Publié le 18 octobre 2024 13:19:00. Guillermo del Toro livre sa vision singulière du mythe de Frankenstein, un récit poignant sur la création, le rejet et la quête d’humanité, porté par les performances d’Oscar Isaac et Jacob Elordi.
- Le nouveau film de del Toro explore les thèmes de l’isolement et de la différence à travers une adaptation sombre et romantique du roman de Mary Shelley.
- Oscar Isaac incarne un Victor Frankenstein arrogant et obsédé, tandis que Jacob Elordi donne vie à une créature à la fois effrayante et profondément émouvante.
- Le réalisateur prend des libertés narratives avec l’œuvre originale, notamment en complexifiant les motivations des personnages et en accentuant la dimension émotionnelle du récit.
Guillermo del Toro est connu pour son affection pour les monstres, ces créatures souvent grotesques qui, sous sa direction, révèlent une humanité insoupçonnée. Le Labyrinthe de Pan (2006) mettait en scène un faune au cœur tendre, tandis que La Forme de l’eau (2017) racontait l’histoire d’un homme-amphibien sensible et complexe. Même sa version animée de Pinocchio (2022) présentait une marionnette en bois dotée d’une âme et d’une profonde moralité.
Cette fascination pour les marginaux et les êtres rejetés se retrouve pleinement dans son adaptation de Frankenstein, le célèbre roman gothique de Mary Shelley publié en 1818. Del Toro, qui rêvait de porter ce récit à l’écran depuis des décennies, a souhaité explorer les thèmes universels de la création, de la responsabilité et de la quête d’acceptation.
Le film s’éloigne de certaines conventions de l’œuvre originale, notamment en ce qui concerne le caractère de Victor Frankenstein. Dans la version de del Toro, interprétée par Oscar Isaac, le scientifique est dépeint comme un personnage plus sombre et plus arrogant, dont l’ambition démesurée le conduit à commettre des erreurs irréparables. Il est présenté comme un homme froid et distant, dont le rejet de sa propre création est au cœur du drame.
Jacob Elordi, quant à lui, incarne la créature avec une sensibilité et une vulnérabilité surprenantes. Loin du monstre maladroit et effrayant popularisé par Boris Karloff dans le film de 1931, la créature de del Toro est un être intelligent et sensible, capable d’apprendre, de ressentir et de souffrir. Elle se découvre une soif de connaissance et une aspiration à l’amour et à l’acceptation.
Le réalisateur prend également la liberté d’ajouter des intrigues secondaires et de modifier certains éléments de l’histoire originale. Il explore notamment la jeunesse de Victor Frankenstein et introduit un personnage mystérieux, Harlander (Christoph Waltz), qui finance les recherches du scientifique. Ces ajouts, bien que parfois superflus, contribuent à enrichir l’univers du film et à approfondir les thèmes abordés.
Une autre modification notable concerne le personnage d’Elizabeth, la fiancée de Victor. Dans le film, elle est présentée comme la fiancée du frère de Victor, William (Felix Kammerer), ce qui ajoute une couche de complexité à la relation entre les personnages et renforce le sentiment de culpabilité et de remords de Victor.
Del Toro ne se contente pas de raconter une histoire de science-fiction gothique. Il propose une réflexion profonde sur la nature humaine, la responsabilité morale et les conséquences de l’ambition démesurée. Il interroge également notre rapport à la différence et à l’altérité, en nous invitant à regarder au-delà des apparences et à reconnaître l’humanité qui se cache chez tous les êtres vivants.
À un moment clé du film, un personnage s’adresse directement à Victor Frankenstein :
« Toi, c’est le monstre. »
Personnage non identifié
Cette phrase, bien que quelque peu didactique, résume parfaitement le message du film : le véritable monstre n’est pas la créature, mais celui qui la rejette et la condamne à l’isolement.
Cet article est également paru dans le bulletin d’information Pop Culture Happy Hour de NPR. Inscrivez-vous à la newsletter pour ne rien manquer et recevoir des recommandations hebdomadaires sur ce qui nous rend heureux.
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