Publié le 16 octobre 2025 05:38:00. Les décors des albums de Spirou et Fantasio, loin d’être de simples arrière-plans, révèlent un goût prononcé pour le design moderne chez leur créateur, André Franquin. Une analyse minutieuse révèle la présence de pièces iconiques des années 1950 et 1960, témoignant d’un véritable intérêt artistique.
- André Franquin, créateur de Spirou et Fantasio, était un passionné de design moderne.
- Ses bandes dessinées mettent en scène des meubles et objets de designers italiens et néerlandais renommés.
- Ce goût pour le design n’était pas une stratégie publicitaire, mais reflétait son environnement personnel.
Le nom d’André Franquin évoque instantanément le costume à carreaux de Spirou, la queue imposante du Marsupilami ou encore les inventions rocambolesques du comte de Champignac. Pourtant, rares sont ceux qui prêtent attention aux intérieurs de la maison de Spirou ou aux bureaux des éditions Dupuis. On pourrait penser qu’ils ne sont là que pour servir de décor aux aventures de ces héros de bande dessinée. Détrompez-vous.
En observant attentivement les décors des albums de Franquin, après ses premières œuvres, on remarque rapidement une particularité surprenante. Si les personnages sont loin d’être réalistes dans leur représentation, les meubles et objets qui les entourent sont, au contraire, d’une fidélité remarquable. On a l’impression qu’ils sortent tout droit des catalogues de décoration de l’époque. Les connaisseurs y reconnaîtront des chaises et un canapé de la marque italienne Tecno, des lampes Oluce, des vases de Vallauris ou encore des meubles de la marque néerlandaise Pastoe. Toutes des pièces emblématiques du design moderne de l’époque.
Franquin était-il un agent publicitaire déguisé ? Cherchait-il à influencer subrepticement ses lecteurs, à leur suggérer qu’ils avaient également besoin de cette chaise, de cette lampe ou de cette table de chevet ? Avait-il amassé les fonds nécessaires grâce à des contrats lucratifs pour s’offrir ces objets coûteux ?
Heureusement, la réalité est plus simple. Les objets de design qui peuplent l’univers de Franquin étaient simplement le reflet de son quotidien. Le dessinateur était un véritable amateur d’art et de design, et il meublait son propre espace de vie avec ses pièces préférées, qu’il transposait ensuite dans ses bandes dessinées. C’est ainsi que l’on retrouve, par exemple, la célèbre Lady Chair de Marco Zanuso ou le canapé Tecno – toujours conservé par sa fille, Isabelle – dans lesquels il imaginait de nouvelles aventures. Cette proximité avec les objets lui permettait de les dessiner avec une précision étonnante. Il est toutefois important de souligner que l’aménagement précis des intérieurs était souvent confié à d’autres collaborateurs, tels que Jidéhem, Roba et Will, auxquels il convient de rendre hommage.
Ce goût pour le design épuré s’inscrit parfaitement dans le style dit « atomique » des années 1950, une période optimiste marquée par l’essor de l’Atomium, qui encourageait les artistes à concevoir des intérieurs, mais aussi une architecture et des voitures futuristes, dans un esprit stylisé. Chez Franquin, cette esthétique avait également une fonction narrative : elle permettait de créer un contraste entre les espaces de vie modernes de ses héros et les intérieurs démodés des personnages moins sympathiques. Car, selon toute logique, un mauvais goût en matière de décoration en dit long sur le caractère d’une personne, n’est-ce pas ?
À ne pas manquer
