Home SantéGrâce aux inhalateurs, les Américains respirent un demi-million de trajets en voiture chaque année

Grâce aux inhalateurs, les Américains respirent un demi-million de trajets en voiture chaque année

by Sophie Martin

Publié le 7 octobre 2025 15h00. Les inhalateurs, indispensables pour des millions de patients souffrant d’asthme ou de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), s’avèrent être une source insoupçonnée de pollution, émettant des quantités significatives de gaz à effet de serre. Une étude américaine récente met en lumière l’ampleur de cet impact environnemental et souligne l’importance de solutions alternatives.

  • Les inhalateurs, en particulier ceux fonctionnant par aérosol doseur, ont émis plus de 2 millions de tonnes de CO2 aux États-Unis au cours de la dernière décennie.
  • Les inhalateurs-doseurs, représentant 98 % des émissions liées aux médicaments inhalés, utilisent un propulseur, l’hydrofluoroalcane (HFA), un puissant gaz à effet de serre.
  • Aux Pays-Bas, jusqu’à 80 % des patients pourraient passer à des alternatives plus écologiques, et un nouveau propulseur moins polluant devrait être disponible fin 2025.

Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) révèle que l’utilisation généralisée des inhalateurs pour traiter l’asthme et la BPCO contribue de manière significative à l’empreinte carbone du système de santé. Les émissions de CO2 générées par ces dispositifs, sur les dix dernières années, équivalent à celles produites par environ 530 000 voitures à essence.

L’étude, publiée dans la revue JAMA, a analysé les émissions de trois types d’inhalateurs approuvés pour le traitement de ces affections respiratoires entre 2014 et 2024. Les inhalateurs-doseurs, qui nécessitent l’utilisation d’une chambre d’inhalation pour une administration optimale, sont les principaux responsables de cette pollution. Leur propulseur, l’HFA, est un gaz à effet de serre bien plus puissant que le dioxyde de carbone.

Selon le pneumologue et chercheur à l’UCLA, William Feldman, cette découverte met en évidence un risque supplémentaire pour les patients atteints de maladies respiratoires chroniques, tout en ouvrant la voie à des solutions plus durables :

« De nombreux patients atteints de maladies respiratoires chroniques courent donc un risque supplémentaire. L’avantage est qu’il existe une énorme opportunité d’apporter des changements qui protègent à la fois les patients et la planète en utilisant des variantes à faibles émissions. »

William Feldman, pneumologue et chercheur à l’UCLA

Les chercheurs ont basé leurs estimations sur une vaste base de données américaine de prescriptions de médicaments inhalés, combinée à des études universitaires antérieures portant sur les émissions de différents types de dispositifs et de propulseurs.

Aux Pays-Bas, environ 1,4 million de personnes utilisaient des inhalateurs en 2021, dont 55 % avec une chambre d’inhalation. Près de 590 000 personnes se voyaient prescrire plusieurs types d’inhalateurs, et 180 000 utilisaient à la fois un inhalateur à poudre et un inhalateur-doseur. La politique néerlandaise privilégie la prescription de médicaments en fonction de leur facilité d’utilisation, du contrôle de la respiration, de la posologie et de leur impact environnemental. L’Association néerlandaise des médecins spécialistes en maladies pulmonaires et en tuberculose (NVALT) estime que 70 à 80 % des patients pourraient opter pour des alternatives plus respectueuses du climat.

Un premier propulseur à faible impact climatique, le HFA-152a, est actuellement en cours d’évaluation par l’Agence européenne des médicaments (EMA). Son effet sur le climat serait comparable à celui des inhalateurs à poudre et à brumisation. Son arrivée sur le marché est prévue pour fin 2025, mais le remplacement complet de tous les inhalateurs à propulseur prendra plusieurs années.

Cette étude souligne la nécessité d’une prise de conscience accrue de l’impact environnemental des dispositifs médicaux et de l’importance de développer et d’adopter des alternatives plus durables pour protéger à la fois la santé des patients et la planète.

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