Les Palestiniens de la bande de Gaza ont célébré l’Aïd al-Adha les 26 et 27 mai 2026 dans un climat de dénuement extrême. Entre l’explosion des prix du bétail et la persistance des combats, cette fête du sacrifice s’est déroulée dans les décombres, contrastant avec le pèlerinage massif et sécurisé à La Mecque.
C’est la troisième année consécutive que les habitants de l’enclave palestinienne observent l’Aïd al-Adha avec une sobriété forcée. Pour des millions de personnes, le rituel du sacrifice est devenu un luxe inaccessible, transformant une célébration religieuse en un rappel brutal de la précarité économique et matérielle qui frappe le territoire.
L’inflation vertigineuse du prix du mouton
Le cœur de l’Aïd al-Adha réside dans le sacrifice d’un animal, généralement un mouton, dont une partie de la viande est offerte aux nécessiteux. Mais à Gaza, le marché est totalement déstructuré. Selon franceinfo, le coût des bêtes a atteint des sommets irrationnels.
Raafat Assaliya, porte-parole du ministère de l’Agriculture à Gaza
Cette hausse spectaculaire, qui porte le prix d’un animal entre 3 300 et 4 500 euros, s’explique par une raréfaction critique du cheptel. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) rapporte qu’il ne reste dans le territoire que 15 000 ovins, soit seulement un quart de la population animale d’avant-guerre pour 2,1 millions d’habitants.
L’impact est immédiat pour les familles déplacées. À Deir el-Balah, Nadia Abou Shamala, 40 ans, décrit une réalité où le simple fait de consulter les prix devient une épreuve émotionnelle. Elle confie : Je vais au marché seulement pour regarder. Quand je demande les prix, je rentre le coeur brisé
.
Un quotidien marqué par le deuil et la précarité
L’ambiance festive a été totalement évacuée au profit d’une atmosphère funèbre. À Khan Younès, les prières du matin ont été accomplies dans des rues ravagées, au milieu des gravats. Pour beaucoup, la notion même de fête est devenue obsolète.

Nadia Abou Shamala, habitante de Gaza
L’amertume est renforcée par le sentiment d’une trêve illusoire. Comme le souligne Boursorama, le cessez-le-feu théoriquement en vigueur n’a pas suffi à stabiliser les prix ni à stopper les tirs quasi quotidiens. Abou Abdallah al-Mossadar, 59 ans, exprime ce décalage avec violence : La trêve n’est qu’un gros mensonge
. Il ajoute que cet Aïd est marqué par des funérailles et des veillées funèbres quotidiennes.
Malgré tout, une forme de résistance domestique persiste. Certains, comme Abou Abdallah, issu d’une famille fortunée, ont déboursé 13 000 shekels (3 900 euros) pour un mouton, dans l’espoir désespéré de créer de la joie pour les enfants
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Le décalage entre les vœux de Mahmoud Abbas et la réalité
Pendant que la population lutte pour sa survie, le discours officiel tente de maintenir une perspective politique. Dans un message diffusé par WAFA, le président de l’État de Palestine, Mahmoud Abbas, a plaidé pour l’arrêt des violences à Gaza et en Cisjordanie. Il a exprimé l’espoir que les hostilités cessent et que le peuple palestinien puisse établir son État indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale.
L’analyse de la situation révèle cependant un fossé béant entre ces aspirations diplomatiques et l’efficacité des mécanismes d’aide. Plus de six mois après l’adoption à l’ONU d’une résolution entérinant un plan américain pour la reprise totale de l’aide humanitaire, les ONG alertent sur une situation toujours catastrophique
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Le problème majeur réside dans la logistique : les camions d’aide, dont les points de passage sont contrôlés par Israël, ne sont pas assez nombreux pour saturer le marché et faire baisser les prix. Le résultat est une économie de guerre où l’inflation devient une arme supplémentaire de pression sur les civils.
La Mecque sous haute surveillance malgré le conflit
Le contraste est saisissant lorsque l’on observe la célébration à l’échelle régionale. En Arabie Saoudite, environ 1,7 million de pèlerins se sont rendus à La Mecque, un chiffre supérieur à celui de l’année précédente malgré l’instabilité dans la région du Golfe.
Toutefois, ce pèlerinage ne se déroule pas dans une insouciance totale. Le ministère de la Défense saoudien a déployé des batteries anti-aériennes sur les collines périphériques de la ville sainte. Selon Yahoo Actualités, les autorités se sont déclarées prêtes à faire face à toute menace aérienne
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Ce déploiement militaire souligne la tension permanente qui plane sur le Moyen-Orient. Alors que les fidèles à La Mecque prient sous la protection de systèmes de défense sophistiqués, ceux de Gaza le font dans des rues en ruines, sans protection et sans ressources.
L’Aïd al-Adha 2026 laisse derrière lui un constat amer : pour les déplacés de Gaza, la fête n’est plus un moment de partage, mais une mise en lumière brutale de leur isolement et de l’échec des plans humanitaires internationaux à restaurer un minimum de dignité matérielle.
