Une étude menée en Californie du Nord et présentée lors de la réunion IDWeek révèle que plus de la moitié des jeunes enfants exposés au virus de l’hépatite B à leur domicile ont côtoyé une personne autre que leur mère, remettant en question la stratégie vaccinale ciblée par les autorités sanitaires.
L’étude, rendue publique à la fin du mois d’octobre 2026 à Washington, apporte un éclairage inédit sur la transmission horizontale du virus de l’hépatite B. Alors que les recommandations fédérales américaines ont récemment évolué pour cibler en priorité les nouveau-nés de mères séropositives ou de statut inconnu, ces nouveaux travaux démontrent que l’exposition domestique dépasse largement le cadre maternel. Les données proviennent du système de santé Kaiser Permanente Northern California, qui suit des centaines de milliers de foyers.
Les contacts non maternels en première ligne des expositions domestiques
Les chercheurs ont analysé les dossiers de 158 169 enfants de moins de 5 ans répartis dans 131 800 foyers. Parmi cet ensemble, 2 024 enfants vivaient avec au moins une personne présentant une infection active par le virus de l’hépatite B. Dans 58,2 % de ces cas d’exposition potentielle, le membre du foyer infecté n’était pas la mère biologique de l’enfant, mais un autre proche résidant sous le même toit.

Ces contacts non maternels se caractérisent par un profil démographique distinct : ils étaient plus âgés que les mères biologues, avec un âge médian de 44 ans contre 38 ans, et étaient majoritairement des hommes dans 76,5 % des cas. Selon la Division de recherche de Kaiser Permanente, il s’agit le plus souvent de pères, de grands-parents ou d’autres membres de la parenté partageant le même espace de vie.
Un enfant peut être exposé à l’hépatite B par n’importe quelle personne présentant une infection active, pas seulement par sa mère.
Dre Karen B. Jacobson, médecin spécialiste des maladies infectieuses et chercheuse au Vaccine Study Center de Kaiser Permanente, via Reuters
Le choc entre les directives du CDC et les constats de terrain
Cette réalité épidémiologique ravive un débat intense sur la politique de vaccination des nourrissons. En janvier 2025, le Centers for Disease Control and Prevention avait modifié ses directives historiques. Plutôt de recommander une dose universelle du vaccin dès la naissance pour tous les nouveau-nés, l’agence fédérale avait introduit une prise de décision partagée entre les parents et les médecins pour les enfants nés de mères testées négatives, réservant la vaccination universelle aux seuls groupes à risque ou de statut inconnu.

Pour les auteurs de l’étude, cette approche restreinte omet le danger des transmissions horizontales. Le virus de l’hépatite B se transmet par contact avec des fluides corporels, incluant le sang, les larmes et la salive, et peut survivre sur les surfaces environnementales jusqu’à une semaine. Environ 640 000 adultes aux États-Unis vivent avec une hépatite B chronique. Lorsqu’elle survient chez le nourrisson, l’infection devient chronique dans plus de 90 % des cas, entraînant des complications graves comme la cirrhose et le cancer du foie.
L’analyse a également mis en évidence des écarts de couverture vaccinale. Si l’intégralité des enfants nés de mères infectées a reçu une vaccination dans les sept jours suivant la naissance, la couverture vaccinale chutait à 93,5 % chez les enfants vivant avec un autre contact domestique infecté. De plus, 4,2 % de ces derniers ont attendu plus d’un mois avant d’être vaccinés.
Modélisation des risques et controverse sur les données
Ces conclusions ont suscité des réactions contrastées au sein de la sphère politique et scientifique. Le secrétaire à la Santé et aux Services humains, Robert F. Kennedy Jr., a publiquement critiqué la méthodologie de l’étude par modélisation sur la plateforme X, la qualifiant de simulation fondée sur des hypothèses et non sur des observations cliniques directes.
Du côté des analystes indépendants, certains soulignent que si l’étude de Kaiser Permanente identifie un risque réel d’exposition non maternelle, elle comporte des limites méthodologiques. Notamment, le taux de dépistage des enfants exposés au sein du foyer n’était que de 3,6 %, contre 95 % pour les nourrissons nés de mères infectées, ce qui ne permet pas de mesurer avec exactitude le taux de transmission réelle contractée par ces voies domestiques secondaires.
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