Une vaste étude menée par des chercheurs de l’Université de Hong Kong et de l’Université de Californie à San Diego révèle que l’exposition à la bactérie Helicobacter pylori pourrait être liée à environ 22 % des cas de cancer colorectal dans le monde, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies de prévention.
L’infection à la bactérie Helicobacter pylori, déjà bien connue pour son rôle dans les ulcères d’estomac et le cancer gastrique, pourrait bien avoir un champ d’action beaucoup plus large qu’on ne le pensait. Une collaboration internationale pilotée par la LKS Faculty of Medicine de l’Université de Hong Kong et l’Université de Californie à San Diego a publié des travaux dans la revue eGastroenterology qui jettent un éclairage inédit sur le cancer colorectal.
Analyse mondiale et risque accru de cancer colorectal
Pour mesurer l’impact potentiel de cette exposition bactérienne, l’équipe de recherche a épluché les données de 43 études internationales couvrant environ 48,7 millions de personnes. Les chercheurs ont croisé ces informations avec les taux d’incidence du cancer colorectal enregistrés par l’Observatoire mondial du cancer pour l’année 2022.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2022, le cancer colorectal a causé près de deux millions de nouveaux cas et 900 000 décès à l’échelle planétaire, s’imposant comme la deuxième cause de mortalité par cancer dans le monde. Face à ce fardeau, l’analyse a mis en évidence que les personnes exposées à H. pylori encourent un risque 1,59 fois plus élevé de développer un cancer colorectal par rapport à celles qui ne le sont pas.

À l’échelle globale, l’infection pourrait ainsi peser sur environ 22 % des cas. Même en restreignant l’analyse rigoureuse à 14 études de cohorte et de population, la proportion estimée des cas potentiellement liés à la bactérie reste de l’ordre de 12 %.
La double opportunité des programmes de dépistage
Contrairement à de nombreuses prédispositions génétiques que la médecine ne sait pas effacer, l’infection à H. pylori présente l’avantage net d’être détectable et guérible. C’est le constat que met en avant le Professeur Leung Wai-keung, titulaire de la chaire de gastro-entérologie Li Shu Fan et professeur à la faculté de médecine de Hong Kong.
« Notre étude suggère que H. pylori pourrait contribuer de manière substantielle à la charge mondiale du cancer colorectal », a déclaré le professeur Leung Wai-keung selon Stuartaitken.

De nombreux pays et régions déploient déjà des campagnes de dépistage et d’éradication de la bactérie pour juguler les risques de cancer de l’estomac. Selon les chercheurs, ces politiques pourraient générer un bénéfice double en prévenant également une part des cancers colorectaux, en particulier dans les régions où l’infection demeure très répandue et où les ressources sanitaires sont restreintes.
« Notre objectif est de fournir des données probantes qui éclairent les priorités en matière de santé publique et de recherche, et de guider les stratégies de prévention ciblées sur les infections, tant à l’échelle mondiale que régionale », a indiqué le professeur Leung Wai-keung d’après Miragenews.
Disparités régionales et générations concernées
L’étude montre de nettes variations selon les zones géographiques. Les territoires affichant la prévalence bactérienne la plus forte affichent logiquement une fraction de cancer colorectal plus lourde. C’est le cas de la région Asie-Pacifique Ouest, comprenant la Chine, la Mongolie et le Viêt Nam, qui culmine à environ 25 % des cas potentiellement liés à l’exposition. À elle seule, la Chine enregistre le plus grand nombre absolu de cas de cancer colorectal potentiellement rattachés à la bactérie.
L’analyse par cohorte de naissance révèle par ailleurs une tendance intrigante : les générations nées plus tardivement portent une charge proportionnellement plus lourde liée à H. pylori, et ce malgré un recul global de la prévalence de la bactérie. La part estimée est ainsi passée de 9,5 % pour les personnes nées avant 1947 à 15 % pour celles nées entre 1963 et 1977.
Les questions en suspens et la suite de la recherche
Si les observations épidémiologiques marquent une avancée, les auteurs insistent sur la prudence. L’étude ne démontre pas un lien de cause à effet systématique et universel chez chaque individu exposé. De surcroît, les données sur l’impact direct de l’éradication de la bactérie sur le risque à long terme reposent encore sur des observations limitées.
Les données disponibles indiquent toutefois que les personnes ayant reçu un traitement éliminant H. pylori affichent un risque plus faible de cancer colorectal après un suivi de plus de dix ans. Un délai cohérente avec la lente progression naturelle de ce type de cancer, mais qui nécessite impérativement d’être confirmé par des essais prospectifs et interventionnels rigoureux.