Home Monde« Guerre de la pomme de terre » au cœur de l’Europe : ils ont conduit un tracteur sur la police

« Guerre de la pomme de terre » au cœur de l’Europe : ils ont conduit un tracteur sur la police

by Clara Dubois

Publié le 19 décembre 2025 08h30:00. Des agriculteurs européens ont perturbé le centre de Bruxelles en bloquant les rues avec leurs tracteurs et en affrontant les forces de l’ordre, pour protester contre l’accord commercial Mercosur avec les pays d’Amérique du Sud, qu’ils craignent pour leur survie économique.

  • Plus de 150 tracteurs ont bloqué les axes routiers du centre de Bruxelles, attirant jusqu’à 10 000 manifestants.
  • Des heurts ont éclaté entre les agriculteurs et la police, qui a riposté avec du gaz poivre et des canons à eau.
  • L’accord Mercosur a été temporairement suspendu suite aux pressions exercées par plusieurs États membres de l’Union européenne, dont la France et l’Italie.

La capitale belge a été le théâtre de vives tensions ce mercredi, alors que des agriculteurs venus de plusieurs pays européens ont convergé vers le quartier européen pour exprimer leur opposition à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Les manifestants, inquiets pour l’avenir de leurs exploitations, ont bloqué les rues avec leurs tracteurs et ont même lancé des pommes de terre en direction des forces de l’ordre, selon des témoignages concordants.

Les protestataires craignent que l’ouverture du marché européen aux produits agricoles sud-américains, souvent moins chers en raison de normes environnementales et sanitaires moins strictes, ne conduise à une baisse drastique de leurs revenus et à la disparition de nombreuses exploitations. Ils pointent notamment du doigt la concurrence potentielle en matière de viande, de sucre, de riz, de miel et de soja.

Florian Poncelet, représentant de la Fédération des Jeunes Agriculteurs (FJA) belge, a souligné la mobilisation continue des agriculteurs depuis le début de l’année 2024.

« Nous manifestons en France, en Belgique et ailleurs depuis 2024. Nous voulons enfin pouvoir vivre de notre travail. »

Florian Poncelet, FJA belge

Face à la pression des manifestants et à l’inquiétude croissante de certains États membres, l’examen de l’accord Mercosur a été suspendu. L’Italie, en première ligne, a joué un rôle clé dans cette suspension, soutenue par la France. Le président français Emmanuel Macron a déclaré :

« Nous ne sommes pas prêts pour cet accord. »

Emmanuel Macron, Président français

La France s’est coordonnée avec la Pologne, la Belgique, l’Autriche et l’Irlande pour obtenir ce report.

Cependant, l’accord ne fait pas l’unanimité au sein de l’Union européenne. L’Allemagne et l’Espagne insistent pour une ratification rapide, arguant de la nécessité de préserver la crédibilité de la politique commerciale européenne. Friedrich Merz, figure politique allemande, a insisté sur le fait qu’une décision devait être prise sans délai pour la crédibilité de la politique commerciale mondiale. Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol, a quant à lui souligné que l’accord conférerait à l’Europe un poids géoéconomique et géopolitique.

La tension était palpable sur le terrain. Maxime Mabille, un autre manifestant, a exprimé sa colère face à ce qu’il perçoit comme une dérive autoritaire de l’Union européenne :

« Nous sommes ici pour dire non au Mercosur. Ursula von der Leyen a forcé cet accord. L’Europe est devenue une dictature. »

Maxime Mabille, manifestant

De l’autre côté de l’Atlantique, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a réaffirmé l’importance de l’accord, soulignant qu’il s’agissait d’une opportunité unique :

« Ce sera maintenant ou jamais. »

Luiz Inacio Lula da Silva, Président brésilien

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