Publié le 2025-12-11 09:24:00. Un bonnet simple orné d’un motif d’archéoptéryx, initialement conçu pour les sports de montagne, est devenu un accessoire de mode prisé dans les grandes villes de Suisse et au-delà, porté par des célébrités et des influenceurs. Ce phénomène inattendu interroge l’évolution des vêtements techniques et leur appropriation par le monde de la mode.
- Le bonnet Arc’teryx, initialement destiné aux activités de plein air, est devenu un symbole de statut accessible et un accessoire tendance dans les milieux urbains.
- Des personnalités comme Frank Ocean et Timothée Chalamet ont contribué à populariser cet accessoire, le propulsant au rang d’icône de mode.
- Plusieurs facteurs expliquent ce succès, allant de l’esthétique discrète du logo à l’influence des réseaux sociaux et à la rareté de certains modèles.
Ce qui a commencé comme un choix pratique pour affronter le froid dans les stations de ski et sur les sentiers de randonnée s’est transformé en un phénomène de mode inattendu. L’hiver dernier, dans les quartiers branchés de New York, comme Williamsburg et Nolita, il semblait que tout le monde portait le même bonnet : un modèle simple de la marque canadienne Arc’teryx, reconnaissable à son motif d’archéoptéryx, un ancêtre des oiseaux. La tendance a depuis franchi l’Atlantique et s’est installée dans les villes suisses comme Zurich et Berne.
Arc’teryx, fondée en 1989, est une marque solidement ancrée dans le monde de l’outdoor. Ses bonnets, initialement conçus pour protéger les alpinistes et les skieurs du froid glacial, ne visaient pas à devenir des accessoires de mode. Pourtant, ces dernières années, ils ont conquis un public bien différent.
Le musicien Frank Ocean a été l’un des premiers à lancer la tendance en 2019, en arborant le bonnet lors d’un défilé Louis Vuitton à Paris. Plus récemment, Timothée Chalamet a été aperçu à Manhattan avec une doudoune rose de la marque Telfar, un sac Chanel et, bien sûr, un bonnet Arc’teryx. Selon le magazine « GQ », Chalamet a « ajouté une deuxième batterie » à son look grâce à cet accessoire.
Aujourd’hui, le bonnet Arc’teryx est porté par un large éventail de personnes, des blogueurs de mode aux créateurs et DJ de TikTok, en passant par les citadins.
Pourquoi ce bonnet en particulier ?
Le marché regorge de bonnets, avec ou sans logo. Le modèle d’Arc’teryx n’est pas particulièrement extravagant, mais il a réussi à devenir un incontournable. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce succès.
Logo comme code
Le squelette de l’archéoptéryx est un motif distinctif, mais discret. Il fonctionne comme un code d’identification silencieux, un signal : « Je sais ce que c’est. Si vous le savez aussi, nous appartenons à la même scène. »
Le Gorpcore a conquis le grand public
Qu’il s’agisse d’Arc’teryx, de The North Face ou de Mammut, la mode outdoor est devenue un uniforme urbain. Le Gorpcore – qui consiste à porter des vêtements fonctionnels au quotidien, même en dehors des activités sportives – a dépassé les sous-cultures de la mode.
Un symbole de statut abordable
Les produits Arc’teryx sont généralement chers. Cependant, le bonnet, ne nécessitant pas de matériaux coûteux comme le Gore-Tex, constitue un point d’entrée accessible dans l’univers du Gorpcore, à environ 50 francs suisses.
L’amplification par les réseaux sociaux
Les looks arborant ce bonnet tendance sont massivement partagés sur les réseaux sociaux. Des comptes mèmes se sont même emparés du phénomène, caricaturant les porteurs : « Ils boivent du matcha et adorent parler du Japon », explique Alex Hartman du compte Instagram Nolita Dirtbag, qui se moque de la scène new-yorkaise.
Disponibilité limitée
Certains modèles sont régulièrement en rupture de stock, ce qui alimente le battage médiatique, même dans les magasins suisses comme Transa. Le site “NSS” cite une vendeuse américaine qui estime qu’« environ 90 pour cent des bonnets Arc’teryx que l’on croise dans la rue sont des contrefaçons ».
Ruptures de stock régulières chez Transa
Le bonnet iconique est également disponible en Suisse, dans les magasins de sport de montagne ou chez Transa. Les bonnets Arc’teryx y sont très demandés, comme le confirme un porte-parole de l’enseigne : « Nous avons constaté une augmentation significative de la popularité, en particulier auprès des jeunes clients. » L’année dernière, les bonnets étaient régulièrement en rupture de stock.
Le modèle Bird Head Toque est le plus vendu, probablement en raison de sa doublure en polaire. D’autres modèles sont également prisés, non pas pour leurs performances thermiques, mais « parce que les clients aiment les porter comme bonnets de tous les jours et en ville, en raison de leur design tendance ». « En gros, les bonnets Arc’teryx sont à la mode chez les jeunes », résume Transa.
Arc’teryx observe le phénomène sans l’encourager activement. La directrice créative Katie Becker a déclaré au New York Times :
« Nous sommes conscients de ce qui se passe. Mais ce n’est pas comme si nous avions pensé : voyons combien d’oiseaux nous pouvons faire apparaître sur les têtes dans le monde. »
La société en profite néanmoins : sa maison mère, Amer Sports, a récemment enregistré une forte croissance, portée par Arc’teryx. Le PDG Stuart Haselden a fait une déclaration similaire à « Vogue Business » :
« Nous n’avons pas à courir après les consommateurs. »
L’authenticité et le lien avec la montagne sont les atouts de la marque – pas les cycles de la mode. C’est peut-être là un autre aspect de son succès : une marque qui ne cherche pas à être cool finit souvent par l’être.
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