Publié le 16 novembre 2023 à 14h30. L’acquisition de Cementos Pacasmayo par Holcim au Pérou relance la concurrence sur le marché du ciment, ravivant une rivalité de longue date avec Unacem et ouvrant la voie à une possible restructuration du secteur.
- Holcim a finalisé l’acquisition de Cementos Pacasmayo pour un montant avoisinant les 1,5 milliard de dollars américains.
- Cette opération s’inscrit dans une stratégie régionale plus large de renforcement de la présence d’Holcim sur le marché péruvien.
- Les marges bénéficiaires plus élevées du secteur cimentier péruvien, comparées à celles d’autres pays d’Amérique latine, ont joué un rôle déterminant dans cette acquisition.
L’arrivée d’Holcim dans le capital de Cementos Pacasmayo ne surprend pas les observateurs du marché péruvien. Sergio Castro, directeur principal d’Apoyo & Asociados, rappelle que la concurrence entre Holcim et Unacem est une constante depuis plusieurs années. Il souligne que, même avant la fusion entre Holcim et Lafarge, Unacem avait déjà acquis une usine de ce dernier en Équateur.
Selon M. Castro, cette acquisition s’inscrit dans une stratégie régionale plus vaste. Tout comme Unacem est déjà présent au-delà des frontières péruviennes, Holcim semble vouloir consolider sa position sur le marché péruvien.
L’attrait principal du Pérou réside dans la rentabilité du secteur cimentier.
« Les marges au Pérou se situent entre 20 % et 27 %, alors que sur d’autres marchés d’Amérique latine, elles tournent autour de 15 %. »
Sergio Castro, directeur principal d’Apoyo & Asociados
Dans un premier temps, Holcim devrait se concentrer sur l’optimisation de l’efficacité opérationnelle de ses activités au Pérou et la recherche de synergies. L’entreprise pourrait également envisager d’importer du clinker depuis les pays voisins si le marché péruvien l’exige.
Le marché péruvien du ciment est traditionnellement divisé en zones géographiques. Pacasmayo domine le nord et le nord-est, Unacem la région centrale, et Yura, du Grupo Gloria, le sud. Cette répartition est due au coût élevé du transport du ciment, un produit lourd et volumineux.
Anel Casas, analyste senior chez Apoyo & Asociados, estime que Pacasmayo pourrait étendre sa présence grâce à son vaste réseau de distribution de matériaux de construction, comprenant 289 points de vente et 315 magasins sous l’enseigne DINO (Distributeur Nord Pacasmayo), qui concentrent près de 80 % des ventes de ciment dans le groupe Hochschild. Selon elle, une expansion progressive du réseau DINO vers d’autres régions est envisageable.
Cependant, César Huiman, analyste principal de la recherche chez Renta4 SAB, se montre plus sceptique quant à une expansion significative de Pacasmayo en dehors du nord du pays. Il considère que l’opération ne modifiera pas fondamentalement la structure du marché.
« Il n’y a pas de changement de part de marché, mais essentiellement un changement de propriétaire. »
César Huiman, analyste principal de la recherche chez Renta4 SAB
M. Huiman souligne que l’industrie du ciment présente des barrières à l’entrée importantes, notamment la nécessité d’un réseau de distribution bien établi. Il exclut donc un scénario dans lequel Pacasmayo pourrait augmenter significativement sa part de marché.
L’acquisition, conclue pour un montant proche de 1,5 milliard de dollars américains, a eu un impact immédiat sur le cours de l’action Pacasmayo, qui a augmenté de plus de 60 % hier, passant d’environ 4,50 S/ à près de 7,10 S/. Le prix implicite payé par Holcim s’élève à environ 8,30 S/ par action.
Conformément à la réglementation en vigueur, Holcim devra lancer une offre publique d’achat (OPA) sur au moins 25 % des actions en circulation, après avoir acquis plus de 50 % du capital de la société. Cette OPA ne pourra pas être réalisée à un prix inférieur à 8,30 S/ par action.
Les actionnaires minoritaires, principalement des fonds d’investissement et des AFP, pourront ainsi profiter de cette offre, dont le lancement pourrait prendre plusieurs mois.
Les spécialistes d’Apoyo & Asociados ne s’attendent pas à d’importants investissements productifs dans les usines de production de Cementos Pacasmayo à court terme. L’entreprise péruvienne possède trois cimenteries dans le nord : Pacasmayo (La Libertad), Piura et Rioja (San Martín). L’usine de Pacasmayo, après un processus d’expansion achevé en 2023, est aujourd’hui l’une des plus modernes et efficaces du pays.
L’accent sera mis sur l’amélioration de l’efficacité opérationnelle et l’ajustement des lignes de production, compte tenu des capacités installées actuellement sous-utilisées (environ 70 % pour le clinker et 60 % pour le ciment).
À plus long terme, Pacasmayo pourrait servir de plateforme productive pour l’exportation vers les marchés voisins, notamment l’Équateur, en tirant parti de sa proximité géographique. Bien que les exportations actuelles soient marginales, elles pourraient gagner en importance dans le cadre d’une plus grande intégration régionale sous l’égide d’Holcim.
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