Une frappe militaire américaine a coulé un bateau suspecté de transporter de la cocaïne en haute mer, suscitant une vive controverse au Congrès sur l’interprétation des règles d’engagement et la qualification juridique des trafiquants de drogue. L’incident, révélé par une vidéo diffusée aux législateurs, relance le débat sur l’étendue des pouvoirs militaires dans la lutte contre le narcotrafic.
Selon des informations obtenues par l’Associated Press et Reuters, l’amiral Craig Bradley a justifié la seconde frappe ordonnée sur l’embarcation, alors que des survivants étaient aperçus flottant dans l’eau. Il a expliqué aux membres du Congrès que cette action visait à empêcher la récupération de la cargaison de cocaïne par les cartels. L’amiral a également souligné que la drogue était susceptible de rejoindre les États-Unis depuis le Suriname, justifiant ainsi l’intervention même en dehors des eaux territoriales américaines.
La vidéo de l’attaque, visionnée à huis clos au Capitole, montre deux individus, torse nu, qui tentaient de stabiliser l’épave avant d’être touchés par des missiles. Le député Adam Smith, figure de proue des démocrates à la commission des services armés de la Chambre des représentants, a qualifié ces meurtres de « profondément préoccupants ». Il a décrit la scène où les individus « dérivaient dans l’eau – jusqu’à ce que les missiles arrivent et les tuent ».
Le sénateur Tom Cotton, président républicain de la commission sénatoriale du renseignement, a adopté une position divergente, estimant que les mouvements des survivants suggéraient une tentative de « rester dans le combat », les rendant ainsi des cibles légitimes.
Ce cas s’inscrit dans le cadre d’une interprétation juridique controversée adoptée sous l’administration Trump, qui assimile les trafiquants de drogue en route vers les États-Unis à des menaces terroristes. Cette doctrine, qui modifie la pratique traditionnelle consistant à traiter le trafic de drogue comme une affaire criminelle relevant des forces de l’ordre, permet à l’armée d’agir selon les mêmes règles que dans la lutte contre le terrorisme.
« Les personnes à bord du bateau, au regard du droit des conflits armés, ne sont pas des combattants », a déclaré Michael Schmitt, ancien avocat de l’armée de l’air et professeur au US Naval War College. « Elles ne font que transporter de la drogue. »
Les démocrates expriment leur inquiétude face à cette définition élargie de la menace. « Cette définition incroyablement large, je pense, est ce qui déclenche tous ces problèmes liés au recours à la force meurtrière et à l’utilisation de l’armée », a affirmé Adam Smith. Ils demandent la publication de l’avis juridique complet, un document d’une quarantaine de pages émanant du Bureau du conseiller juridique du ministère de la Justice.
Le sénateur Jack Reed, le plus haut responsable démocrate de la commission des forces armées, a déclaré que ce briefing avait confirmé ses « pires craintes concernant la nature des activités militaires de l’administration Trump ». Il a annoncé le lancement d’une enquête approfondie sur cet incident.
L’amiral Bradley avait auparavant déclaré, lors d’un discours au Forum Reagan de la Défense nationale : « Si vous travaillez pour une organisation terroriste désignée et que vous apportez de la drogue dans ce pays par bateau, nous vous trouverons et nous vous coulerons. Qu’il n’y ait aucun doute là-dessus. »
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