques, est en forte croissance et devrait continuer de croître.
- Le marché physique de l’argent montre déjà des signes de tension, avec des primes à la hausse et un retard important dans les livraisons.
Pékin va prochainement mettre en œuvre une politique de restriction des exportations d’argent, un métal précieux dont l’importance stratégique ne cesse de croître. Cette décision, qui prendra effet le 1er janvier 2026, intervient à un moment où le marché mondial de l’argent est déjà soumis à de fortes pressions, ravivant les souvenirs d’une époque révolue où les flux d’argent ont façonné le destin de la Chine.
Entre le milieu du XVIe et le début du XIXe siècle, la Chine dominait l’économie mondiale, absorbant entre 30 et 50 % de la production mondiale d’argent. Ce métal n’était pas simplement une marchandise, mais le pilier du système monétaire chinois, de sa fiscalité et de son expansion commerciale. L’Empire du Milieu exportait massivement de la soie, de la porcelaine et du thé, mais ne manifestait que peu d’intérêt pour les produits occidentaux. Ce déséquilibre commercial massif drainait les réserves d’argent de la Grande-Bretagne, à hauteur de dizaines de millions d’onces par an dans les années 1830.
Pour combler ce déficit, l’empire britannique a eu recours à une solution controversée : l’opium. En inversant le flux d’argent, Londres espérait rétablir l’équilibre commercial. La résistance chinoise à ce commerce a conduit aux guerres de l’opium et à l’imposition de « traités inégaux » à une dynastie affaiblie, marquant le début de ce que Pékin appelle aujourd’hui le « siècle de l’humiliation ».
Aujourd’hui, la situation est radicalement différente. La Chine n’est plus une puissance impuissante, mais une superpuissance économique et stratégique. La restriction des exportations d’argent est perçue comme une affirmation de sa souveraineté et une volonté de ne plus subir d’humiliations. Comme le rappelait en 1949 Mao Zedong : « Notre nation ne sera plus une nation sujette aux insultes et à l’humiliation. Nous nous sommes levés. »
Cette décision intervient dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre la Chine et l’Occident. Pékin a réagi avec fermeté aux dernières menaces tarifaires, sans céder aux pressions économiques. La restriction des exportations d’argent s’inscrit dans cette logique de défense des intérêts nationaux.
Mais au-delà de l’aspect géopolitique, cette mesure pourrait avoir des conséquences importantes sur le marché de l’argent. La demande industrielle du métal est en plein essor, tirée par la transition énergétique et le développement de l’intelligence artificielle. En 2024, la demande industrielle a atteint un niveau record d’environ 680 millions d’onces (environ 21 tonnes). Le secteur de l’énergie solaire est le principal moteur de cette croissance, consommant plus de 200 millions d’onces par an, un chiffre qui devrait dépasser les 450 millions d’onces d’ici 2030. Chaque requête d’IA nécessite des électrons, et l’électron marginal est de plus en plus produit grâce à l’énergie solaire. La conductivité de l’argent est inégalée et il n’existe pas de substitut facile ou rapide.
Parallèlement, l’offre d’argent est limitée. 72 % de l’offre mondiale provient de l’exploitation minière du cuivre, du plomb, du zinc et de l’or. Il n’est pas possible d’augmenter la production d’argent de manière significative à court terme. Les gisements d’argent véritablement primaires sont rares. Le marché n’a connu aucune croissance nette de l’offre depuis 25 ans.
Ces tensions se traduisent déjà par des signes de stress sur le marché physique de l’argent. Le déport, c’est-à-dire la situation où le prix au comptant est supérieur au prix à terme, est le plus profond depuis des décennies. Les primes en Asie ont atteint 10 à 14 dollars par rapport au prix spot. L’épisode du « Great Silver Squeeze » d’octobre 2025, qui a vu les taux de location grimper jusqu’à 40 %, a été un avertissement. La restriction des exportations imposée par la Chine pourrait donc être l’élément déclencheur d’une nouvelle flambée des prix.
Enfin, l’argent est une monnaie qui a traversé les âges. Alors que la confiance dans les monnaies fiduciaires non garanties s’érode, l’intérêt pour les métaux précieux, comme l’argent, pourrait croître. Les achats d’or des banques centrales et la politique de la Chine témoignent d’une tendance mondiale vers la souveraineté des actifs tangibles. Comme l’a souligné l’historien Roy Jastram dans son ouvrage The Golden Constant, les métaux précieux préservent le pouvoir d’achat à travers les siècles.
Elon Musk a récemment déclaré que la décision de la Chine « n’est pas bonne » car « l’argent est nécessaire dans de nombreux processus industriels ». Il souligne ainsi la dépendance de son industrie, et de la transition énergétique en général, à cet élément essentiel.
Le déséquilibre de l’argent au XIXe siècle a conduit à la guerre et à l’humiliation de la Chine. Le déséquilibre du XXIe siècle pourrait conduire à une lutte acharnée pour les ressources sur un marché physiquement contraint. Cette fois, la Chine détient d’importantes cartes en main : le contrôle du raffinage, la demande industrielle dominante et la volonté politique d’assurer son propre avenir. Le résultat ne sera pas une humiliation, mais une réévaluation des prix.
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