Publié le 16 janvier 2026 à 10h28. De plus en plus de jeunes Norvégiens renoncent à une formation professionnelle pour poursuivre des études générales, une tendance qui inquiète les entreprises et les pouvoirs publics face à une pénurie prévisible de main-d’œuvre qualifiée.
- Un étudiant sur quatre issu d’une filière professionnelle se réoriente vers une formation générale.
- La Norvège pourrait manquer de 85 000 travailleurs qualifiés d’ici 2035.
- Des solutions sont envisagées, allant d’une modification des modalités d’accès aux études supérieures à une meilleure promotion des métiers.
Benjamin Dogan, Sebastian Årdal Kongsvoll et Sunniva Nilsen Strømnes, trois jeunes de 18 ans, sourient et échangent des plaisanteries. Ils suivent une formation complémentaire au lycée de Førde, dans le Sunnfjord, pour obtenir les qualifications nécessaires aux études supérieures. Un choix qu’ils ne regrettent pas, même s’il n’était pas initialement prévu.
À l’automne 2023, les trois amis avaient tous entamé une formation professionnelle : Benjamin souhaitait devenir cuisinier, tandis que Sebastian et Sunniva aspiraient au métier de menuisier. Mais au fil des mois, ils ont réalisé que ces carrières ne leur convenaient pas.
« J’ai découvert que je ne voulais finalement pas être menuisier »,
Sebastian Årdal Kongsvoll, étudiant
Sunniva partage le même sentiment : « Pareil pour moi. » Benjamin, quant à lui, a changé d’avis en vue de poursuivre des études supérieures.
Ces parcours ne sont pas isolés. Le nombre d’élèves qui abandonnent les filières professionnelles en cours de route est en augmentation. En 2024, 7 456 élèves, soit près de 25 % du total, ont quitté une formation professionnelle pour se réorienter vers une formation générale. Cette proportion est passée de 22 % en 2021 à près de 25 % en 2024.
La Norvège pourrait ainsi se retrouver confrontée à une pénurie de 85 000 travailleurs qualifiés d’ici 2035, selon les estimations de Statistique Norvège. Cette situation inquiète tant le ministère de l’Éducation et des Sciences que le ministère du Travail et des Affaires sociales.
Inger Dyrnes, conseillère principale au NHO (Confédération des entreprises norvégiennes), exprime sa vive préoccupation :
« Nous sommes préoccupés par le fait qu’un nombre croissant de travailleurs qualifiés ne soient pas formés en Norvège. Nos entreprises membres ressentent un besoin criant. »
Inger Dyrnes, conseillère principale au NHO
Elle estime que les conseils départementaux doivent prendre des mesures pour garantir que les élèves puissent accéder aux formations professionnelles dont la société a besoin.
Sindre Lysø, secrétaire d’État au ministère de l’Éducation, se dit satisfait du nombre record de candidatures aux formations professionnelles, mais s’inquiète du taux d’abandon élevé :
« Nous sommes heureux qu’un nombre record de personnes postulent à des formations professionnelles, car la société aura besoin de beaucoup plus de travailleurs qualifiés dans les années à venir. Dans le même temps, trop peu de personnes terminent une filière professionnelle et obtiennent un certificat. »
Sindre Lysø, secrétaire d’État au ministère de l’Éducation
Certains experts, comme Petter Hagen, conseiller d’orientation et animateur du podcast Uddanningspodden, estiment qu’il faudrait rendre plus difficile l’accès aux formations complémentaires après deux années de formation professionnelle. Il suggère de revoir les modalités d’accès aux études supérieures.
Julie Brodtkorb, directrice générale de l’Association des constructeurs de machines, souligne les difficultés rencontrées par les entreprises pour recruter des apprentis. Elle met en avant le manque de places disponibles dans les écoles professionnelles, ce qui limite l’accès à la formation.
Au Rogaland, une campagne d’information a été lancée pour encourager davantage de jeunes à choisir une formation professionnelle. Les autorités du comté de Vestland envisagent également de limiter le nombre de places disponibles dans les formations complémentaires.
Elias Eide, responsable politique au conseil départemental de Vestland, déclare :
« Nous voulons que moins de gens choisissent des prolongations et nous travaillerons davantage pour voir ce qu’il est possible de réaliser légalement et pratiquement. »
Elias Eide, responsable politique au conseil départemental de Vestland
La question de la formation professionnelle et de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée reste donc au cœur des préoccupations des pouvoirs publics et des entreprises norvégiennes.
Publié
16.01.2026, kl. 10.28
Mis à jour
16.01.2026, kl. 10.52
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