Publié le 6 novembre 2025 à 00h58. L’opulence discrète est la nouvelle tendance dans l’architecture résidentielle : les constructions plus modestes, les rénovations écologiques et l’utilisation de matériaux naturels sont désormais les signes distinctifs d’un statut social élevé, comme le démontre la récente édition des House Awards.
- Une nouvelle approche de la construction privilégie la sobriété, l’efficacité énergétique et l’intégration au paysage.
- La réutilisation de matériaux anciens et la rénovation de bâtiments existants gagnent en popularité, illustrant une conscience environnementale croissante.
- Des projets innovants, comme une maison familiale construite à partir de matériaux recyclés à 70 %, témoignent d’une véritable révolution dans le secteur du bâtiment.
La construction de maisons connaît une mutation profonde. Alors que les villas luxueuses de grande taille étaient autrefois synonymes de réussite, une nouvelle esthétique émerge, privilégiant la discrétion, l’écologie et l’ingéniosité. Cette tendance est particulièrement visible chez les acheteurs fortunés, qui semblent remettre en question les codes traditionnels du luxe immobilier, à une époque marquée par la pénurie de ressources, la flambée des coûts de construction et l’urgence climatique.
Les 50 maisons individuelles sélectionnées par les éditions Callwey de Munich pour les House Awards de cette année illustrent parfaitement ce changement de paradigme. Ces réalisations, situées en Allemagne, en Autriche, au Tyrol du Sud et en Suisse, témoignent d’une véritable révolution dans le secteur de la construction.
Les maisons primées se distinguent par leur originalité et leur capacité à se fondre dans leur environnement. Nombre d’entre elles sont des granges réhabilitées ou des structures aux formes atypiques, loin des standards architecturaux classiques. Une rénovation particulièrement remarquable a été récompensée pour son utilisation de matériaux de construction anciens recyclés à hauteur de 70 %. Cette approche témoigne d’une volonté de réduire l’empreinte environnementale du bâtiment et de valoriser le patrimoine existant.
Une cabane de ski pour deux familles
Le projet lauréat du premier prix, une construction neuve située à Feldkirchen, en périphérie de Munich, illustre cette philosophie. L’économie de ressources a été au cœur de la conception de cette maison, dont la façade sera bientôt recouverte de plantes grimpantes. Seuls des treillis en bois sont actuellement visibles, mais ils laissent présager une intégration harmonieuse dans le paysage environnant.
Selon le jury, représenté par Michael Schuster, ce projet réalisé par les cabinets d’architectes munichois Kuntscher Tscherning Architekten und Stadtplaner et Samsøe Sattler, est un exemple de « projet remarquable ». Il s’agit en réalité d’une maison jumelée pour deux familles, qui se distingue par son agencement intérieur original. La moitié ouest de la maison offre un espace de vie ouvert sur trois niveaux, d’une superficie de 128 mètres carrés (environ 1 380 pieds carrés). L’absence de portes, à l’exception des chambres et de la salle de bain, favorise la fluidité de l’espace et la circulation de la lumière naturelle. Des rideaux semi-transparents du sol au plafond servent de cloisons modulables, créant une atmosphère chaleureuse et conviviale.
En hiver, cet espace de vie hybride, chauffé par une cheminée et un chauffage au sol, évoque l’ambiance d’un chalet de ski. Les habitants, soucieux de l’environnement, apprécient cette atmosphère authentique et confortable, qui les incite à adopter un mode de vie plus responsable. L’alimentation en énergie est également exemplaire, grâce à des panneaux solaires installés sur le toit et une borne de recharge pour véhicules électriques dans le garage.
À la recherche de composants pour la conversion
Un autre projet récompensé mérite une attention particulière : la jeune architecte autrichienne Re:House Markus Jeschaunig et son agence en biosphère. Elle a su transformer une simple maison individuelle des années 1950, située à Premstätten près de Graz, pour répondre aux besoins d’une famille de trois personnes, en adoptant une approche innovante et respectueuse de l’environnement.
Pour minimiser l’impact environnemental de la rénovation et de l’extension, les constructeurs et l’architecte ont mis six ans à mettre en œuvre une démarche originale, baptisée « urban mining » (exploitation minière urbaine). Il s’agit d’une véritable chasse au trésor pour dénicher des matériaux de construction non utilisés mais réutilisables, provenant de bâtiments destinés à la démolition, et si possible, à proximité immédiate du chantier afin de réduire les coûts de transport.
Le résultat de cette recherche est impressionnant : plus de 70 % des matériaux proviennent de sources de réutilisation situées dans un rayon de 15 kilomètres autour du chantier. Les employés de l’agence viennoise de matériaux de construction Baukarussell ont joué un rôle essentiel dans cette démarche.
Une maison de colonie banale s’est ainsi transformée en une pièce unique et extravagante. Les matériaux de démolition, initialement destinés à être broyés, ont retrouvé une seconde vie et témoignent de l’histoire architecturale du lieu. On retrouve notamment d’anciennes briques provenant d’une briqueterie fermée il y a des décennies, dont les tons chauds de marron, de rouge et de noir apportent une touche d’authenticité au toit rénové. Ces briques, avec leur aspect brut et naturel, sont plus esthétiques que les bardeaux industriels brillants souvent utilisés aujourd’hui.
Dans une véritable démarche écologique, le béton, dont le bilan carbone est négatif, a été évité autant que possible. Les murs de l’extension ont été construits en pisé, une technique ancestrale qui utilise de la terre crue, et les murs ont été enduits d’argile naturelle, une ressource locale abondante. Sur le chantier de démolition d’une brasserie grazienne désaffectée datant de 1890, les constructeurs ont récupéré l’ensemble de la structure du toit en bois ainsi que des blocs de verre encore intacts.
Pierre à pierre
Une maison de vacances située au-dessus du lac Majeur, bien que ne se distinguant pas particulièrement par son approche écologique, est également conçue pour durer. Construite à partir d’un mélange de vieilles briques recyclées provenant de bâtiments démolis et de nouveaux granits régionaux, elle semble presque se fondre dans la paroi rocheuse environnante et la végétation luxuriante.
La maison allongée, d’une superficie habitable de 160 mètres carrés (environ 1 722 pieds carrés), est perchée sur une pente raide au-dessus d’Ascona. Le cabinet d’architectes tessinois Wespi de Meuron Romeo, réputé pour ses bâtiments résidentiels originaux et souvent primés, se distingue ici par sa conception et son choix des matériaux, qui témoignent d’un respect profond pour le génie des lieux et les traditions de construction locales.
Un couple profite ici de sa retraite. Ils n’ont probablement plus besoin de livres ou de télévision. Il ne leur reste plus qu’à suivre la course du soleil avec leur chaise pour vivre un jeu d’ombre et de lumière passionnant. L’ancien postulat du Bauhaus consistant à toujours tenir compte de l’extension de la pièce vers l’extérieur lors de la conception d’une pièce – ici, il a été mis en œuvre à la perfection. Il n’y a pas de rénovation dans le bâtiment existant. Il existe néanmoins une maison qui semble avoir toujours été là.
Le livre « Maisons de l’année 2025 – les 50 meilleures maisons unifamiliales » de Johanna Adorján et Eva Maria Herrmann a été publié par Callwey Verlag, Munich et coûte 59,95 euros.
